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Poésie

Archive for 25 juin 2016

Tu prends le mot « sein » (Paul Mahieu)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2016



Tu prends le mot « sein »
attention c’est un mot sensible,
à manier avec infiniment de précaution,
de la douceur s’il te plaît, de l’aménité,
j’oserais dire du respect

c’est un mot de main, de paume,
de doigt, de bout d’ongle

c’est un mot de regard, de voile,
de halo ou de flambance, d’étincelle
ou de prière, de poème

c’est un mot de bouche,
de lèvre, de bout de dent,
de bout de langue
et d’un rien de salive

c’est un mot de framboise et de pêche
d’aubépine et de serpolet

c’est un mot d’écoute-coeur

tu le prends,
tu l’environnes ,
tu l’envoisines,
tu l’encotonnes ,
de partout

mais, je te le dis encore
il a besoin d’amour, tu sais

(Paul Mahieu)

Découvert ici: https://ecriturbulente.com/

Illustration: Oleg Zhivetin

 

 

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En souvenir (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2016



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En souvenir
Nous nous partageons les draps
Et les noix face au jour qui nous vient des montagnes,
nous les enfants, qu’a réunis une date.
Gonflés de peur dans la chambre muette
nous nous rappelons vos sueurs, les toux
et nous plongeons nos têtes dans les coffres
où nous retrouvons entassés vos reliques,
les tendres gages, les fleurs fossiles

(Leonardo Sinisgalli)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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Pétrie de lumière (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2016



Pétrie de lumière
Tu restais là sans bouger dans le jour,
Au temps des guêpes d’or
(…)
Alors on s’en allait pieds nus
A travers les fossés, mesurant l’ardeur
Du soleil aux traces
Laissées sur les pierres

(Leonardo Sinisgalli)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

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LA LUMIERE D’UNE CHANDELLE (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2016



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La lumière d’une chandelle reflétée dans un miroir
prend un air de connaissance
que je voudrais m’efforcer de mieux définir.

C’est une flamme spirituelle,
c’est une âme qui brûle dans un royaume,
celui des miroirs, où nous avons rarement vu se refléter
les couleurs de choses naturelles.

Il semble que les miroirs,
avec leur puissance d’illusion, plus que tout autre objet,
nous donnent l’idée du temps, autant dire celle d’une profonde immobilité,
d’un chemin que nous sentons clos quoiqu’il soit infini, sous nos yeux.

Nous regardons la flamme,
et nous ne pensons pas qu’elle n’est plus celle
que nous avons regardée un instant auparavant

(Leonardo Sinisgalli)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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Il y a des gens (Katherine Pancol)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2016



Il y a des gens avec qui l’on passe une grande partie de sa vie
et qui ne vous apportent rien.
Qui ne vous éclairent pas, ne vous nourrissent pas, ne vous donnent pas d’élan.
Encore heureux quand ils ne vous détruisent pas à petit feu
en se suspendant à vos basques et en vous suçant le sang.

Et puis…

Il y a ceux que l’on croise, que l’on connaît à peine,
qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute,
une demi heure, et changent le cours de votre vie.

Vous n’attendiez rien d’eux, vous les connaissiez à peine,
vous vous êtes rendu léger, légère, au rendez-vous et pourtant,
quand vous les quittez, ces gens étonnants,
vous découvrez qu’ils ont ouvert une porte en vous,
déclenché un parachute, initié ce merveilleux mouvement qu’est le désir,
mouvement qui va vous emporter bien au-delà de vous même et vous étonner.

Vous ne serez plus jamais vermicelle,
vous danserez sur le trottoir en faisant des étincelles
et vos bras toucheront le ciel….

(Katherine Pancol)

 

 

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Au miroir incorruptible de la page (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2016



Au miroir incorruptible de la page
impossible de mentir
Je sais maintenant
qu’aucun calcul savant
aucune intelligence supérieure
ne pourront m’éclairer
de mon vivant
sur l’énigme de l’Univers
Devant celle-ci
même la poésie la plus aventureuse
doit honnêtement rendre les armes
Je mourrai donc
idiot

(Abdellatif Laâbi)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

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Les mots (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2016



Les mots que j’ai élevés
nourris, vêtus, soignés
et lancés dans la langue
ne me reconnaissent plus
Je les soupçonne de nourrir à mon égard
de noirs desseins
Qu’ils aillent au diable !
Je n’aurai qu’à rendre mon tablier
remiser mes outils
me glisser dans la peau de l’animal
le plus proche de ma sensibilité
puis apprendre le cri qui va me distinguer
et me faire comprendre
au sein de ma nouvelle espèce

(Abdellatif Laâbi)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Tu n’as pas senti passer le temps ! (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2016



Tu n’as pas senti passer le temps !
Banalité des banalités
Mais comment dire la chose autrement ?
Tu sors du berceau de l’enfance
et tu fais ta toilette
devant le miroir de la jeunesse
Au moment de t’habiller
ce sont les vêtements de l’adulte
que tu revêts
Tes cheveux ont déjà blanchi
quand tu prends ton petit déjeuner
Et voilà que tu sors de la maison
les pieds devant
Tu n’as ni déjeuné ni dîné
Tu n’as pas suivi
la course du soleil dans le ciel
et tu n’as pas goûté
à la douceur de la nuit
Un jour
ne serait-ce qu’un jour
t’aurait suffi
en guise d’éternité

(Abdellatif Laâbi)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

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EVE (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2016



Paul Sérusier Eve-picking-the-apple-1906

EVE

Commencement du monde,
Chaos,
Reflet de choses informes
Dans l’eau
Boue, limon,
Racines monstrueuses.

Printemps,
Vert tendre des pousses,
Grand ciel ténébreux
Que strie un rayon orangé
Au ras de terre,
Terre brune, humide.

Grouillement de reptiles,
Cri des grenouilles
Dans le soir chaud,
Cavalcade folle
D’animaux préhistoriques
Et caricaturaux,
Mousses espagnoles
Pendues aux lianes,
En barbes d’académiciens.
Jungle fourmillante,
Marécages croupissants ;
Nègres aux yeux ronds,
Que mène un sorcier hurlant.

Vert ! Vert !
Premier vert
Du premier printemps !
Vert tendre,
Vert cru
Et choquant
Des jeunes pousses !

Un jazz s’esquisse,
Ingénu ;
Saveur des premiers sons,
Cadence des premiers rythmes.
Tout se choque, se mêle
Et monte à la charge.
Les bruits sont confusion.

Seule une voix
Est déjà voix,
Et s’élève toute formée,
Avec seulement trois notes,
Complètes et pleines.
C’est une espèce de voix
Qui reprend
Sans changer,
Lancinante
Et caressante.

Trois notes
Qui bouleversent
Le cœur primitif.
Plainte,
Appel,
Séduction :
C’est d’un enfant
Et d’une femme,
En un petit animal
Craintif,
Fort d’un charme magique
Et touché de je ne sais quel malheur.

Ce soir,
Le monde est vieux
Et je m’ennuie.
Tout est rangé
Et rectiligne
Dans la ville.
Pour fêter le printemps
En moi pourtant
Il est une voix
D’une fraîcheur
De commencement du monde,
Et touchée de je ne sais quel malheur,
Qui chante
Avec seulement trois notes ;
Petite Ève intacte
En trois notes
Qui bouleversent le cœur éternel.

(Anne Hébert)

Illustration: Paul Sérusier

 

 

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Le désir (Charles Singer)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2016



Le désir de l’oiseau, c’est le ciel
Le désir de la main, c’est la caresse,
Le désir de l’oreille, c’est la musique,
Le désir des yeux, c’est l’arc-en-ciel,
Le désir des lèvres, c’est le baiser,
Le désir de la foi, c’est l’infini,
Le désir de l’amour, c’est la durée,
Le désir de l’Etre, c’est Dieu

Lorsque le désir s’éveille,
C’est la fête qui commence.

(Charles Singer)

 

 

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