Arbrealettres

Poésie

Archive for juillet 2016

Galaxies (Margarita Guarderas de Jijon)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2016



Il ne faut pas chercher
dans les lieux ouverts,
trop haut on pourrait
toucher au grand drap.
Nous bâtissons tous
une même couleur parmi
d’autres lointaines.
Seuls au large
pour ramper
par le noir des chiffres,
par le noir des gestes,
très bas dans le cycle,
très bas dans le cercle,
car tout se répète,
vers le rythme, vers le code
où l’étrange rite couve.

(Margarita Guarderas de Jijon)

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LA PITIÉ DU MATIN (Max Rouquette)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2016



LA PITIÉ DU MATIN

DETACHES du sein de la nuit
les morts attendent sous les herbes
enivrés par le sombre lait
qui vient en ruisseau des étoiles.

Ni le pavot ni la magie
ni la lassitude qui tombe
sur l’ardente chair de vingt ans
n’ont le flux épais de ce songe.

Les yeux ouverts au vertige du gouffre
toute leur vie sans relâche ils ont bu
le lait de gel qui gonfle un sein d’étoile.

La pitié du matin sur les terrasses
les recueillait, fascinés et perdus,
cependant que sans fin marchait la grande nuit.

***

LA PIETAT DAU MATIN

DESTACATS dau sen de la nuòch
os mòrts espèran jos las èrbas
embriagats per lo sorne lach
qu’en riu li ven de las ensenhas.

Ni lo pavòt ni los encants
ni mai lo lassitge quand tomba
sus la carn fèra de vint ans
rajan espés coma aquel sòmi

Los uòlhs dubèrts au gorg que los pivèla
sènsa relambi en sa vida an begut
lach de gèu que confla un sen d’estèla.

La pietat dau matin as parabandas
os recampava, enclausits e perduts,
entre qu’etèrna anava la nuòch granda.

(Max Rouquette)

Illustration: Patrick Swirc

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Toutes ces mains (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2016




Toutes ces mains : les mains des morts enfin inertes
Qui tiennent droit un vieux crucifix comme une arme,
Ou bien parfois quelques violettes de Parme;
Et d’autres mains, les mains d’amants qui sont expertes

A manier la chevelure d’une amante,
A la bien partager en deux sur chaque épaule,
A l’agiter comme le feuillage d’un saule
Qui, dans le vent changeant, s’étrécit ou s’augmente.

Mains des fermes vendangeant les grappes du lait;
Mains des berceaux dépliant leurs roses trémières;
Et les mains des couvents en qui le chapelet
Est un silencieux écheveau de prières;

Toutes les mains s’évertuant vers des bonheurs,
Mains mystiques, mains guerrières, si variées :
Les mains, couleur de la lune, des mariées;
Les mains, couleur de grand soleil, des moissonneurs

Toutes : celles semant du grain ou des idées;
Accouchant le bloc de marbre, de la statue,
Ou la mère, de l’enfant qui la perpétue;
Toutes les mains, jeunes, vieilles, lisses, ridées,

Toutes ont pour tourment caché ces lignes fines,
Ces méandres de plis, cet enchevêtrement;
Or on dirait des cicatrices de racines,
Nos racines que nous portons, secrètement.

C’est là, nous le sentons, que gît l’essentiel;
Ces lignes sont vraiment les racines de l’être;
Et c’est par là, quand nous commençâmes de naître,
Que nous avons été déracinés du ciel.

La main en a gardé la preuve indélébile;
Et c’est pourquoi, malgré bonheurs, bijoux, baisers,
Elle souffre de tous ces fils entrecroisés
Qui font pleurer en elle une plaie immobile.

(Georges Rodenbach)

Illustration

 

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Dans les jardins de l’absence (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2016



L’âme se cache
dans les jardins
de l’absence.

(Jean Grosjean)

Illustration

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Peut-être que rien ne se répètera aujourd’hui (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2016



peut-être que rien ne se répètera aujourd’hui
et que je poursuivrai la caresse silencieuse
que recouvre une seule réalité
amour vide espace

(António Ramos Rosa)

Illustration: Joan Miro

 

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La nuit s’est coulée entre nous (Gaston Puel)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2016



Annoncée par une ronde de cris
La nuit s’est coulée entre nous
Nous sommes pris dans ses glaces
Plus loin que nos mains
Que voir d’autre que nous?
Que rêver ?
Le monde s’achève quelque part
Dans l’abandon d’une banquise

C’est le moment de dire notre saveur mortelle

Car la chaleur dont nous mourons se déprend chaque
jour de nos haillons de gloire

Ni la grotte ni la barque
Ni l’âne ni la vache
Ni la caverne ni la jument
Ne nous réchaufferont
Tous les ventres sont froids
Les choses nous regardent
Notre dos s’arrondit

Chaque grain de splendeur élevé sur sa tige
Distance chaque jour notre élan moissonneur
Nous voudrions séparer ce qui nous désaltère de ce qui
nous terrasse
Mais nous ne savons plus nommer les choses par leur grâce

Étranges dans l’étrange
Uniques dans le divers
Nous attendons l’éclipse
Qui nous décimera

(Gaston Puel)

Illustration

 

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Tendresse (Francis Blanche)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2016




J’ai connu un commissaire de police
qui était clown en dehors de ses heures de service

J’ai connu des glycines roses plus que la rose elle-même
c’était dans un jardin
chez les Bénédictins
à Solesmes
J’ai connu des cinémas pour bonbons à la menthe
j’ai connu ce vieux zèbre triste qui se lamente
et lentement se décolore au Jardin des Plantes
J’ai même connu l’homme qui prêtait sa voix pour l’horloge parlante
mais un matin lavé de ma vie de mes livres
neuf comme une larme Adieu tour Eiffel
je reviendrai vers l’arbre aux sources du vivre
apprendre à chanter pour le vent

Et le vent m’apprendra les parfums de la plaine
et le vent m’apprendra les senteurs de l’été
Coquillages d’odeurs dans la brume incrustés
vous ne reviendrez plus aviver quelque peine
Non je n’ai plus soif et je laisse
cette vie d’ardoise et de pierre
couler couler
et déborder les verres

Tendresse

(Francis Blanche)

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Accueil (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2016



Accueil

Moi ce n’est que pour vous aimer
Pour vous voir
Et pour aimer vous voir

Moi ça n’est pas pour vous parler
Ça n’est pas pour des échanges conversations
Ceci livré, cela retenu
Pour ces compromissions de nos dons

C’est pour savoir que vous êtes,
Pour aimer que vous soyez

Moi ce n’est que pour vous aimer
Que je vous accueille
Dans la vallée spacieuse de mon recueillement
Où vous marchez seule et sans moi
Libre complètement

Dieu sait que vous serez inattentive
Et de tous côtés au soleil
Et tout entière en votre fleur
Sans une hypocrisie
en votre jeu

Vous serez claire et seule
Comme une fleur sous le ciel
Sans un repli
Sans un recul de votre exquise pudeur

Moi je suis seul à mon tour
autour de la vallée
Je suis la colline attentive
Autour de la vallée
Où la gazelle de votre grâce évoluera
Dans la confiance et la clarté de l’air

Seul à mon tour j’aurai la joie
Devant moi
De vos gestes parfaits
Des attitudes parfaites
De votre solitude

Et Dieu sait que vous repartirez
Comme vous êtes venue
Et je ne vous reconnaîtrai plus

Je ne serai peut-être pas plus seul
Mais la vallée sera déserte
Et qui me parlera de vous?

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Yves Ogier

 

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LA VOIX (Max Rouquette)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2016



LA VOIX

LA VOIX qu’autrefois entendirent
les oiseaux d’il y a mille ans
chante au milieu des arbres
et l’eau réfléchit au désert
les plaines éternelles de l’air.
Vers le néant vole leur souvenir
en vols aigus qui montent dans le soir,
perdus dans le gel de novembre.
Et l’eau obscure court sans trêve,
oublieuse des grands oiseaux,
de la face pure du ciel,
et de ma main dans sa fraîcheur.

***

LA VOTZ

AQUELA VOTZ qu’ausiguèron antan
los aucèls de mai de mila ans
canta dins la ramilha
e l’aiga miralha au desèrt
las planas etèrnas de l’èr.
Deus lo non-rès vòla lo seu remembre
en vous aguts que landan dins lo sèr,
perduts en la gèu de novembre.
E raja etèrna l’aiga escura
oblidosa deis grands aucèls
de la cara linda dau cèu
e de ma man dins sa frescura.

(Max Rouquette)

 

 

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Chat au coeur libre (Shiki)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2016



Chat au coeur libre
d’attraper une caille
s’est mis en tête

(Shiki)

Illustration

 

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