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Poésie

Archive for 6 juillet 2016

Une étoile de bois bleue (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2016



Joan Miró Etoile bleue

Une étoile de bois bleue,
cette forme de fins losanges.
Aujourd’hui, de la plus jeune de nos mains.

Le mot, tandis que
tu précipites le sel de la nuit, le regard
de nouveau cherche l’auvent vitré :

-Une étoile, mets-la,
mets l’étoile dans la nuit.
(- Dans la mienne, dans la mienne.)

(Paul Celan)

Illustration: Joan Miró

 

 

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Marche aux flambeaux (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2016



Marche aux flambeaux

Camarade, lève le flambeau,
et marche d’un pied ferme.
Au loin seulement des barbelés.
Et la terre n’est que boue.

Camarade, brandis le flambeau,
mon flambeau fume.
Ton âme est une chose
Qui a besoin de feu.

Camarade, baisse le flambeau,
Le flambeau éteins-le.
C’est quoi, dis, vivre.
Et mourir, c’est quoi.

(Paul Celan)

 

 

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Il y avait de la terre en eux, et ils creusaient (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2016



Pierre Mercier Mineur-4 [800x600]

Il y avait de la terre en eux, et
ils creusaient.
Ils creusaient, creusaient, ainsi
passa leur jour, leur nuit. Ils ne louaient pas Dieu
qui – entendaient-ils – voulait tout ça,
qui – entendaient-ils – savait tout ça.

Ils creusaient, et n’entendaient plus rien ;
ils ne devinrent pas sages, n’inventèrent pas de chanson,
n’imaginèrent aucune sorte de langue.
Ils creusaient.

Il vint un calme, il vint aussi une tempête,
vinrent toutes les mers.
Je creuse, tu creuses, il creuse aussi le ver,
et ce qui chante là-bas dit : ils creusent.

O un, o nul, o personne, o toi :
où ça menait, si vers nulle part ?
O tu creuses et je creuse, je me creuse jusqu’à toi –
à notre doigt l’anneau s’éveille.

(Paul Celan)

 Illustration: Pierre Mercier

 

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Tremble aux feuilles qui brillent (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2016



tremble -1 [800x600]

Tremble aux feuilles qui brillent blanches dans les ténèbres.
ma mère jamais n’eut les cheveux blancs.

l’Ukraine est verte comme les dents-de-lion.
ma mère si blonde n’est pas rentrée.

Nuage de pluie, tu hésites là, aux puits ?
ma mère si douce pleure pour tous.

Étoile ronde, tu enroules la traîne d’or.
ma mère avait au cœur une blessure de plomb.

porte de chêne, qui t’a soulevée hors des gonds ?
ma mère si tendre ne peut pas venir.

(Paul Celan)

 

 

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Eloge du loin (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2016



Eloge du loin

Dans la source de tes yeux
Vivent les filets des pêcheurs des mers devenues folles
Dans la source de tes yeux
la mer tient sa promesse
J’y précipite
cœur ayant vécu parmi les humains
les vêtements que j’ai portés
l’éclat d’un serment
Plus noir que dans le noir, je suis encore plus nu
Je suis toi, quand moi je suis moi
Dans la source de tes yeux
j’erre et je rêve de pillage
Dans la source de tes yeux
Un pendu étrangle la corde

(Paul Celan)

 

 

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Toi aussi parle (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2016



Toi aussi parle

Toi aussi parle
parle comme le dernier
dit ton message

Parle –
mais ne sépare pas le oui du non
Donne aussi le sens à ton message :
donne lui l’ombre.

Donne-lui assez d’ombre,
donne-lui en tant,
que tu en sais autour de toi partagée
entre minuit et midi et minuit.

Regarde alentour,
vois, comment ce qui t’entoure devient vivant –
Par la mort ! Vivant !
Celui dit vrai, qui parle d’ombre.
mais voici que s’étiole l’endroit où tu es ;

maintenant où aller, à découvert d’ombre, où aller ?
monte. vers le haut en tâtonnant.
Plus grêle tu deviens, plus méconnaissable, plus fin !
Plus fin : un fil,
où l’étoile veut descendre :
pour nager en bas, tout en bas,
là où elle se voit luire : dans la houle
des mots errants.

(Paul Celan)

 Illustration: Paul Klee

 

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