Arbrealettres

Poésie

Archive for 26 juillet 2016

J’ai rêvé d’un oiseau (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2016



J’ai rêvé d’un oiseau
ma voisine a rêvé d’une cage.
J’ai rêvé d’un bateau
tu as rêvé d’un naufrage.
Un poisson a rêvé d’une île
et ma mie a rêvé de la mer.
Décembre a rêvé d’avril
la neige a rêvé de jonquille.
Un enfant rêve d’une rivière
une marelle rêve de jeunes filles.

Un roi rêve de liberté
une bergère rêve d’un roi.
Un cul-de-jatte rêve de sandale.
Une laveuse rêve d’un divan
tout en duvet d’oiseau.
La cage rêve d’une mésange
et la mésange rêve de toi
mon petit oiseau.

(Armand Lanoux)


Illustration: René Magritte

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Pour te saisir claire (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2016



je massacre les signes
et les lettres
pour te saisir claire

(Jacques Dupin)


Illustration: René Magritte

Posted in poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

Les petits riens (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2016




Les petits riens

Immatériels et aériens,
Mais précieux comme le pain quotidien,
Ils valent leur pesant d’or,
Les petits riens…
J’en suis riche :
Sous leur soleil, je me dore,
Sous leur ombre, je dors,
La vie les offre et je les tiens…
Papillons légers,
Ils m’aguichent,
Me suivent
Et me séduisent…
Ils sont baisers, pensées,
Fleurs ou odeurs,
Un rire cristallin,
La tendresse d’un moment,
Le sortilège d’un instant…
Je suis riche de riens,
C’est bien peu et déjà trop !
Pour les dédaigner, il faut être sot !

Du bébé vagissant
Au vieillard agonisant,
Nous avons tous besoin de ces riens
Qui font si chaud au cœur,
Qui nous donnent tant de bonheur…

(Mireille Gaglio)

Illustration: Vacances en Auvergne

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Jour de printemps (Hermann Hesse)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2016



Vent dans les buissons, chant d’oiseau,
Haut dans l’azur baignant le monde,
Passe un nuage, fier vaisseau;
Je rêve d’une femme blonde,
Je rêve au temps de ma jeunesse;
Le ciel immense et bleu, là-haut,
Pour ma nostalgique paresse
Est un berceau
Où, bien au chaud,
L’âme légère,
Murmure aux lèvres, confiant,
Je somnole comme un enfant
Dans les bras de sa mère.

**************

Frühlingstag

Wind im Gesträuch und Vogelpfiff
Und hoch im höchsten süßen Blau
Ein stilles, stolzes Wolkenschiff . . .
Ich träume von einer blonden Frau,
Ich träume von meiner Jugendzeit,
Der hohe Himmel blau und weit
Ist meiner Sehnsucht Wiege,
Darin ich stillgesinnt
Und selig warm
Mit leisem Summen liege
So wie in seiner Mutter Arm
Ein Kind.

(Hermann Hesse)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Saules (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2016



Saules

Les saules au bord de l’onde
La tête penchée
Le vent peigne leurs chevelures longues
Les agite au-dessus de l’eau
Pendant qu’ils songent
Et se plaisent indéfiniment
Aux jeux du soleil dans leur feuillage froid
Ou quand la nuit emmêle ses ruissellements.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Flûte (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2016



Flûte

Tous les champs ont soupiré par une flûte
Tous les champs à perte de vue ondulés sur les buttes
Tendus verts sur la respiration calme des buttes

Toute la respiration des champs a trouvé ce petit
ruisseau vert de son pour sortir
À découvert
Cette voix verte presque marine
Et soupiré un son tout frais
Par une flûte.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Aelbert Cuyp

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Identité (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2016



Identité

Identité
Toujours rompue.

Le pas étrange de notre coeur
Nous rejoint à travers la brume
On l’entend
quel drôle de cadran.

Le noeud s’est mis à sentir
Les tours de corde dont il est fait.

II.

Une chambre avec meubles
Le cadran sur la console
Tout cela fait partie de la chambre
On regarde par la fenêtre
On vient s’asseoir à son bureau
On travaille
On se repose
Tout est tranquille.

Tout à coup: tic tac
L’horloge vient nous rejoindre par les oreilles
Vient nous tracasser par le chemin des oreilles
Il vient à petits coups
Tout casser la chambre en morceaux.

On lève les yeux; l’ombre a bougé la cheminée
L’ombre pousse la cheminée
Les meubles sont tout changés.

Et quand tout s’est mis à vivre tout seul
Chaque morceau étranger
S’est mis à contredire un autre.

Où est-ce qu’on reste
Qu’on demeure
Tout est en trous et en morceaux.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’avais son bras (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2016



J’avais son bras

J’avais son bras d’eau fraîche autour de mon cou
Et la brûlure de son ventre sous mon épaule
Et ma tête était portée sur le spasme misérable de son corps
Roulée sur cette suffocation misérable
Sur cette respiration malade
Et dans mes yeux qu’on ne peut fermer
L’horreur d’un plafond bas et blanc
Et cependant autour de mon cou
Son bras incroyable restait d’eau fraîche

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Josephine Wall

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Naissance (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2016



Combien naître nous scinde!
Empêtré d’un miroitement de papillons,
j’affronte de mon étincelante pâleur le ciel.

(Jean Grosjean)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , | 2 Comments »

Nuages (Hermann Hesse)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2016



Les nuages, vaisseaux paisibles,
Défilent au-dessus de moi,
Leurs couleurs tendres, indicibles,
M’emplissent d’un magique émoi.

Nuances d’un merveilleux monde
Eclos d’un azur printanier,
Bien souvent je suis prisonnier
De votre fuite vagabonde.

Ecume claire, aux tons changeants,
Des maux d’ici-bas dépouillée,
Seriez-vous les rêves ardents
Que fait notre terre souillée?

***

Wolken, leise Schiffe, fahren
Über mir und rühren mich
Mit den zarten, wunderbaren
Farbenschleiern wunderlich.

Aus der blauen Luft entquollen,
Eine farbig schöne Welt,
Die mich mit geheimnisvollen
Reizen oft gefangen hält.

Leichte, lichte, klare Schäume,
Alles Irdischen befreit,
Ob ihr schöne Heimwehträume
Der befleckten Erde seid?

(Hermann Hesse)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :