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Poésie

Archive for 27 juillet 2016

BÉGUINAGE FLAMAND (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



BÉGUINAGE FLAMAND

I
Au loin, le Béguinage avec ses clochers noirs,
Avec son rouge enclos, ses toits d’ardoises bleues
Reflétant tout le ciel comme de grands miroirs,
S’étend dans la verdure et la paix des banlieues.

Les pignons dentelés étagent leurs gradins
Par où monte le Rêve aux lointains qui brunissent,
Et des branches parfois, sur le mur des jardins,
Ont le geste très doux des prêtres qui bénissent.

En fines lettres d’or, chaque nom des couvents
Sur les portes s’enroule autour des banderoles,
Noms charmants chuchotés par la lèvre des vents :
La maison de l’Amour, la maison des Corolles.

Les fenêtres surtout sont comme des autels
Où fleurissent toujours des géraniums roses,
Qui mettent, combinant leurs couleurs de pastels,
Comme un rêve de fleurs dans les fenêtres closes.

Fenêtres des couvents ! attirantes le soir
Avec leurs rideaux blancs, voiles de mariées
Qu’on voudrait soulever dans un bruit d’encensoir
Pour goûter vos baisers, lèvres appariées !

Mais ces femmes sont là, le coeur pacifié,
La chair morte, cousant dans l’exil de leurs chambres;
Elles n’aiment que toi, pâle Crucifié,
Et regardent le Ciel par les trous de tes membres !

Oh ! le silence heureux de l’ouvroir aux grands murs,
Où l’on entend à peine un bruit de banc qui bouge,
Tandis qu’elles sont là, suivant, de leurs yeux purs,
Le sable en ruisseaux blonds sur le pavement rouge.

Oh ! le bonheur muet des vierges s’assemblant !
Et comme si leurs mains étaient de candeur telle
Qu’elles ne peuvent plus manier que du blanc,
Elles brodent du linge ou font de la dentelle.

C’est un charme imprévu de leur dire « ma soeur »
Et de voir la pâleur de leur teint diaphane
Avec un pointillé de taches de rousseur
Comme un camélia d’un blanc mat qui se fane.

Rien d’impur n’a flétri leurs flancs immaculés,
Car la source de vie est enfermée en elles
Comme un vin rare et doux dans des vases scellés
Qui veulent, pour s’ouvrir, des lèvres éternelles !

II
Cependant, quand le soir douloureux est défunt,
La cloche lentement les appelle à complies
Comme si leur prière était le seul parfum
Qui pût consoler Dieu dans ses mélancolies !

Tout est doux, tout est calme au milieu de l’enclos;
Aux offices du soir la cloche les exhorte,
Et chacune s’y rend, mains jointes, les yeux clos,
Avec des glissements de cygne dans l’eau morte.

Elles mettent un voile à longs plis; le secret
De leur âme s’épanche à la lueur des cierges
Et quand passe un vieux prêtre en étole, on croirait
Voir le Seigneur marcher dans un jardin de Vierges !

III
Et l’élan de l’extase est si contagieux,
Et le coeur, à prier, si bien se tranquillise,
Que plus d’une, pendant les soirs religieux,
L’été répète encore les Ave de l’église.

Debout à sa fenêtre ouverte au vent joyeux
Plus d’une, sans ôter sa cornette et ses voiles,
Bien avant dans la nuit, égrène avec ses yeux
Le rosaire aux grains d’or des priantes étoiles !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Winston Churchill

 

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Présence de l’absence (Rina Lasnier)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



Présence de l’absence

Tu es né mêlé à moi comme à l’archaïque lumière les eaux sans pesanteur,
Tu es né loin de moi comme au bout du soleil les terres noyautées de feu,
Tu nais sans cesse de moi comme les mille bras des vagues courant sur la mer toujours étrangère;
C’est moi ce charroi d’ondes pour mûrir ton destin comme midi au sommet d’une cloche;

Cette gorgée d’eau qui te livre la cime du glacier, c’est mon silence en toi,
Et c’est le sillage de mon défi cette odeur qui t’assujettit à la rose;
Cette pourpre dont tu fais l’honneur de ton manteau, c’est le deuil violent de mon départ;
C’est moi l’amour sans la longue, la triste paix possessive…

Moi, je suis en toi ce néant d’écume, cette levure pour la mie de ton pain;
Toi, tu es en moi cette chaude aimantation et je ne dévie point de toi;

C’est moi qui fais lever ce bleu de ton regard et tu couvres les plaies du monde.
C’est moi ce remuement de larmes et tout chemin ravagé entre les dieux et toi.
C’est moi l’envers insaisissable du sceau de ton nom.

Si ton propre souffle te quittait, je recueillerais pour toi celui des morts dérisoires;
Si quelque ange te frustrait d’un désir, ce serait moi la fraude cachée dans la malédiction.
Toi, tu nais sans cesse de moi comme d’une jeune morte, sans souillure de sang;
De ma fuite sont tes ailes, de ma fuite la puissance de ton planement;
De moi, non point l’hérédité du lait, mais cette lèvre jamais sauve du gémissement.

Je suis l’embrasement amoureux de l’absence sans la poix de la glutineuse présence.

(Rina Lasnier)

Illustration: Eric Fortune

 

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Mon piano (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



Mon piano

J’approche. Il est prêt.
Je souffre:

Il fait le chant.

J’apporte l’obsession,
la gêne,
l’oppression:

Il fait le chant

J’apporte la situation sans remède,
le vain déploiement des efforts,
le ratage de tout avec la mesquinerie,
les précautions emportées par le vent,
par le feu, par le feu, par le feu surtout:

Il fait le chant.

J’apporte l’inondation de sang,
le braiment des ânes contre la paix,
les camps, le travail forcé, la misère,
les emprisonnés de la famille, les choses à demi,
les amours à demi, les élans à demi et moins qu’à demi,
les vaches maigres, les hôpitaux,
les interrogatoires de police,
les lents mourants dans les bleds perdus,
les amers vivants, les foutus,
ceux qui dérivent avec moi sur la banquise folle:

Il fait le chant.

(Henri Michaux)

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LE GRILLON (Max Rouquette)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



 

LE GRILLON

GRILLON perdu dans la méridienne,
grillon de la soirée de Mai,
roi du royaume de la nuit,
roi de ma solitude et roi
de la solitude du monde,
ta chanson me rend la paix,
ta chanson qui meut les étoiles,
qui meut le monde avec le vent,
quand feu du ciel comme chandelle
vacille au gré de ton haleine.
Sage qui, selon les vieux sages,
prends tant de joie à ta chanson,
qu’en oubliant boire et manger,
délice, tu meurs en chantant.

***

LO GRILH

GRILH perdut quand l’ochava canta,
grilh de la vesprada de Mai,
rèi de la nuòch que senhorèja,
rèi de ma soletat e mai
rèi de la soletat dau mond,
m’apasima ton doç cantar,
ton cantar que mòu las ensenhas,
que mou  lo mond e mai lo vent,
quand lum dau cèu coma candèla
se clina au grat de ton alen.
Sàvi, qu’au dire dels vielhs savis,
tant as delicia de ton cant,
que n’oblidas tota pastura,
délícia, e morisses, cantant.

(Max Rouquette)

Illustration

 

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D’un rivage (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



D’un rivage

Du jour qui va s’éteindre la lumière
a la déchirante beauté d’un être
aimé dont le sourire au loin s’efface.

Je n’ai plus les mots ni le chant hélas
en réponse à ce foudroyant silence
du monde aux rives déjà de l’absence

pour que de la blessure puisse naître
avec la vie fuyante d’une alliance
ultime éprise de paix et d’oubli.

(Georges-Emmanuel Clancier)


Illustration

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Après tempêtes, le beau temps revient (Hadewijch)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



Après tempêtes, le beau temps revient,
plus d’un jour on en fait l’épreuve ;
colère d’un soir, paix le lendemain :
c’est ainsi que s’affermit l’amour.

(Hadewijch)

Illustration: David Brayne

 

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Mères, nonnes, toutes adorent des images (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



 

Mères, nonnes, toutes adorent des images,
Mais l’image qu’un cierge éclaire, ce n’est pas
Ce qui émeut le rêve d’une mère,
Elle a trop de la paix du marbre, du bronze,
Bien qu’elle aussi brise des coeurs. — Présences
Que savent la passion, la piété, l’amour
Et qui disent du ciel toute la gloire,
Pérennités qui raillent le temps terrestre;

***

Both nuns and mothers worship images,
But those the candles light are not as those
That animate a mother’s reveries,
But keep a marble or a bronze repose.
And yet they too break hearts— O Presences
That passion, piety or affection knows,
And that all heavenly glory symbolise—
O self-born mockers of man’s enterprise ;

(William Butler Yeats)

Illustration: Akseli Gallén-Kallela

 

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CHANSON (Muriel Rukeyser)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



CHANSON

Le monde est plein de perte : apporte, vent, mon amour
Mon domicile est à l’endroit de nos rencontres,
Et l’amour est cela que je toucherai et lirai
Sur ce visage.

Soulève, vent, mon exil de mes yeux ;
La paix à regarder, la vie à entendre et confesser,
La liberté de trouver trouver trouver
Cette nudité.

(Muriel Rukeyser)

Illustration: Victor Bauer

 

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Faites juste en sorte (Yuan-wu)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



Faites juste en sorte d’être intérieurement vacant et en harmonie avec l’extérieur.
Alors, vous serez en paix au beau milieu de l’activité frénétique du monde.

(Yuan-wu)

 

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Mon chez-moi (Pensées celtiques)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



 

Jeanie Tomanek pilgrim [1280x768]

Mon chez-moi

Où est mon chez-moi ?
Est-ce la maison où j’habite,
Le jardin où je suis assis en été,
Le pays où je roule ma bosse,
Ou l’église dont je suis le fidèle ?

Le lieu que j’appelle mon chez-moi,
C’est là où mon coeur est en paix.
Et mon coeur se trouve le plus en paix
Quand il se tourne vers Dieu dans la prière.
Partout où je prie, c’est donc là mon chez-moi !

(Pensées celtiques)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

 

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