Arbrealettres

Poésie

Archive for 30 juillet 2016

Les ormes (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2016



Les ormes

Dans les champs
Calmes parasols
Sveltes, dans une tranquille élégance
Les ormes sont seuls ou par petites familles.
Les ormes calmes font de l’ombre
Pour les vaches et les chevaux
Qui les entourent à midi.
Ils ne parlent pas
Je ne les ai pas entendus chanter.
Ils sont simples
Ils font de l’ombre légère
Bonnement
Pour les bêtes.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA VIEILLE (Max Rouquette)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2016


LA VIEILLE

Le doux visage de la vieille
demi-penchée au fil du temps,
l’oeil bleu sous la fine paupière
un lambeau de ciel dans le vent ;
d’un subtil souvenir la tête lourde
suit la claire danse du feu,
qui va et vire et toujours hante
la cendre chaude du passé.

***

LA VIELHA

La doça cara de la vielha
mitat clinada au f iu dau temps,
l’uolh blau jos la fina parpelha
coma un floc de ceu dins lo vent ;
d’un record teu la testa greva
seguís dau f uoc lo dar dansar,
que vai e vira, e sempre treva
la cendre cauda dau passat.

(Max Rouquette)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Quand viendra celui qui sème les chemins de délices ? (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2016



Quand viendra celui qui sème les chemins de délices ?
Il est le corps véritable, le corps qui sait respirer avec ce qui nous manque,
celui qui meurt pour que tout soit finalement dit.

Merveille du destin, rumeur de toutes les rumeurs,
abri impondérable, légèreté d’un très pur sein aérien.

Il vient du fond des temps toutes ses branches ouvertes.

(António Ramos Rosa)

Illustration: Danielle Decollonge

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

On s’en vient seul et on s’en va de même (Liliane Wouters)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2016



On s’en vient seul et on s’en va de même.
On s’endort seul dans un lit partagé.
On mange seul le pain de ses poèmes.
Seul avec soi on se trouve étranger.

Seul à rêver que gravite l’espace,
seul à sentir son moi de chair, de sang,
Seul à pouvoir garder l’instant qui passe,
Seul à passer sans se vouloir passant.

(Liliane Wouters)

Poète découvert chez “laboucheaoreille” ici

<div style= »text-align: center; »><span style= »font-style: italic; font-weight: bold; font-size: 17px; font-family: Comic sans-serif; color: blue; »>

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Sans confidences sans visions révélatrices (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2016



Sans confidences sans visions révélatrices
j’entre dans un domaine immédiat et sinueux
Un instinct animal me fait écrire dans la pénombre de l’écorce
Je m’inonde d’une lumière unanime Je suis à vous
Que ce que j’écris soit l’ignorante cime
du bien-être Que les bras et les genoux
disent l’indolence et le halo de sa lumière
Que la claire atmosphère scintille et se condense
dans le balancement du repos et l’éclat des phrases
Que les mots recueillent les ombres tranquilles
et le murmure des arbres et des eaux vives
Et que les senteurs du vent qui délivre et emporte
réavivent la jouissance d’être un amant de lumière

(António Ramos Rosa)

Illustration: Waldemar Nobre

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le sens soudain (Gottfried Benn)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2016



Un mot, une phrase – d’un chiffre se lève
le sens soudain, l’éclair d’une vie,
arrêt du soleil, silence des sphères
et tout prend corps autour de lui.

Un mot – un éclat, un vol, un feu,
Un jeu de flamme, rayures d’étoiles –
Et l’ombre de nouveau, immense,
dans l’espace vide autour du monde et de moi.

(Gottfried Benn)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Seuil de l’unique (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2016



J’ai fait cahoter sur les collines du temps
Le chariot de ma folie que ta rouille ronge.
Ai-je assez goûté de vinaigre à ton éponge
Pour que ton nom m’éclabousse éternellement?

(Jean Grosjean)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Au moment qu’on a fait la fleur (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2016



Au moment qu’on a fait la fleur
De tout notre amour plongé en elle
Quand la fatigue tout à coup la fane entre nos doigts
Quand la fatigue tout à coup surgit alentour
Et s’avance sur nous comme un cercle qui se referme
L’ennemie qu’on n’attendait pas s’avance
Et commence par effacer le monde hors de nous
Efface le monde en s’approchant,
Vient effacer la fleur entre nos mains
Où notre amour était plongé et fleurissait
Notre amour alors dépossédé rentre en nous
Reflue en nous et nous prend au dépourvu
Nous gonfle d’un flot trop lourd
Nous abat d’un vertige inattendu
Et nous sommes épouvantés
Et comme désarmés devant cette parole
Devant la tristesse de la parole de la chair
Qu’on n’attendait pas et qui nous frappe
comme un soufflet au visage.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Guy Baron

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Autre Icare (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2016


 

Autre Icare

Cela tient du vent, cela tient au vent.
Cela n’est qu’un accroc que l’on fait au passage,
Un noeud que l’on fait au fil fugace du temps

Et nous sentons bien qu’à travers
ce mince filet qu’on a fait,
Ces faibles appuis qu’on a pris
sur le cours de notre en-allée
Et ces liens ingénieux tendus
à travers des espaces trop vides,

Il n’y a qu’un cri au fond qui persiste,
Il n’y a qu’un cri
d’un lien persistant

Où les tiges des fruits sont déjà rompues,
Tes attaches des fleurs et pétales de fleurs
sont déjà rongés
Où ces ailes de plumes de notre coeur de cire
sont déjà détachées
Et plumes au vent, plumes flottant au vent
par-dessus cette noyade
Sans port d’attache.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Henri Matisse

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Souvent (Hermann Hesse)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2016



Souvent, quand appelle un oiseau,
Que le vent court sur la prairie,
Qu’un chien, au plus lointain hameau
Aboie, en silence j’épie.

Mon âme revole à ces temps
Oubliés, ces lointaines ères
Où l’oiseau, le souffle des vents
Me ressemblaient, étaient mes frères.

Mon âme alors peut se changer
En nuage, arbre ou loup, que sais-je,
Et revenir m’interroger
Sous ce masque. Que répondrai-je?

***

Manchmal

Manchmal, wenn ein Vogel ruft
oder ein Wind geht in den Zweigen
oder ein Hund bellt im fernsten Gehöft,
dann muß ich lange lauschen und schweigen.

Meine Seele flieht zurück,
bis wo vor tausend vergessenen Jahren
der Vogel und der wehende Wind
mir ähnlich und meine Brüder waren.

Meine Seele wird Baum
und ein Tier und ein Wolkenweben.
Verwandelt und fremd kehrt sie zurück
und fragt mich. Wie soll ich Antwort geben?

(Hermann Hesse)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 9 Comments »