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Poésie

Archive for 4 août 2016

Le sentier là-bas se perdait (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2016



Le sentier là-bas se perdait
Dans une odeur de serpolet
Où, beuglant sans fin, de grands boeufs
Devenaient vaporeux.
Juste à la pointe du clocher,
L’étoile du berger
Paraissait se poser
Comme une flamme
Sur un haut chandelier.
Et là-bas, de la cheminée
De la maison, une fumée
S’élevait et puis s’inclinait
Pareille à une main
Qui ne cessait de m’appeler
Par dessus les jardins.

(Maurice Carême)

 

 

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La grille est toute blanche (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2016



La grille est toute blanche
Et le perron tout rose.
Un vent clair y balance
Un rosier plein de roses.

Et les pigeons sont blancs
Sur les ardoises bleues,
Un peu moins bleues pourtant
Que le bleu doux des cieux.

Le chèvrefeuille est jaune
Qui monte autour de l’aune,
Jaune aussi, le vieux faune,

mais près de l’arrosoir
Vert, vert à n’y pas croire,
Le chat, lui, est tout noir.

(Maurice Carême)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Vie D’Ebène (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2016



Vie D’Ebène

Un calme effrayant marquera ce jour
Et l’ombre des réverbères et des avertisseurs fatiguera la lumière
Tout se taira les plus silencieux et les plus bavards
Enfin mourront les nourrissons braillards
Les remorqueurs les locomotives le vent
Glisser en silence
On entendra la grande voix qui venant de loin passera sur la ville
On l’attendra longtemps
Puis vers le soleil de milord
Quand la poussière les pierres et l’absence de larmes composent
sur les grandes places désertes la robe du soleil
Enfin on entendra venir la voix
Elle grondera longtemps aux portes
Elle passera sur la ville arrachant les drapeaux et brisant les vitres
On l’entendra
Quel silence avant elle mais plus grand encore le silence
qu’elle ne troublera pas mais qu’elle accusera du délit de mort prochaine
qu’elle flétrira qu’elle dénoncera
Ô jour de malheurs et de joies
Le jour le jour prochain où la voix passera sur la ville.
Une mouette fantomatique m’a dit qu’elle m’aimait autant que je l’aime
Que ce grand silence terrible était mon amour
Que le vent qui portait la voix était la grande révolte du monde
Et que la voix me serait favorable.

(Robert Desnos)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Quel destin se cache sous mes paupières closes ? (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2016



Quel destin se cache
sous mes paupières closes ?

Invente-t-il
une autre réalité du monde ?

Les séquences se suivent
d’après un ordre nouveau

Alertant le sang
orchestrant des apparences trompeuses

Des constellations défilent
devant mon écran intérieur

Des personnages apparaissent
formés de la matière de l’ombre

Jusqu’à ce que la nuit émigre
devant l’apparition du jour

(Anise Koltz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

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Tu ne sauras jamais qui je suis (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2016



tu ne sauras jamais qui je suis
dit l’enfant je passe mon chemin
je vais vers les prairies lointaines,
où l’herbe chante à minuit près des saules
qui pleurent car c’est ainsi
que s’ouvre à mon coeur la musique fidèle
et que le monde enfin commence à vivre
et que je commence à mourir
tu ne me verras pas vieillir
ni ne reconnaîtras mon ombre
adossée au talus là où le sentier noir
se perd dans un fouillis d’épines
et les étoiles des compagnons blancs

tu as beau regarder sans cesse derrière
toi comme si tu craignais l’orage
et que tu te hâtais poursuivi par l’éclair
jamais tu ne surprendras mon sourire
tendrement cruel comme celui d’un tueur triste

(Jean-Claude Pirotte)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Mélusine Thiry

 

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La vie (Jim Harrison)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2016



Espagne  [800x600]

La vie

Je ne suis plus aussi doué pour la vie désormais.
Parfois je me réveille et ne la reconnais pas.
Les maisons, les voitures, les meubles, les livres sont flous
tandis que les arbres, les oiseaux et les chevaux sont beaux
et distincts. Je comprends aussi la musique
d’une ancienne variété d’avant le dix-neuvième siècle.
Où ai-je été ?
J’ai recompté les fleurs depuis la fenêtre du train
entre Séville et Grenade, ainsi que les taureaux et les oliviers.
Je n’ai pas pu dormir dans la chambre de Lorca parce qu’elle était hantée.
Même le vin que j’ai emporté était hanté.
L’Espagne ne s’est jamais remise de ce meurtre.
Ses nuits sont pleines des dents rouges de la mort.
Il y en a beaucoup qui l’ont rejoint. On ne peut compter,
de haut en bas, les oiseaux et les fleurs en même temps.

***

Life

I’m not so good at life anymore.
Sometimes I wake up and don’t recognize it.
Houses, cars, furniture, books are a blur
while trees, birds, and horses are fine
and clear. I also understand music
of an ancient variety—pre-ninteenth century.
Where have I been?
Recounting flowers from the train window
between Seville and Granada, also bulls and olive trees.
I couldn’t sleep in Lorca’s room because it was haunted.
Even the wine I carried was haunted.
Spain has never recovered from this murder.
Her nights are full of the red teeth of death.
There were many who joined him. You can’t count,
up and down, birds and flowers at the same time.

(Jim Harrison)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Je ne vois personne, à perte de vue (Pentti Holappa)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2016



« Je ne vois personne, à perte de vue
Et déraisonnable je suis :
grand ouvert mon cœur est prêt
à suivre la première ombre qui passe »

(Pentti Holappa)

Illustration: Gilbert Garcin

 

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Le jour compose son vitrail (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2016



le jour compose son vitrail
les merles en volent quelques pierres
des promesses s’échangent
d’un bleu de goût d’amande
le sable songe à son commencement
et l’avenir se lit du doigt
le ciel enfant dans sa robe en dentelle
pousse le cerceau du soleil

(Daniel Boulanger)

Illustration: René Julien

 

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Palaiseau (Margarita Guarderas de Jijon)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2016



Comme le châle noir
autour de ses épaules,
comme le mouvement
circulaire dans le temps,
dans les flocons qui piquent
à peine avec leurs diamants,
et le froid, la durée précise
à traverser jusque là.
La voiture grise s’ouvre,
les mêmes mots se figent
toujours à l’écran,
on exorcise les couleurs,
le mouvement, l’éclat fauve
des cheveux, la belle joie
tombant sur les têtes soudain.

(Margarita Guarderas de Jijon)

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Si vite (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2016



On a frôlé les villages du monde,
On s’arrache à ces jours qu’on n’a pas vus,
On s’écarte de soi. Tout va si vite.
juste eu le temps de m’essuyer les mains.
j’aurais aimé avoir longtemps vingt ans
Comme un busard qui plane.

(Jean Grosjean)

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