Arbrealettres

Poésie

Archive for 6 août 2016

J’étreins la nuit (Jacquette Reboul)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



J’étreins la nuit et sa chevelure de laurier noir.
Les flammes de ses doigts bougies se reflètent dans l’eau de ses yeux,
mirage au fond d’un puits.
Des branches nues des arbres tombent des crânes.
Une lune en vêtements blancs élève sa lampe.
Elle scintille faiblement.
Un songe passe.
La nuit s’enveloppe de son manteau d’ombres
et je sombre dans le sommeil.

(Jacquette Reboul)

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L’ÉTANG (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016




L’ÉTANG

Quand une grenouille plonge
Dans l’étang,
Que de silences pris tendrement
Dans un cyclone bon.

*

Léger trouble sur l’eau,
La vie d’une bestiole
Prend tous les avantages d’un moment
Sur l’eau toute-puissante.

(Armand Robin)

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Tape sur ma poitrine. Entends-tu le métal ? (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



 

Tape sur ma poitrine. Entends-tu le métal ?
l’ombre dure blesse la tendresse des chairs
elle la protège des mortelles blessures
Je forge un travesti pour vivre plus loyal
mais je respire mal aux remparts de la guerre
j’ai la carrure des faiblesses sous l’armure
glisse ta main entre la cuirasse et la peau
et palpe la tiédeur vulnérable des fleurs
qui triomphent du gel dans l’hiver des caveaux
ô toi, ma caresse plus forte en sa douceur
que tous les héroïques métaux.

(Robert Mallet)

Illustration

 

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Demain le fameux silence de l’éther déferlera sur nous (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



Demain le fameux silence de l’éther
Déferlera sur nous
A grandes houles de syllabes insensées
Qui nous assourdiront
Arracheront les haillons d’idées
Qui nous protègent encore
Et nous drosseront
Sur l’éboulis incandescent des galaxies
Pêle-mêle avec nos morts
Nos partitions de sommeil
Et nos traités d’espérance

En vain nous débattrons-nous
Avec des cris inaudibles pour nous-mêmes
Il nous faudra choir et gésir
Abominablement éveillés pour toujours
Dans l’incommensurable trou de mémoire
Que nous étions accoutumés de nommer Dieu.

(Jean Rousselot)

 

 

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Ah, comme j’ai de peine à songer (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



Ah, comme j’ai de peine à songer que demain
la peine d’aujourd’hui dont je croirais mourir
sera morte, embaumée en vivant souvenir
d’un vivable chagrin !

(Robert Mallet)

Illustration

 

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EXERCICE SPIRITUEL PARFAITEMENT INUTILE (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



EXERCICE SPIRITUEL PARFAITEMENT INUTILE

Encore une fois le poème !
On me hèle ! Je suis sommé !
On tire sur moi des sommets !
A feu et à sang mon coeur blême !
O, joie d’être enfin concerné !
O, douleur d’être encor le même
Quand se dissipe la fumée
D’une artillerie trop lointaine,
Intact, le cerveau rouge à peine
De l’écume d’une pensée…

Le poème, une fois encore !
L’envie de dire qui clapote
Dans la citerne de mon corps !
Quoi ? Je ne sais ; non plus l’aorte
Le caillot qu’elle mène au port.
Mais déjà des mots se marient
Que j’entends mal : bonheur, remords,
Qui refont à neuf un décor
D’oiseaux lâchés, de fruits qu’on mord
Sur un arrière-plan d’orties :

C’est moi qui parle ; il le faut bien
Pour que soient vraies ces parodies !
Et l’espoir est de la partie
Comme un peu de vent qui s’en vient
Secouer l’épaule des choses.
Mais qu’ai-je fait de mon envie
D’être à jamais remis en cause,
Brisé le cocon de ma vie,
Déchirée la photographie
Anonyme de mon hypnose ?

Encore une fois le poème,
Traînant ses béquilles de ciel !
Mais la matrone du langage,
Soûle et sale, et son diadème
Et ses blasons sempiternels,
Le suit pas à pas sur la plage
En écrasant du pied les forts
Dérisoires qu’il laisse en gage ;
Dans la soupente du réel
Il va falloir lutter à mort.

Hélas ! c’est un matin pareil
Aux autres ! La presse est muette ;
Ce n’est pas encor le réveil
De l’Homme ! Le premier soleil !
Non plus sa fin, la terre en tête,
Le grincement d’un tombereau
Pour la dernière fois du monde
Et la bouche qui se débonde
Pour parler silence aux oiseaux
Que le sang jette à nos carreaux

Rien n’a changé ; le trou livide
Qui bâille au fond de ton regard
Attend toujours, ex-voto vide,
Tes dédicaces de hasard.
Parce qu’un coup de vent te ride,
Eau-morte en ta châsse putride,
Parce que tu as fait germer
Le noyau pourri du langage
Dans les caves de ta pensée,
Qu’allais-tu donc imaginer ?

Tu es homme tu es le pire
Des exils en ton propre empire ;
Quand sur toi tu crois te pencher,
C’est aux choses que tu te mires
Et tu te demeures caché.
Car en toi-même tu es pris
Comme un navire dans les glaces
Qui rumineront sa carcasse
Jusqu’à ce qu’il rende l’esprit ;
Rien qu’une bulle à la surface…

(Jean Rousselot)

Illustration

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Pour le meilleur instant du poète (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



Pour le meilleur instant du poète,
Nous n’avons que quelques mots,
Il faut entendre
Les grenouilles qui chantent,
Et l’inexprimable dans tous les étangs

Nous disposons des eaux
Qui toutes s’assemblent.

(Armand Robin)

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SANS ORIGINE, SANS BUT EST L’HOMME! (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



SANS ORIGINE, SANS BUT EST L’HOMME!

Il vivait avec des ans détruits ;
Ses gestes modestes grimpant de ruine en ruine
Tout le monde voulait
L’échelle de soie du monde d’autrefois !

Et ses marches vers le monde,
Avec les échelles de soie,
Étaient brisées.

(Armand Robin)

Illustration: Georgia O’Keeffe

 

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Plage déserte (Pierre Brochon)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



Arbres morts
Plage déserte
Un instant d’éternité.

(Pierre Brochon)

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Solitude nue (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



Une solitude nue engloutit le fond
de l’être qui n’a plus que sa douleur.
La maladie (son nom est Légion)
se propage en lui comme un feu
sous la braise. Le mufle de l’horreur
renifle ce corps à dévorer.
La chair qui se décompose
grouille d’ennemis amoureux de sa mort.
Une lueur palpite encore au creux
de l’âme qui appelle : Eli ! Eli
dans le silence assourdissant de l’hôpital,
où une main essuie la sueur du sang.
Quelqu’un passe un morceau de glace
sur les lèvres desséchées, aspirant le Mal.
De la souffrance atroce jaillit alors
un sourire qui vient de loin,
et s’enfonce dans l’éternel,
pour une éternelle, inoubliable communion.

(Jean Mambrino)

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