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Poésie

Archive for 10 août 2016

IL est devant la porte (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



Robert Delaunay   voronca1926

IL est devant la porte ou devant la fenêtre.
Mais l’a-t-on reconnu ? Il est venu peut-être
Pour entendre nos voix et regarder nos yeux.
Ces routes de la nuit mènent vers ses grands yeux.
Il voudrait nous parler aussi; mais nulle larme
Ne lui est de secours. La mer brûle ses armes
Et ses navires, ses aurores, ses couchants.

Nous sommes là plusieurs à écouter son chant
Et son souffle pareil aux orages de sable.

Et tout devient plus beau. Nul contour haïssable,
Nulle faim, nulle soif, pour tenir son amour.
D’où revient-il ? Du Nord ? De l’Ouest ? Tous les jours
Il rôdait là. Mais nul ne l’a su…

Nulle part un regret, dont il n’eût pas souffert:
L’injustice, les lois méchantes, dans ses vers
Passèrent comme la chenille par la feuille.
Et tu y es aussi, lecteur, que tu le veuilles
Ou non. Le sauras-tu? il te faudrait encore
Te détacher de toi, tel un vaisseau des bords
De l’océan. Ouvre ce livre. Mais peut-être
Une ombre te fera deviner aux fenêtres
Ou dans la chambre ainsi qu’un souffle (auras-tu peur ?)
Ce voyant, ce proscrit, ce triste voyageur.

Il me faudra ici te quitter ombre, frère,
Je laisserai ces mots, ces chants inachevés.
Le souffle est là tout près qui mélange les terres
Et nos regards, nos mains et nos sommeils.
Je vais sans savoir où. Et toi, aussi, ombre, pareille
Au souvenir, oiseau qui dans l’air se dissout
Le soir est là tel un vaisseau qui appareille
Nous séparant de tout ce qu’une fois fut « nous ».

(Ilarie Voronca)

 Illustration: Robert Delaunay 

 

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AI-JE déjà été autrefois dans cette chambre (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



AI-JE déjà été autrefois dans cette chambre
Et ces plaintes les ai-je autrefois entendues ?
N’as-tu pas pour nom solitude, toi qui m’attends là ?
Et le silence n’est-il pas la pierre polie au fond de ses cris ?

Je me souviens de la table et du livre et des vitres
Et du peuplier qui hoche la tête à ma fenêtre.
Je suis comme un enfant que l’on craint d’effrayer :
On me montre ce monde sous d’anciens contours.

Est-ce mieux ainsi ? Un changement imperceptible?
J’appelle en vain la sœur et l’épouse et le frère.
Tout est ici comme au temps de ma vie :
Je reconnais les choses mais où sont les visages ?

Le vent rôde autour avec ses airs de mystère ;
Si je me penche au dehors il est déjà trop tard –
Qu’a-t-il donc emporté pour s’enfuir à ma vue,
Ou bien voulait-il vendre le fruit de quelque vol ?

Le climat aussi est celui de mon enfance,
Mon ombre comme autrefois est voutée sur le mur,
La clarté, avec son odeur de mandarine
À quatre heures, rouge, dans ma main.

Ah ! Dois-je retrouver tout ceci comme une coquille
Vide ? Me suis-je trop attardé sur les routes?
Peut-être si plus tôt j’avais franchi ce seuil
Parents et amis seraient venus à ma rencontre.

Suis-je comme l’insecte au bord de la chrysalide,
Ignorant son propre changement, se croyant
Toujours entouré de l’ombre familière –
Et l’aile se déploie dans l’univers nouveau.

Demain, un autre jour, je verrai peut-être
Les teintes, les contours vrais de cette demeure
Et j’apprendrai enfin si j’étais déjà ailleurs
Lorsque je me croyais dans la chambre de ma vie.

(Ilarie Voronca)

 Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Où sont les hommes ? (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



Où sont les hommes ?

QUAND les marmites ne voudront plus obéir
Quand le bois comme un oiseau qui s’envole
Quand les pierres s’effriteront pour se moquer de nous
Quand dans les buffets, à la place des couverts, de longs serpents venimeux

Quand nous souhaiterons enfin une présence humaine
Quand nous aurons besoin d’une voix humaine
Quand l’homme que nous avons meurtri, crucifié
Pourra nous faire du bien avec son regard qui pardonne

C’est en vain que nous irons dans les prisons
C’est en vain que nous appellerons dans les chambres de torture
C’est en vain que dans les camps de la maladie et de la faim
Nous irons recueillir ce qui reste de l’homme.

Quand l’eau rira libre loin de nos lèvres,
Quand les murs comme de la fumée à notre approche
Quand les roches couvertes d’algues et de varech
Sortiront comme un troupeau hallucinant de l’océan

Quand la paix comme un fouet cinglera nos faces
Quand les arbres comme des rennes fuyant dans la nuit
Quand les chaises, les tables, les armoires, sans se gêner
Conspireront, en notre présence, pour nous perdre,

Quand la solitude demandera son salaire
C’est en vain que nous nous souviendrons de nos semblables
Dans les soutes, dans les cavernes, dans les casemates
Il n’y aura plus qu’un peu de sang et de rouille sur les chaînes.

(Ilarie Voronca)

Illustration: Valérie Barcelo  

 

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Il arrive parfois, seul (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



Il arrive parfois, seul, triste, un étranger.
Il s’arrête et l’on écoute ses récits doux,
Pleins d’herbes. Il demande : « Vous ai-je dérangés ? »
Il voudrait repartir, mais il ne sait plus où.

Dans ses oreilles bruit la mer – des coquillages ?
Son front, ses yeux trop grands pour ce bas horizon,
Une raison encore de partir. Ses voyages
Sont là devant lui pleins d’océans, de monts.

On laisse aussi tout doucement le soir descendre
Qui mélange les figures, les mains, les voix,
Devenues presque esprits…
L’autre pourra comprendre
Mieux – tel le toucher des aveugles – cette fois.

(Ilarie Voronca)

 

 

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CEUX qui sont en prison (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



CEUX qui sont en prison veulent savoir si l’arbre
Monte encore vers le ciel, si le fleuve, le vent
Rôdent encore autour des villes et si l’aube
À ce bruit encore d’une voiture de maraîcher.

Ceux qui dorment ne craignent-ils pas qu’à leur réveil
Les morceaux épars du monde ne s’emboîtent plus ?
Les voici qui se lèvent et regardent par les vitres
Il est bon que les rues les murs soient à leurs places.

Mais pour les prisonniers dont les doigts ont bâti
Au fond d’une bouteille, un palais, un navire
Et dont l’oubli a peu à peu rongé les choses
Comme la mer qui lentement défigure les roches,

L’arbre est déjà l’oiseau, le champ est le nuage
Le matin a un doux tremblement de chevreuil
Pour faire entrer les monts les blés dans leurs cellules
Ils ont changé les cours des eaux et les frontières.

(Ilarie Voronca)

 

 

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ELOGE DU SILENCE (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



ELOGE DU SILENCE

Loué sois-tu silence qui entoure la pensée
Le mot ne vient qu’après. Mais entre lui et la pensée
Qu’il exprime, il y a cette bande suave de silence
Comme un jardin entre la maison et la haie-vive.

C’est ainsi que le nageur avant de plonger dans l’eau
Emplit ses poumons et retient son souffle
C’est ainsi que l’idée – qui était temps – devient parole – qui est espace
C’est ainsi qu’entre poème et vers se situe le blanc.

Et peut-être qu’autour de la vie même il y a ce silence
Qui la sépare et l’unit à la mort : cette bouche d’air
Entre le corps et le vêtement. car si la vie
Est la pensée, la mort est le contour qui l’exprime.

Mais si l’oreille entend le mot sans rien savoir
De la muette musique enfermée en ses murs
De la mort chacun sait le glorieux silence
Sans deviner la forme où celui-ci est clos.

(Ilarie Voronca)

Illustration: Marie-Christine Thiercelin

 

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Chaque jour (Maurice Chapelan)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



Chaque jour je me décompose
et je me recompose
je meurs et je revis
dans le secret de mes cellules
Je n’ai plus que mes cicatrices
pour relier l’homme d’hier
à celui d’aujourd’hui.

(Maurice Chapelan)

 Illustration: Chloe Yzoard

 

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On joue à se ressembler (René Laporte)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



reflet 80 [800x600]

On vit dans une odeur d’usine et de banlieue
entre les douaniers et la police des sentiments
on joue à se ressembler
dans les reflets des devantures…

(René Laporte)

 Illustration

 

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Je connais (René Laporte)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



Je connais l’éducateur dont je porte les gestes
je sais qu’il aime les faims claires et justement nommées

Qu’il s’assied au bord des drames avec envie
Cherchant à se démêler comme un grain parmi la poussière

Je sais qu’une ombre peut entreprendre
A l’ombre d’une proie.

(René Laporte)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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COMME L’ALBATROS (Pastiche) (Christian Coin)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016




COMME L’ALBATROS (Pastiche)

Souvent pour m’amuser, griffonnant sur la page
J’aime à te chanter toi, le vaisseau de mes mers,
Qui suivant souverain mes élans et ma rage,
Tempère doucement mes souvenirs amers.

A peine est-il écrit ton nom que c’est dimanche,
Que s’ouvrent devant moi des étés fabuleux,
Laissant mon oeil hagard devant ta beauté blanche
Et mes bras interdits autour de tes cheveux.

Ce Poète, dis-moi, n’est-ce pas Baudelaire ?
Lui naguère inspiré, de nos jours pastiché ;
L’un compose en silence un poème scolaire,
L’autre mime en rêvant le géant détaché.

Le poète est soumis à l’ombre de sa Muse,
Qui rêve de beauté, de spiritualité ;
Exilé sur le sol, non plus rien ne l’amuse,
Loin de toi je ne suis qu’un voyageur blessé.

(Christian Coin)

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