Arbrealettres

Poésie

LES RUES (Serge Brindeau)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



LES RUES

Les rues m’habillent de lumière

J’aime le nom des sources
Et la couleur du ciel
J’aime le clair-obscur
Des ailes et des feuilles
J’aime la nuit marquée de signes
Mais pour des milliers de fleurs rouges
Et pour un roi criant plus haut que sa légende
Je lacère le ciel
Où j’ai choisi d’exalter mon enfance

Autrefois
Quand les hiboux rêvaient de varech
Je glissais mes mains sous la terre
Et j’étais en voyage
Je dénudais les sommets des collines
Le vert s’arrache aux feuilles
Comme un gant
Je transformais la pluie en étoiles d’argent
Je prenais le Sud avec moi
J’étais Seigneur et Valet du printemps
Je buvais aux sources du jour
Avec les agneaux et les tigres
Et les premières fleurs éclataient dans mes veines

Puis ce fut le temps de fer
Où nous goûtions la chair des mots
Tous mes amis
En souvenir des terres odorantes
Retenus au creux des saisons
Tous mes amis posaient leurs mains à plat
Sur le soleil
Et nous chantions face aux prisons
Face aux statues rouillées dressées contre nos murs
Et nous chantions sans modestie
Le chant guerrier de nos vingt ans
Ce fut le temps du pain de moisissure
Où nous parlions d’amour aux quatre vents

Tu as traversé la plaine
Mêlé ton rêve à mon orgueil
Je t’ai donné le nom d’une ville inconnue
Petite
Avec des toits couverts de lierre
Des déesses rouges dansant sur la paille
Et des lucarnes sur la neige
Les pavés et les roses
Te guidaient vers l’aurore
Je t’ai suivie
Comme un insecte son chemin
Comme un enfant suit la lumière
Pour la prière
Et pour l’amour
Nous avons uni nos mains d’ombre
Nos mains de terre
Au long des rues je m’en souviens

Tes lèvres prolongeaient mon enfance
De toute la nuit tiède des chansons.

Personne au monde ne croyait plus à la guerre

Les peupliers ne chantent plus si clair
Aux fontaines taries
Mais j’ai gardé confiance
Dans le grand soleil simple
Qui pèse de tout son poids de moisson droite
Au coeur des hommes
Je laisse derrière moi
Des traces de fougère
Mes mains crispées au sol
Pendant qu’à chaque fenêtre
La couleur des carreaux me montre les chemins d’eau
De la mort

(Serge Brindeau)

Illustration

 

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