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Poésie

Archive for 11 août 2016

On les verra certes, ce crépuscule et ce printemps (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2016



On les verra certes, ce crépuscule
Et ce printemps, aux portes ouvertes d’un nuage,
Sans jamais s’arrêter et regrettant toujours
Ce bonheur qu’on a cru saisir, insaisissable.

(Ilarie Voronca)

 

 

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HEMORRAGIE, ASCENSION (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2016



HEMORRAGIE, ASCENSION

Près de vos armes, hommes inflexibles
Près de vos aigles dressés à déchirer les poumons
Des porteurs de flammes, voici mon ombre entre les montagnes inclinées
Attentivement vers la ville prise dans les menottes du pain.

Sachez que si vous me fouillez jusqu’aux entrailles
Ainsi qu’on ferait d’un violon, afin d’y trouver le chant,
Ou d’un miroir pour en arracher les images
Jamais vous ne toucherez la vision qui demeure en moi.
Parmi le matin qui s’ouvre une artère
Avec la brume tombée au fond des éprouvettes,
Avec l’âme qui, dans la chair comme dans une camisole de force,
Se tord, s’écorche et voudrait se délivrer.

Et vous qui mordez la neige et vous mordez entre vous
Comme des chiens au traîneau montant vers quel orage,
Bourreaux ou frères, me voilà je marche parmi vous
Et je ne sais ce que vous enfoncez dans mon épaule : poignard ou aile.

(Ilarie Voronca)


Illustration: Jean Delville

 

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Glorieuse naissance (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2016



Glorieuse naissance

Etait-ce la mer qui apparut ou la forêt ou le feu
Ou la neige, ou la femme ou la gloire des villes ?
Quel fut donc le signe éblouissant, le soleil entrevu
Et qui fit que chacun de nous s’écria : « Je veux être ! »
car, pour qu’avec une telle force nous nous fussions arrachés
Aux entrailles des nuits, pour qu’avec une telle force
Nous eussions déchiré le ventre de nos mères,
Il a fallu qu’une joie immense nous appelât.
Je veux être ! cria chacun de nous, et nous fûmes,
Mais quel voyage lointain nous hantait déjà
Pareils au marin qui monte sur le pont du navire,
Ebloui par une secrète géographie ?
Retrouver ce qui fut le sens de nos naissances,
Ce qui nous remplissait d’une ardeur invincible !
Ne suis-je pas celui qui court vers la forêt
Mais ne connaît plus l’arbre où son trésor l’attend ?

(Ilarie Voronca)

 

 

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Les mains vides (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2016



Les mains vides

Tes émissaires se tiennent sur notre seuil
« Que chacun apporte ce qu’il a de meilleur », disent-ils
les riches ont entassé leurs joyaux, leurs étoffes,
chargés de bagues leurs doigts ont plus d’éclat que leurs yeux,
le parler des monnaies a couvert celui de leur mémoire
ils n’entendent pas la marche des hommes de l’avenir
nous avançons les mains vides, le regard serein.

Une fois encore nous sommes les méprisés, les humbles.
Eux, ils ont rempli les vaisseaux. Ils marchent
à la tête d’armées glorieuses. Ils appellent
du fond des temps leurs moissons, leurs troupeaux.
Nul trophée n’est oublié et sur leur front
le songe de leur force élève une couronne
mais nous
nous avançons les mains vides, le regard serein.

Nous avons vu l’inoubliable étoile,
la fanfare altière des forêts dans l’orage
le soleil dans les arbres comme en le bois d’un cerf,
les océans traçaient autour leur cercle de feu
chaque chose murmurait « rappelle-toi bien »
il fallait garder l’image non pas la chose
et nous
nous avançons les mains vides, le regard serein.

Eux, ils apportent ce qu’ils ont pris, mais non
la flamme sans parure en l’urne de leur âme,
toujours le contenant, jamais le contenu,
la pierre mais non pas sa voix muette,
l’oiseau mais non la fumée de son vol,
le métal non l’éclat dans les roues de l’aube
mais nous
nous avançons les mains vides, le regard serein.

Notre part a été la part du faible.
Non pas demander, mais se donner tout entier,
Nous distribuant dans l’univers pour mieux ensuite
le recevoir en nous. O ! Mers, montagnes, astres,
nous n’avons retenu que vos reflets,
du riche bétail dans les étables nous avons préféré le souffle,
et nous
nous avançons les mains vides, le regard serein.

Nous venons les mains vides, le regard serein
car les noms sont en nous. Tes émissaires sauront les lire
les autres entassent tout ce dont il nous ont dépouillés
et le monde purifié dans le feu de leur envie
nous protège et nous accueille. Les autres s’écroulent
sous le fardeau des triomphes et des parures
mais nous
nous avançons les mains vides, le regard serein.

(Ilarie Voronca)

 

 

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Celui qui enfonce son visage en la source (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2016



Celui qui enfonce son visage en la source et s’écrie
« La joie est pour l’homme ». Et celui dont le coeur
S’emplit de bonté et qui dit du bien de toutes choses

Mirage comme un vent qui apporte un parfum. Je n’ai été nulle part
Mais je suis dans tout. Et ce jour qui remue
Comme une boue en moi. Et ce mot comme le talon du nageur

Où s’enroulent des algues. Non pas l’éclat
Mais la clarté cheminante de l’aurore.
« Vous êtes vivants en moi ». Et je sais le lieu et le temps
De chaque parole comme une orbe
Au milieu de laquelle l’objet qu’elle désigne rayonne comme un astre.
Plus pur en ma demeure qu’en sa mer une écume,
« Où est ma vie? » Chaque chose m’enlise et me rend à moi-même.

(Ilarie Voronca)

Illustration

 

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C’est vers vous, hommes de l’avenir (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2016



 

C’est vers vous, hommes de l’avenir
Que va ma pensée.
Et je veux que vous vous exclamiez
« Il était des nôtres » quand vous lirez mes poèmes

[…]

Car j’étais des vôtres, hommes de l’avenir
Et c’est vers vous qu’allait ma pensée
Comme vers l’océan de la soif future
Les chevaux blancs des sources et leurs crinières d’écumes.

(Ilarie Voronca)

Illustration

 

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Tout s’accomplit (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2016



Tout s’accomplit

Nous nous tûmes soudain, nous attendîmes,
dans un grand calme, plein d’espoir,
un oiseau se détachant des cimes
nous n’eussions pu mieux le voir

Que cette joie qui s’avançait énorme
vers nous, dans la douce rumeur,
elle empruntait les agréables formes
enfouies au fond de nos cœurs,

C’était tout ce qu’à une époque
lointaine on avait aimé : la cour
vaste d’une auberge ; la coque
d’un navire et les sables autour.

Une maison hors des murs du village,
hospitalité, plaisir des enfants,
les amis que retient l’orage,
on parle, on rit, le matin vous surprend,

Et ce désir trop grand pour la poitrine
de tes dix ans, le voici, devant toi
le bateau qui derrière une vitrine
te menait vers le large autrefois,

La mer aussi qui entourait ta tête,
île pleine de merveilleux couchants,
l’air salé, puis les solaires fêtes
où rêvait ton âme d’adolescent,

Les jardins, les terrasses où jeune homme
tu voulais conduire la bien-aimée
la beauté qu’avec peur tu nommes
et qui déchire ses voiles de fumées,

Il y avait des paroles, des gestes
qui faisaient mal. Comment donc étaient-ils ?
Ici rien ne peut blesser et il reste
des mots que l’on a dit les lumineux fils,

Il y avait certainement quelque chose
que nous ignorions jusqu’à maintenant,
peut-être que la porte n’était pas close
mais nous n’avons pas su regarder en entrant

O ! Forêts ! O ! Montagnes ! Rivières !
Vous vous unissez à nous aujourd’hui,
nos lignes se mêlent à vos lumières.
Vous êtes les astres. Nous, la nuit.

Nous apercevons maintenant le face
du monde allumé de toutes parts.
Nous sommes au fond de lui. A la surface
Tremblent nos feuilles de nénuphars,

Nous savons ici comment faire
pour nous perdre vraiment dans tout
ce nuage en train de se défaire
n’est qu’une partie de nous.

(Ilarie Voronca)

Illustration

 

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ETÉ (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2016



ETÉ
ET l’enfant répondit, pâmée
Sous la fourmillante caresse
De sa pantelante maîtresse :
« Je me meurs, ô ma bien-aimée !

« Je me meurs; ta gorge enflammée
Et lourde me soûle et m’oppresse;
Ta forte chair d’où sort l’ivresse
Est étrangement parfumée;

« Elle a, ta chair, le charme sombre
Des maturités estivales, —
Elle en a l’ambre, elle en a l’ombre;

« Ta voix tonne dans les rafales,
Et ta chevelure sanglante
Fuit brusquement dans la nuit lente. »

(Paul Verlaine)

Illustration: Irina Kotova

 

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Limites (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2016



 

Limites

Il est une ligne de Verlaine dont je ne vais plus me souvenir,
Il est une rue proche interdite à mes pas,
Il est un miroir qui m’a vu pour la dernière fois,
Il est une porte que j’ai fermée jusqu’à la fin du monde.
Parmi les livres de ma bibliothèque (je les vois)
Il en est un que je n’ouvrirai plus.
Cet été, je vais avoir cinquante ans;
La mort me ronge et me ruine, incessante.

(Jorge Luis Borges)

 

 

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Es-tu brune ou blonde ? (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2016



Es-tu brune ou blonde ?

Es-tu brune ou blonde ?
Sont-ils noirs ou bleus,
Tes yeux ?
Je n’en sais rien mais j’aime leur clarté profonde,
Mais j’adore le désordre de tes cheveux.

Es-tu douce ou dure ?
Est-il sensible ou moqueur,
Ton coeur ?
Je n’en sais rien mais je rends grâce à la nature
D’avoir fait de ton coeur mon maître et mon vainqueur.

Fidèle, infidèle ?
Qu’est-ce que ça fait,
Au fait
Puisque toujours dispose à couronner mon zèle
Ta beauté sert de gage à mon plus cher souhait.

(Paul Verlaine)

Illustration: Charles J. Dwyer

 

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