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Poésie

Archive for 12 août 2016

Le Phénix (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



Le Phénix

Je suis le dernier sur ta route
Le dernier printemps la dernière neige
Le dernier combat pour ne pas mourir

Et nous voici plus bas et plus haut que jamais.

Il y a de tout dans notre bûcher
Des pommes de pin des sarments
Mais aussi des fleurs plus fortes que l’eau

De la boue et de la rosée,

La flamme est sous nos pieds la flamme nous couronne
A nos pieds des insectes des oiseaux des hommes
Vont s’envoler

Ceux qui volent vont se poser.

Le ciel est clair la terre est sombre
Mais la fumée s’en va au ciel
La ciel a perdu tous ces feux.

La flamme est restée sur la terre

La flamme est la nuée du cour
Et toutes les branches du sang
Elle chante notre air

Elle dissipe la buée de notre hiver.

Nocturne et en horreur a flambé le chagrin
Les cendres ont fleuri en joie et en beauté
Nous tournons toujours le dos au couchant

Tout a la couleur de l’aurore.

(Paul Eluard)

 

 

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As-tu vu (Charles Nodier)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



bateau-a-la-noix- 2

As-tu vu, quelquefois, sur le ruisseau de notre village,
une valve de noix sèche qui fuit comme une pirogue, emportée par le courant ;
tantôt pirouettant sur un petit flot qui tourbillonne,
tantôt échouée sur un récif, entre deux pieds de flambe ou deux feuilles de nymphaea ;
délaissée comme une vieille carcasse de vaisseau à la suite d’une sécheresse,
remise à flot par une averse, et voguant sans mât, sans rames et sans pavillon,
au gré de la pluie et du vent ?

C’est la voiture nautique avec laquelle je parcours les immenses replis de la ceinture du globe !

Je descends le long cours des fleuves, à travers des rivages qu’enrichit une pompeuse végétation,
je vois les villes répéter leurs panoramas magnifiques
dans le cristal immense que je laboure de ma quille assurée.
J’arrive aux mers, sur mon tillac humecté par l’écume d’argent d’une marée favorable,
ou par les gouttes d’eau qui tombent en perles des ailes frémissantes du cormoran.
Bientôt les oiseaux disparaissent.
À peine je vois encore quelque poisson volant refermer ses nageoires membraneuses,
desséchées par un rayon de soleil, et tombant de haut dans la mer ;
ou bondir quelque bonite égarée.

L’Océan m’est ouvert avec ses îles et ses mondes…

(Charles Nodier)

 Illustration

 

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Vois-tu (Charles Nodier)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



Vois-tu la bise emporter l’aile d’un papillon mort –
ou bien le duvet impalpable qu’elle a chassé d’un nid nouvellement abandonné –

ou bien la foliole tournoyante de la graine de tilleul –

ou bien l’aigrette argentée d’une flosculeuse qui monte en se balançant comme un aérostat,
et s’enfuit, pour aller jeter au revers de la montagne ses légères ancres de soie –

ou mieux encore, ces flocons d’un blanc neigeux qu’une vierge des planètes a laissé tomber de sa chevelure,
et que la plus légère émanation de ton souffle renvoie au ciel d’où ils sont descendus… ?

Voilà ma voiture aérienne, celle avec laquelle je visite les Soleils…

(Charles Nodier)

 

 

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L’escalier (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016


escaliersEn
                        descendant
                                                les
                                                            sept
                                                                                    marches
                                                                                                        de
                                                                                                                             l’escalier

(Guillaume Apollinaire)

 

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Une mèche brûle (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



Une mèche brûle
dans chaque mot

(Edmond Jabès)

 

 

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Le poème désensibilise l’univers (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



Le poème désensibilise l’univers au profit des facultés humaines,
permet à l’homme de voir autrement, d’autres choses.
Son ancienne vision est morte, ou fausse.
Il découvre un nouveau monde,
il devient un nouvel homme.

(Paul Eluard)

 

 

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La magie de la poésie (Jean-Marc Debenedetti)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



La magie de la poésie consiste à rendre compte du monde,
non en le désignant,
mais en le révélant.

(Jean-Marc Debenedetti)

Illustration: Valérie Sjodin

 

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RETOUR (Stefan George)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



 

RETOUR

Je reviens et ma barque est pleine,
Le but s’éveille aux feux du soir,
Au mât claque une flamme blanche,
Nous devançons maintes nacelles.

Le vieux rivage et ses maisons,
Les vieilles cloches, tout est neuf
J’entends l’appel de joies nouvelles
Que me dit la douceur du vent.

Alors surgit des crêtes glauques
Un mot, un visage au front rose :
« Longtemps d’étrangers tu fus l’hôte,
Mais nous t’avons gardé nos coeurs.

« Tu nous quittas dans l’aube grise,
Un seul jour semble être écoulé,
L’onde amoureuse te salue,
La rive et l’étoile du soir. »

***

RÜCKKEHR

Ich fahre heim auf reichem kahne,
Das ziel erwacht im abendrot,
Vom maste weht die weisse fahne,
Wir übereilen manches boot.

Die alten ufer und gebäude
Die alten glocken neu mir sind,
Mit der verheissung neuer freude
Bereden mich die winde lind.

Da taucht aus grünen wogenkämmen
Ein wort, ein rosenes gesicht:
« Du wohntest lang bei fremden stämmen,
Doch unsre liebe starb dir nicht.

«Du fuhrest aus im morgengrauen
Und als ob einen tag nur fern
Begrüssen dich die wellenfrauen
Die ufer und der erste stern.»

(Stefan George)

Illustration: Marie-Joseph-Léon Iwill

 

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Le laboureur (José-Maria de Hérédia)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



Le semoir, la charrue, un joug, des socs luisants,
La herse, l’aiguillon et la faulx acérée
Qui fauchait en un jour les épis d’une airée,
Et la fourche qui tend la gerbe aux paysans ;

Ces outils familiers, aujourd’hui trop pesants,
Le vieux Parmis les voue à l’immortelle Rhée
Par qui le germe éclôt sous la terre sacrée.
Pour lui, sa tâche est faite ; il a quatre-vingts ans.

Prés d’un siècle, au soleil, sans en être plus riche,
Il a poussé le coutre au travers de la friche ;
Ayant vécu sans joie, il vieillit sans remords.

Mais il est las d’avoir tant peiné sur la glèbe
Et songe que peut-être il faudra, chez les morts,
Labourer des champs d’ombre arrosés par l’Érèbe.

(José-Maria de Hérédia)

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La Danseuse Etoile (Henriette Turc)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



La musique affranchit son corps de la matière
Et, libérée au seuil d’une obscure maison,
Plus claire qu’un matin de la belle saison,
Elle touche au delà un pays de lumière.

Plus frêle qu’un jonc d’or au fil de la rivière,
Vers un rêve d’amour où se noie la raison,
Plus douce qu’un rosier d’avril en floraison,
De ses bras, elle mime une antique prière.

Son ombre a la beauté d’un nuage irisé;
Face au ciel, seule, elle a le don d’improviser
Un ballet qui traduit les secrets de son âme

Sur un fond de velours, étoile de clarté,
Elle cueille la joie de créer la beauté,
Perle aux reflets d’azur, magicienne et femme.

(Henriette Turc)

Illustration: jean-gabriel Domergue

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