Arbrealettres

Poésie

La rue sous ma fenêtre (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



La rue sous ma fenêtre

La rue sous ma fenêtre comme les autres jours,
Et les vitres sont pleines des images quelles ont ramenées
De leur vol au-dessus de la ville. On voit le ciel
Avec les nuages et les fumées des usines. On voit
Des femmes si semblables aux écumes sur les plages,
Et des enfants avec des beaux jouets dans un jardin riche,
Et d’autres enfants avec des jouets pauvres dans une cour
Et tant d’images que mes yeux survolent comme des vitres.

Le jour s’embue sous mon souffle, comme un miroir. Est-ce vous
Hommes, ces doux brouillards qui inondent ma chambre ?
Venez, approchez-vous, penchez-vous
Sur mon épaule, assistez à la naissance du poème.
Est-ce vous que j’entends marcher dans l’escalier ? C’est au
Troisième étage de cette maison ouvrière, au douze
De la rue Jonquoy. Est-ce vous dans ce halètement
D’un suave départ vers les ténèbres ? Puisque les choses
Vont faire bientôt un grand voyage à travers la nuit.
Quelles sont donc les richesses du jour quelles doivent emporter ?
Quels éclats du matin, du midi, du crépuscule
Seront chargés sur les choses, comme sur des navires
Pour cette secrète traversée ? En silence
Chaque objet prend le strict nécessaire
De la lumière du jour. Et c’est vous
Hommes, mes semblables, mes frères, que je reconnais
Innombrables autour de moi. Je sais bien,
C’est vous qui faites craquer le plancher
Et le vieux bahut ; asseyez-vous partout
Sans crainte, j’aime tant votre souffle de foule
Qui caresse ma face. Écoutez,
Nous chanterons ensemble la louange du jour,
Nous accueillerons le soir et les feux allumés,
Au-delà des vieux murs pour saluer la bonté,
Ensemble, nous serons à espérer la gloire
De l’homme. Et nous dirons ensemble
Ce soir et tous les soirs qui vont encore suivre
Cette prière aux hommes, aux frères innombrables

Nos frères, hommes, qui êtes sur la terre
Que vos noms soient sanctifiés
Que votre règne arrive
Que votre volonté soit faite
Sur la terre comme au ciel
Partageons désormais notre pain quotidien
Partageons désormais notre joie quotidienne
N’acceptons plus les offenses
Car nous n’avons jamais offensé personne,
Ne nous laissons plus succomber à l’angoisse, à la misère,
Délivrons-nous, nous-mêmes, du mal,
Ainsi soit-il

(Ilarie Voronca)

Illustration: James Zwadlo

 

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