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Poésie

Archive for 31 août 2016

Il est l’heure pour toi (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2016



 

il est l’heure pour toi, ô Poète,
quand le Sort devient ladre et médiocre,
quand le monde de l’Amour tombe en ruines,
quand les sourires dont on fut prodigue
sont offerts avec parcimonie,
de fermer ta porte à clef,
d’enchaîner les mots à d’autres mots
et les rimes à d’autres rimes.

(Rabindranath Tagore)

Illustration: Giuseppe Antonio Petrini

 

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APPEL (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2016




APPEL

Dieu, c’est nos mains.
Dieu, c’est nos coeurs et nos raisons
Le dieu qui existe partout
dans la terre comme dans la pierre, dans le bronze,
sur les toiles, sur l’acier et le plastique.
Compositeur des grandes harmonies de nombres et de mots.
Hommes, c’est vous que j’appelle
Pour les livres, pour les arbres, pour le poisson,
Pour le riz et le blé
Pour les cheveux couleur de raisin noir, pour les cheveux de paille blonde,
Pour vivre et mourir en hommes.

(Nâzim Hikmet)

 

 

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Les cordes ont vibré (Jean Tortel)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2016



 

Tu m’ignores. Je suis.
Ma parole est ta bouche.
Ne te sépare pas
Des mots qui t’ont conduit.

Moi qui n’existais pas
Avant ton aventure
J’attendais ta venue
La peur entre nous deux.

*

Tu ne sais rien de moi
Que ce que je rapporte.
Toi qui m’as délivré,
Qui m’as donné mon nom.

Tu ne sais où je suis
Ni les coups que je porte
Ni quels sangs ont jailli
De mon aile de jour.

*

Souviens-toi je t’aidais
Quand tu m’as mis au monde.
Je te passais la terre
Et l’eau qui me formaient.

Je ne t’ai pas déçu
Tes mains se reposèrent.
Puis le jour descendit
Et tu vas me cherchant.

*

La pierre en mouvement,
La chose dure en marche.
A travers ma beauté
Passent de grands témoins.

Les cordes ont vibré
A faire peur au monde
Et je saigne devant
L’inexplicable mur.

(Jean Tortel)

 

 

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Pour que le temps reste sans fin (Ali Hamouda)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2016




Mots d’hier
mots de jadis que traîne la chanson du berger
ou d’une enfant qui vient de respirer le rêve,
mots des vieux chants perdus avec le regard et la gorge
ouverts au rire d’un univers
de larmes lourdes d’espérance

Mots des lèvres nouvelles balbutiant
la prière ou l’étreinte au matin des lointains soupirs,
mots des mains ciselant les songes
pour que le temps reste sans fin.

(Ali Hamouda)

Illustration: Georges Jeanclos

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À UNE ATTRISTÉE D’AMBITION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2016




À UNE ATTRISTÉE D’AMBITION

Comme hier, vous avez les souplesses étranges
Des tigresses et des jaguars,
Vos yeux dardent toujours sous leurs ombreuses franges
L’or acéré de leurs regards.

Vos mains ont, comme hier, sous leurs teintes d’aurores
Leur inexplicable vigueur;
Elles trouvent encor sur les touches sonores
Des accords qui frôlent le coeur.

Comme hier, vous vivez dans les fécondes fièvres
Et dans les rêves exaltés,
Les mots étincelants s’échappent de vos lèvres,
Echos des intimes clartés.

Trop heureuse en ce monde et trop bien partagée,
Idéal et charnel pouvoir,
Vous avez tout, et vous êtes découragée,
Comme un ciel d’automne, le soir.

*

Ne rêvez pas d’accroître et de parfaire encore
Les dons que vous a faits le ciel.
Ne changez pas l’attrait suprême, qui s’ignore,
Pour un moindre, artificiel.

Il faut que la beauté, vivante, écrite ou peinte
N’ait rien des soucis du chercheur.
Et si la rose avait à composer sa teinte
Elle y perdrait charme et fraîcheur.

Dites-vous, pour chasser la tristesse rebelle,
En ornant de fleurs vos cheveux,
Que, sans peine pour vous, ceux qui vous trouvent belle
Sauront le dire à nos neveux.

(Charles Cros)

Illustration: Arthur Braginsky

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J’étais entouré de solitude ce soir-là (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2016



 

J’étais entouré de solitude ce soir-là et lisais un livre.
Mon coeur se desséchait, il me semblait que la beauté était façonnée par des marchands de paroles.
Je fermai le livre avec lassitude et soufflai la chandelle.
En un instant la chambre s’emplit de lune.

Esprit de Beauté, comment pouvais-tu,
toi dont l’éclat inonde le ciel,
rester caché derrière une minuscule flamme de bougie ?
Comment quelques vains mots d’un livre
pouvaient-ils monter comme une brume et te voiler,
toi dont la voix apporte au coeur de la terre un calme ineffable ?

(Rabindranath Tagore)

Illustration

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Je Te Donne (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2016




Je Te Donne

can give a voice, bred with rythms and soul
the heart of a Welsh boy who’s lost his home
put it in harmony , let the words ring
carry your thoughts in the song we sing
Je te donne mes notes , je te donne mes mots
quand ta voix les emporte a ton propre tempo
une épaule fragile et solide a la fois
ce que j’imagine et ce que je crois .

Je te donne toutes mes différences,
tous ces défauts qui sont autant de chance
on sera jamais des standards des gens bien comme il faut
je te donne ce que j’ai ce que je vaux

I can give you the force of my ancestral pride
the well to go on when i’m hurt deep inside
whatever the feeling, whatever the way
it helps me to go on from day to day
je te donne nos doutes et notre indicible espoir
les questions que les routes ont laissées dans l’histoire
nos filles sont brunes et l’on parle un peu fort
et l’humour et l’amour sont nos trésors

Je te donne toutes mes differences…

Je te donne , donne , donne ce que je suis

I can give you my voice, bred with rythm and soul,
je te donne mes notes , je te donne ma voix
the songs that i love, and the stories i’ve told
ce que j’imagine et ce que je crois
i can make you feel good even when i’m down
les raisons qui me portent et ce stupide espoir
my force is a platform that you can climb on
une épaule fragile et forte a la fois
je te donne, je te donne tout ce que je vaux , ce que je suis, mes dons,
mes défauts, mes plus belles chances, mes différences

(Jean-Jacques Goldman)

 

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Par la rime (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2016




Par la rime, la phrase poétique se termine sans se terminer;
les mots s’arrêtent, mais non leur musique,
l’oreille et l’esprit en prolongent la résonance.

(Rabindranath Tagore)

 

 

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L’AMOUR (Melih Cevdet Anday)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2016




L’AMOUR

La forêt commençait quand tu me prenais la main.
Elle s’ouvrait par le milieu comme une figue
Nous courions vers le haut, courbés en deux, hors d’haleine.
Avec les truites, à grand-peine, les aiguilles de pin
Brisaient notre allure. Ne Laisse Pas Ma Main,
Ne Laisse Pas Ma Main…
Après, nous glissions tout en bas.
Et le silence descendait comme un arbre
Il poussait des racines en toi et en moi, cherchant
L’eau de la terre qui attendait son tour.
Tournesols, tes seins tendent vers la lumière.
Je marchais à tes deux côtés comme l’arcade d’un monument.
Après, nous recommencions à courir,
En haut, plus haut, vers les eaux qui se creusent
Dans les cieux. Je t’embrassais, tu tremblais, l’amour qui réunit
Les instants éclatés ne fait pas de rêve : ô forêt,
Ô sort du cheval pourchassé, ô tourterelle affamée
Du recommencement ! Pour nous il n’y a pas de sort.

Nous l’avons brûlé, comme une tache dans l’oeil
Des oiseaux migrateurs, une graine unique dans leur bec,
Tandis que le jour se lève une fois de plus. Pour nous il n’y a pas de sort.

(Melih Cevdet Anday)

Illustration

 

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ALMANACH (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2016



 

Berthe Morisot bfe95f

ALMANACH

Les fillettes sont bien grandies
Qu’on faisait sauter dans ses mains !
Que de cendres sont refroidies !
Voici refleurir les jasmins.

Il est un charme aux lendemains,
Un bercement aux maladies.
Les roses perdent leurs carmins
Mais restent de nobles ladies.

Sans être ni riche ni fort
On attend doucement la mort
En contemplant le ciel plein d’astres.

Mais il vient des mots étouffants ;
On laissera les chers enfants
Livrés à de vagues désastres.

(Charles Cros)

Illustration: Berthe Morisot

 

 

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