Arbrealettres

Poésie

Archive for 1 septembre 2016

ABSENT (Robert Frost)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2016



ABSENT

Je me tournai vers Dieu pour lui parler
Du désespoir du monde,
Mais je tombai de Charybde en Scylla,
Car Dieu n’était pas là.

Dieu se tourna vers moi pour me parler
(Surtout que personne ne rie!)
Et constata que je n’y étais pas —
Pour une bonne part du moins.

(Robert Frost)

Illustration: William Blake

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Sous la protection des Violettes (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2016



Sous la protection des Violettes

JE place sous la protection des violettes
Mes adorations très humblement muettes…
O vous les violettes !

Vous qui savez, par la puissance du parfum,
Evoquer telle voix, et tel long regard brun…
Puissance du parfum !

Exaucez le grand cri de celle qui vous aime
Et sachez parfumer ma vie et mon poème
Sachant que je vous aime.

Je suis lasse des lys, je suis lasse des roses,
De leur haute splendeur, de leurs fraîcheurs écloses,
De toute la beauté des grands lys et des roses.

Votre odeur s’exaspère en l’ombre et dans le soir,
Violettes, ô fleurs douces au désespoir,
Violettes du soir !

(Renée Vivien)

Illustration: Odilon Redon

 

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IL FAUDRAIT ÊTRE ENCORE PLUS SIMPLE (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2016




IL FAUDRAIT ÊTRE ENCORE PLUS SIMPLE

Il faudrait être encore plus simple,
Si simple que l’on puisse entrer
Dans la simplicité du vent,
Du soleil poussiéreux,
Du linge qui pantèle sur la corde sans se plaindre.
Il n’y a pas de désespoir dans le monde,
Ni d’espoir.
Il n’y a que la simplicité du vent,
Du soleil,
Du linge,
De la corde ;
Il n’y a que la simplicité de l’eau,
Ses vergetures d’accouchée ;
Il n’y a que l’eau,
Le caillou,
La simple nécessité de brûler et de mourir.
Il faudrait pouvoir entrer sans frémir
Dans les choses
Comme les choses,
Entrent dans les choses.
Pourquoi cette révulsion de notre coeur ?
Pourquoi cet éternel énervement de nos nervures ?
La pensée ne construit rien. Le sentiment nous épuise.
Nous serrons les dents et saignons
Sans accoucher.
Nous pianotons sur les choses
Comme une pluie dont chaque goutte
Aurait peur de se faire du mal.
Nous sommes les petits électrisés du monde.
Nous n’entrons pas.

(Jean Rousselot)

 

 

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Que peut une galère ayant perdu la rame (Jean de la Ceppède)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2016



 

Que peut une galère ayant perdu la rame
Le poisson hors de l’eau, la terre sans humeur,
Un roi sans son conseil, le peuple sans seigneur,
La salamandre froide ayant perdu la flamme ?

Que pourra faire un corps destitué de l’âme,
Et le faon orphelin par le coup du chasseur ?
Beaucoup moins peut encor le triste serviteur
Egaré de son coeur, et des yeux de sa dame.

Hélàs ! que puis-je donc ? je ne puis que souffrir
Et la force me nuit m’empêchant de mourir.
Je n’imagine rien qu’un désespoir d’absence.

Je puis chercher le fond de ma fière douleur,
L’essence de tout mal, je puis tout pour malheur
Mais c’est à me guérir qu’on voit mon impuissance.

(Jean de la Ceppède)

Illustration: Siegfried Zademack

 

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Chanson d’un jour de trop (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2016



Chanson d’un jour de trop

C’était un temps
d’enterrement.

D’abord une aube
digne de Job.

Puis un midi
de maladie.

Il fit un soir
de désespoir,

Avant sa nuit
de fond de puits.

Ce fut un jour
vide d’amour.

(Bernard Lorraine)


Illustration: Gilbert Garcin

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Tu seras sans pays natal (Daniel Maximin)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2016



Tu seras sans pays natal,
comme les fruits et les oiseaux,
dont tu prendras les couleurs et les chants
pour te faire un pays
tu habiteras loin de tout désespoir,
ce manque d’espace
qui agrandit le désert

(Daniel Maximin)


Illustration

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Visite à une maison vide (Pierre Gamarra)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2016



Visite à une maison vide

Je suis entré. Des songes m’attendaient,
Poussières et caramel, dans le vestibule,
Et des fantômes gris,
Et des fantômes perles.
La rampe de l’escalier me chuchotait
Milles mains.
Une portes a gémi, gémi
pour me raconter les soupirs
D’une fiancée d’autrefois,
Organdi, libellule, argent,
Bougie rose, valse défunte,
Un cheval noir devant la porte,
Une épée dans les iris noirs.

Je suis entré. Dans cette chambre
Naquirent des enfants légers,
Par des aurores de jasmin,
Par des crépuscules de menthe
Je les vois glisser sur la rampe,
Je les vois danser au matin
Et cueillir des fleurs fraternelles
Et battre des ailes, des ailes
Dans la patience de l’été.

Je suis entré. Les planchers murmuraient
Des sandales et des cothurnes
Le cuir, le cygne, le vair,
Des empreintes d’or et de feu,
Et puis, j’ai vu ces pieds nus,
Cette trace incertaine et certaine,
La poudre infime d’une peine,
Le sillage d’un désespoir,
La caresse d’une espérance
Et quelqu’un s’est mis à chanter
Du haut en bas de la maison.

(Pierre Gamarra)

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Si j’écris c’est pour que ma voix vous parvienne (André Laude)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2016



si j’écris c’est pour que ma voix vous parvienne
voix de chaux et sang voix d’ailes et de fureurs
goutte de soleil ou d’ombre dans laquelle palpitent nos sentiments

si j’écris c’est pour que ma voix vous arrache
au grabat des solitaires, aux cauchemars des murs
aux durs travaux des mains nageant dans la lumière jaune du désespoir

si j’écris c’est pour que ma voix où roulent souvent des torrents de blessures
s’enracine dans vos paumes vivantes, couvre les poitrines d’une fraîcheur de jardin
balaie dans les villes les fantômes sans progéniture

si j’écris c’est pour que ma voix d’un bond d’amour
atteigne les visages détruits par la longue peine le sel de la fatigue
c’est pour mieux frapper l’ennemi qui a plusieurs noms.

(André Laude)

Illustration: Pablo Picasso

 

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PAR DES BARREAUX NOUVEAU-NÉS (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2016



 

PAR DES BARREAUX NOUVEAU-NÉS

Une femme en amour devant une fenêtre vide.
Des yeux bleu ardent, bleu lanière.
Un corps arqué sur le désespoir de son nom.

Dehors le grand tumulte harassé des étoiles contre le ciel
semble ne plus s’ouvrir, ne plus suspendre l’issue de leur perfection
qu’à cette véhémence brouillée de larmes puériles,
qu’à ce gémissement,
qu’à ce silence.

(Jacques Dupin)

 

 

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Si l’on me cherche (Jacques Prevel)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2016



Si l’on me cherche
C’est un matin d’Hiver qu’on me trouvera
Un matin d’Hiver sous la pluie
Un matin quand la vie n’a plus de hasard
Mais que tout est pareil encore à l’Hiver
Les arbres le pavé la rue presque déserte
On me trouvera dans l’inutile
Dans un mot qui n’a pas de sens
Un mot qui n’a pas de raison

(Jacques Prevel)
Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration: Jan Balet

 

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