Arbrealettres

Poésie

Fleur séculaire (José-Maria de Hérédia)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2016



Sur le roc calciné de la dernière rampe
Où le flux volcanique autrefois s’est tari,
La graine que le vent au haut Gualatieri
Sema, germe, s’accroche et, frêle plante, rampe.

Elle grandit. En l’ombre où sa racine trempe,
Son tronc, buvant la flamme obscure, s’est nourri ;
Et les soleils d’un siècle ont longuement mûri
Le bouton colossal qui fait ployer sa hampe.

Enfin, dans l’air brillant et qu’il embrase encor,
Sous le pistil géant qui s’érige, il éclate,
Et l’étamine lance au loin le pollen d’or ;

Et le grand aloès à la fleur écarlate,
Pour l’hymen ignoré qu’a rêvé son amour,
Ayant vécu cent ans, n’a fleuri qu’un seul jour.

(José-Maria de Hérédia)

6 Réponses vers “Fleur séculaire (José-Maria de Hérédia)”

  1. Sophie said

    Très beau cet aloès !

  2. Lara said

    Très..hum.. sensuel ce poème :-))

  3. Arbre du serpent
    ———-

    Dans le premier jardin les premiers humains campent,
    Ils ne travaillent point, c’est Dieu qui les nourrit.
    Aucun arbre au verger jamais ne dépérit,
    L’un d’entre eux sert d’abri pour le démon qui rampe.

    Eve en un clair ruisseau chaque matin se trempe;
    Souvent, dans ces moments, Gabriel lui sourit.
    Sur l’arbre du serpent un rouge fruit mûrit,
    L’ange dit qu’on pourrait en faire des estampes.

    La nuit gagne la plaine et le jardin s’endort,
    Le serpent sur le sol pose sa tête plate;
    Un songe surprenant fait frémir ses yeux d’or.

    Le fruit toujours grandit et devient écarlate,
    Gabriel est meurtri d’un impossible amour;
    Son corps d’ange à présent lui paraît un peu lourd.

    • Colonne de l’ambiserpent
      ————

      Si tu vois celui-là, mieux vaut que tu décampes,
      Car ce monstre n’est pas un mangeur de souris ;
      Des rois sous sa morsure ont noblement péri,
      Ce n’est pas un lézard, c’est une horreur qui rampe.

      Dans le sang d’un humain chaque jour il se trempe,
      Son corps s’y abandonne et son âme sourit ;
      En son coeur de reptile un noir dessein mûrit,
      D’une autre vie ce soir il soufflera la lampe.

      À quoi peut-il rêver chaque fois qu’il s’endort ?
      Qu’il crucifie un dieu, comme le fit Pilate ?
      Qu’on lui fait un blason d’argent, de sable et d’or?

      Mais il préférerait un emblème écarlate,
      Une rouge bannière aux couleurs de l’amour; ;
      Il cesse de rêver, il dort d’un sommeil lourd.

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