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Poésie

Archive for 14 septembre 2016

Le matin les tourterelles (Claude Chambard)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2016



le matin les tourterelles
la pluie goutte dans la cheminée
il faudrait ne pas quitter la chaleur
du lit

cet été-là
le lit n’a jamais été défait
aucun oiseau n’a chanté

un jour j’ai marché
le long d’une voie ferrée
aucun train n’est passé

rien ne voulait de mes guenilles

(Claude Chambard)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Les petites choses modelées dans l’urgence de vivre (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2016



Les petites choses modelées dans l’urgence de vivre

je ne suis que la maison de mes paroles
elles voyagent avec moi
sans demander ma permission
ni me dire où elles vont

mon vaisseau est un poème
je ne suis qu’un vers

(Luis Mizón)

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ILLISIBILITÉ de ce monde (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2016



ILLISIBILITÉ de ce
monde. Tout, double.

Les horloges fortes
donnent raison à l’heure scindée,
à voix rauque.

Toi, coincé dans tes tréfonds,
tu grimpes hors de toi
pour toujours.

***

UNLESBARKEIT dieser
Welt. Alles doppelt.

Die starken Uhren
geben der Spaltstunde recht,
heiser.

Du, in dein Tiefstes geklemmt,
entsteigst dir
für immer.

***

UNREADABILITY of this
world. All doubles.

The strong clocks
back the fissure-hour,
hoarsely.

You, wedged into your deepest,
climb out of yourself
for ever.

(Paul Celan)

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Le monde est trop plein (Jean-Christophe Belleveaux)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2016



le monde est trop plein, ma poitrine en déborde
il faut bien commencer par quelque chose
par le monde,
pourquoi pas ?
le monde est plein de douleurs
que les peintres écartèlent,
les poètes, les musiciens aussi
– mettez donc un bémol à mon sang,
jaugez si vous pouvez : tout déborde,
à commencer par la langue
qui est elle-même au commencement
si cela est audible

le monde est plein d’incidents,
d’art pompier, de feux follets
que rien n’apprivoise
ô quoi
bancal et idéal
tordu serait
mais plus pur que le rien,
plus infini que la ligne droite

des choses et encore des choses :
une chaise, un concept,
l’absence de bruit ou son contraire,
la lumière

j’avais écrit :
à quoi bon les phrases
plus à une contradiction près

(Jean-Christophe Belleveaux)

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Illustration: Hassane Amraoui

 

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De travers (Céline Escouteloup)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2016



De travers

Je suis tombée en pleine rue
Sous le poids d’un moineau
Tombée en pleine rue
Sous le poids
D’une fleur cassée

De la lumière a giclé
Et puis du sang
Et puis : effondrement de confettis

Personne ne l’avait prédit.

Cette seconde où la musique est de travers.
Tout l’univers a trébuché.
Basculé.

On sent la mort et le rire aller
Main dans la main d’un seul mouvement

Et voilà une robe qui se met à tourner
À l’envers

(Céline Escouteloup)

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Illustration: Jean-Luc Ollivier

 

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Poussière d’oubli (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2016



chapeau-musicien-d

Poussière d’oubli

Ce que j’ai vu, je l’ai écrit
comme la pluie sur les vitres
et les larmes des roses, et tout
ce que j’ai oublié demeure

là, dans ce grand sac de voyelles
posé contre le pied de la table
où le temps passe entre ma vie
et moi sans blesser personne.

Quand plus rien ne chante au-dehors
je puise dans le sac et sème
sur la page un peu de poussière
d’oubli et le jour paraît comme

un musicien qui tend son chapeau.

(Guy Goffette)

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J’ai gâché trop de clairs de lune (Jim Harrison)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2016



J’ai gâché trop de clairs de lune.
Coeur battant. Je n’en gâcherai plus,
La lune harcelée de nuages file vers l’ouest
En son arc impondérable, piégée une demi-
Heure parmi les feuilles mouillées de la vasque
Aux oiseaux.

***

I’ve wasted too much moonlight.
Breast beating. I’ll waste no more moonlight,
the moon bullied by clouds drifts west
in her imponderable arc, snared for a half
hour among the wet leaves in the birdbath.

(Jim Harrison)

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Illustration

 

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Nous avons nos nuits insomniaques… (Alda Merini)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2016



Nous avons nos nuits insomniaques…

Les poètes proclament le vrai,
ils pourraient être dictateurs
et sans doute aussi prophètes,
pourquoi devons-nous les écraser
contre un mur incandescent ?

Et pourtant les poètes sont inoffensifs,
L’algèbre douce de notre destin.
Ils ont un corps pour tous
et une mémoire universelle,
pourquoi devons-nous les arracher
comme on déracine l’herbe impure ?

Nous avons nos nuits insomniaques,
les mille calamiteuses ruines
et la pâleur des extases du soir,
nous avons des poupées de feu
comme Coppélia
et nous avons des êtres turgescents de mal
qui nous infectent le coeur et les reins
parce que nous ne nous rendons pas…

Laissons-les à leur langage, l’exemple
de leur vivre nu
nous soutiendra jusqu’à la fin du monde
quand ils prendront les trompettes
et joueront pour nous.

***

Abbiamo le nostre notti insonni…

I poeti conclamano il vero,
potrebbero essere dittatori
e forse anche profeti,
perché dobbiamo schiacciarli
contro un muro arroventato ?
Eppure i poeti sono inermi,
l’algebra dolce del nostro destino.
Hanno un corpo per tutti
e una universale memoria,
perché dobbiamo estiparli
come si sradica l’erba impura ?
Abbiamo le nostre notti insonni,
le mille malagevoli rovine
e il pallore delle estasi di sera,
abbiamo bambole di fuoco
cosi come Coppelia
e abbiamo esseri turgidi di male
che ci infettano il cuore e le reni
perché non ci arrendiamo…
Lasciamoli al loro linguaggio, l’esempio
del loro vivere nudo
ci sosterrà fino alla fine del mondo
quando prenderanno le trombe
e suoneranno per moi.

(Alda Merini)

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Illustration: Max Ernst

 

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Os,9 (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2016



Os,9

on peut rêver d’une poésie
au couteau face
à cette bêtise massive

ou bien tenir un non
crispé jusqu’à l’os
et boyaux déglingués

en tête rien d’autre
qu’un désir
une grande gifle de tout
avant de mesurer reprendre
plus tard les comptes attendre
dans l’impasse le moment

le temps est devenu très mince et lourd
sous le rabot à même la peau
des jours

lichen poésie lichen

(Antoine Emaz)

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Une voix, de l’intérieur (Gilles Baudry)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2016



Une voix, de l’intérieur

« Approche-toi plus près
Plus près encore
Du pouls des choses

Eveille en toi la chrysalide

Place-toi tout contre ton coeur
Quelque chose demande
A exulter de l’intérieur

Une parole sans parole »

Me dit la voix en aparté
A mots si bas
qu’une porte s’ouvrit

Au fond de moi

(Gilles Baudry)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Christian Schloe

 

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