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Poésie

Archive for 23 septembre 2016

Tu es le vide et la cendre (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2016



 

oiseau

tu es le vide et la cendre
oiseau sans tête aux ailes battant la nuit
l’univers est fait de ton peu d’espoir

l’univers est ton cœur malade et le mien
battant à frôler la mort
au cimetière de l’espoir

ma douleur est la joie
et la cendre le feu

(Georges Bataille)

 

 

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Le Sentier du rêve (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2016



 

Dominique Ruffra___évasion

Le Sentier du rêve

Le sentier du rêve
partait
de ma chambre
et montait
vers
les immeubles,
Un arbre en fleur
devant la casse.
Son odeur
donnait droit
au
printemps.

Le sentier du rêve
dans une pente
que l’on dévale
à six ans
voulant faire
un bruit d’homme
nos pas.

Le sentier du rêve
dans le silence
des quais
et l’alcool.
Parce que même l’eau sale
va quelque part
j’ai voulu
marcher.
Après,
les hôtels
les fragments de nuits.
Capitale aux artères malades
dont nous sommes
le sang.

Le sentier du rêve
jusqu’à toi
qui flottes
loin d’ici
mais pas trop…
juste assez pour
enfin
être libre.
Je sais
que tu lis
ces mots
tu en es l’encre
comme l’air
que j’inspire…

(Balbino)

Illustration: Dominique Ruffra

 

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Aimer c’est agoniser (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2016



Andrei Buryak  (7)

Aimer c’est agoniser
aimer c’est aimer mourir
les singes puent en mourant

assez je me voudrais mort
je suis trop mou pour cela
assez je suis fatigué

assez je t’aime comme un fêlé
je ris de moi l’âne d’encre
brayant aux astres du ciel

nue tu éclatais de rire
géante sous le baldaquin
je rampe afin de n’être plus

je désire mourir de toi
je voudrais m’anéantir
dans tes caprices malades

(Georges Bataille)

Illustration: Andrei Buryak

 

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Les fenêtres (Nazim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2016



Les fenêtres

Je ne sais pas si c’était l’aube
Peut-être était-ce à minuit
Je ne sais plus
Les étoiles étaient dans ma chambre
Comme les papillons de nuit heurtant les vitres
et moi craignant de les toucher
J’ai laissé dans la nuit s’en aller les étoiles
Dans la nuit sans frontière, libre et claire.
Dans la nuit où passaient les lunes artificielles
les loups sont sous la lune
les loups malades affamés
les loups sont devant ma fenêtre
Même si je tire à fond les rideaux de velours
Je sais bien qu’ils sont là
Qu’ils m’épient.

Les fenêtres
Je suis tombé d’une fenêtre en regardant une beauté
Tout le monde s’est moqué de moi
Mais la belle ne s’est même pas retournée
Peut-être ne le savait-elle pas.

Les fenêtres
Les fenêtres
Les fenêtres de quarante maisons sont entrées dans ma chambre
Sur le bord de l’une d’elles
Je me suis assis
J’ai balancé mes jambes vers les nuages
Et j’aurais pu dire peut-être
Que je suis heureux.

(Nazim Hikmet)

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Conversation (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2016



Conversation

Comment ça va sur la terre ?
– Ca va ça va, ça va bien.

Les petits chiens sont-ils prospères ?
– Mon Dieu oui merci bien.

Et les nuages ?
– Ca flotte.

Et les volcans ?
– Ca mijote.

Et les fleuves ?
– Ca s’écoule.

Et le temps ?
– Ca se déroule.

Et votre âme ?
– Elle est malade
le printemps était trop vert
elle a mangé trop de salade.

(Jean Tardieu)

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HORREURS D’UNE RUE D’ÉTÉ (Ishikawa Takuboku)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2016



Sandra Nunes tram

 

HORREURS D’UNE RUE D’ÉTÉ
NATSU NO MACHI NO KYÔFU

Sous le soleil ardent de l’été
La peur et l’éclat sont dans le coeur des rails.
Un petit garçon de trois ans
Glisse des genoux d’une mère endormie
Et trotte vers la voie du tramway.

Étalage aux légumes défraîchis.
Hôpital aux rideaux immobiles.
Devant le portail clos du jardin d’enfants
Un chien blanc aux oreilles traînantes se couche,
Et dans la lumière sans limite
Une fleur de pavot est morte
Un cercueil de bois vert se fendille : langueur dans l’air de l’été!

Avec son bac la femme du marchand de glace
Sort malade sous une ombrelle cassée,
Et dans la ruelle s’ébranle
Le convoi d’un homme mort de béribéri : silence dans l’horreur
de l’été!
L’agent au carrefour ravale son bâillement,
Le chien blanc s’étire
Et cherche les ordures.

Sous le soleil ardent de l’été
La peur et l’éclat sont dans le coeur des rails.
Un petit garçon de trois ans
Glisse des genoux d’une mère assoupie
Et trotte vers la voie du tramway.

(Ishikawa Takuboku)

Illustration: Sandra Nunes

 

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Les femmes les enfants (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2016



Les femmes les enfants ont le même trésor
Dans les yeux
Les hommes le défendent comme ils peuvent

(Paul Eluard)

Illustration

 

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Le lecteur (Wallace Stevens)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2016



Le lecteur

Toute la nuit j’ai lu un livre,
Ai lu comme dans un livre
Aux pages sombres.

C’était l’automne et des étoiles filantes
Occultaient les formes flétries
Tapies au clair de lune.

Aucune lampe ne brûlait pendant ma lecture,
Une voix marmonnait : » Toute chose
Retourne au froid.

Même le muscat musqué,
Les melons, les poires vermillon
Du jardin dépouillé. »

Les pages sombres étaient sans texte
Sinon la trace d’étoiles brûlant
Dans le ciel givré.

***
The reader

All night I sat reading a book,
Sat reading as if in a book
Of sombre pages.

It was autumn and falling stars
Covered the shrivelled forms
Crouched in the moonlight.

No lamp was burning as I read,
A voice was mumbling, » Everything
Falls back to coldness,

Even the musky muscadines,
The melons, the vermilion pears
Of the leafless garden. »

The sombre pages bore no print
Except the trace of burning stars
In the frosty heaven.

(Wallace Stevens)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration

 

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Le sel (Henri Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2016



Le sel

Il vient de la mer, je le sais
son sel durcit dans ma broussaille
Le soir, s’il me dit : chante !
je deviens fou, mon ombre est folle
je dis la chose sans paroles.
Les gens viennent, les gens se taisent sous la lune.
Et je danse pour le viril
le plus mouvant, plus simple et plus terriblement subtil.
Je meurs, je sombre, délirance
est sous la pointe de mon pied.
Rien, la voix ne m’est rien. C’est son silence contre
toujours plus contre moi
qui révolte l’instant et fait tourner le ciel.

(Henri Bauchau)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration

 

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Pops du Dharma (Jack Kerouac)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2016



Portrait Of Jack Kerouac

Pops du Dharma

Sur la chaise
j’ai décidé de donner au Haïku
Le nom de Pop

*
Fou j’ai écrit des rideaux
de
poésie en feu

*

Le ciel est toujours vide,
La rose est toujours
Sur les touches de la machine à écrire

*

Mon papillon est venu
se poser sur ma fleur
ça alors

*

Prenez une tasse d’eau
de l’océan
Et me voilà

*

Vous seriez surpris de voir
comme je savais peu de chose
Même jusqu’à hier

*

C’est fou d’être assis sur une botte de foin,
A écrire des haïku,
En buvant du vin

*

La mouette navigue
dans le ciel safran –
Ainsi l’a voulu le Saint-Esprit

*

Crépuscule dans les bois
sacrés –
Poussière sur ma fenêtre

(Jack Kerouac)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

 

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