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Poésie

Archive for 24 septembre 2016

Lassitude (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2016



Lassitude

Je traîne à chaque pas un boulet trop lourd
Fait de regrets, d’ennuis, de souvenirs moroses;
Mais parfois, remembrant mes plus vieilles amours
Je trouve un doux parfum aux plus tristes des choses.

D’autres fois, le plus souvent quand s’abîme le jour,
Je me sens seul, en proie à un cafard sans cause,
Seul et veule et sans joie, invoquant le secours
D’un sourire défunt qui vaincrait ma névrose.

Étreintes et aveux où donc vous trouvez—vous ?
Sans vous je ne veux que pleurer ma peine amère.
Car le temps est parti portant je ne sais où

Tout ce que j’eus en moi de tendre et de sincère:
Echos d’un murmure et reflets d’un souvenir,
Mes rêves les plus doux, Mes plus fougueux désirs.

(Birago Diop)


Illustration: Bernard Buffet

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Le sens du combat (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2016



Le sens du combat

Le jour monte et grandit, retombe sur la ville
Nous avons traversé la nuit sans délivrance
J’entends les autobus et la rumeur subtile
Des échanges sociaux. J’accède à la présence.

Aujourd’hui aura lieu. La surface invisible
Délimitant dans l’air nos êtres de souffrance
Se forme et se durcit à une vitesse terrible;
Le corps, le corps pourtant, est une appartenance.

Nous avons traversé fatigues et désirs
Sans retrouver le goût des rêves de l’enfance
Il n’y a plus grand-chose au fond de nos sourires,
Nous sommes prisonniers de notre transparence.

Au long de ces journées où le corps nous domine
Où le monde est bien là, comme un bloc de ciment,
Ces journées sans plaisir, sans passion, sans tourment,
Dans l’inutilité pratiquement divines

Au milieu des herbages et des forêts de hêtres,
Au milieu des immeubles et des publicités
Nous vivons un moment d’absolue vérité :
Oui le monde est bien là, et tel qu’il paraît être.

Les êtres humains sont faits de parties séparables,
Leur corps coalescent n’est pas fait pour durer
Seuls dans leurs alvéoles soigneusement murés
Ils attendent l’envol, l’appel de l’impalpable.

Le gardien vient toujours au coeur du crépuscule;
Son regard est pensif, il a toutes les clés,
Les cendres des captifs sont très vite envolées;
Il faut quelques minutes pour laver la cellule.

(Michel Houellebecq)

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Canzone devant un vieux portrait (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2016



Canzone devant un vieux portrait

Anne de Bretagne est reine.
Mais il faut bien me le dire:
je regarde son sourire
où se voit toute sa peine.
A quoi bon rêver Royaume?
aux Grandeurs qui l’accompagnent?
si l’on ne sent plus l’arôme
des genêts sur la Bretagne,
si la croix d’humble métal
se perd entre les bijoux,
et, sur un gazon royal,
si l’on n’a plus peur des loups?

(Paul Fort)

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SCHERZO (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2016




SCHERZO

Sourires, fleurs, baisers, essences,
Après de si fades ennuis,
Après de si ternes absences,
Parfumez le vent de mes nuits !

Illuminez ma fantaisie,
Jonchez mon chemin idéal,
Versez-moi votre ambroisie,
Longs regards, lys, lèvres, santal !

*

Car j’ignore l’amour caduque
Et le dessillement des yeux,
Puisqu’encor sur ta blanche nuque
L’or flamboie en flocons soyeux.

Et cependant, ma fière amie,
Il y a longtemps, n’est-ce-pas ?
Qu’un matin tu t’es endormie,
Lasse d’amour, entre mes bras.

*

Ce ne sont pas choses charnelles
Qui font ton attrait non pareil,
Qui conservent à tes prunelles
Ces mêmes rayons de soleil.

Car les choses charnelles meurent,
Ou se fanent à l’air réel,
Mais toujours tes beautés demeurent
Dans leur nimbe immatériel.

*

Ce n’est plus l’heure des tendresses
Jalouses, ni des faux serments.
Ne me dis rien de mes maîtresses,
Je ne compte pas tes amants.

À toi, comète vagabonde
Souvent attardée en chemin,
Laissant ta chevelure blonde
Flotter dans l’éther surhumain,

Qu’importent quelques astres pâles
Au ciel troublé de ma raison,
Quand tu viens à longs intervalles
Envelopper mon horizon ?

*

Je ne veux pas savoir quels pôles
Ta folle orbite a dépassés,
Tends-moi tes seins et tes épaules ;
Que je les baise, c’est assez.

(Charles Cros)

Illustration: Arthur Braginsky

 

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LES DEUX GISANTS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2016




LES DEUX GISANTS

Ils descendaient au fil de l’eau
les deux gisants les deux amants
dans le sourire de la mort
et la lumière de l’amour
était leur seule barque.

Entre l’espace qui les porte
et le temps qu’ils ont dépassé
ils avançaient sans avenir
et les gestes de la rivière
étaient leurs seuls mouvements.

O morts enfermés dans la vie
emportant la terre et le ciel
dans vos yeux grands ouverts,
ô figures inaltérables
d’un instant sans retour!

Unis apaisés et semblables
au fond de moi ils passent sans bouger
Je les contiens puisque je suis le fleuve
je les comprends puisque je suis la nuit
dans mon silence j’ensevelis
un rire un soleil éclatants.

(Jean Tardieu)

Illustration

 

 

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Me reconnais-tu ? (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2016



 

Foulant les herbes du sentier,
j’entendis : « Me reconnais-tu ? »
Je me retournai, la contemplai, et dis :
« Je ne puis mettre aucun nom sur ton visage. »
Elle répondit : « Je suis le premier grand chagrin de ta jeunesse. »
Ses yeux avaient l’éclat d’un matin humide de rosée.
Je restai un moment silencieux, puis je lui demandai :
« As-tu épuisé tout le poids des larmes ? »
Elle sourit sans répondre. Je compris que ses pleurs
avaient eu le temps d’apprendre le langage du sourire.
« Autrefois, murmura-t-elle, tu disais que tu chérirais ta peine à jamais. »
Confus, je dis : « C’est vrai, mais les années ont passé, l’oubli est venu. »
Et prenant sa main dans la mienne, j’ajoutai : « Toi aussi, tu as changé »
« Ce qui fut autrefois douleur est devenu sérénité », dit-elle.

(Rabindranath Tagore)

Illustration: Bec Winnel

 

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Tes yeux m’interrogent (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2016




Tes yeux m’interrogent, tristes, cherchant à pénétrer ma pensée;
de même la lune voudrait connaître l’intérieur de l’océan.
J’ai mis à nu devant toi ma vie tout entière, sans en rien omettre ou dissimuler.

C’est pourquoi tu ne me connais pas.

Si ma vie était une simple pierre colorée,
je pourrais la briser en cent morceaux
et t’en faire un collier que tu porterais autour du cou.

Si elle était simple fleur, ronde, et petite, et parfumée,
je pourrais l’arracher de sa tige et la mettre sur tes cheveux.
Mais ce n’est qu’un coeur, bien-aimée. Où sont ses rives, où ses racines ?

Tu ignores les limites de ce royaume sur lequel tu règnes.

Si ma vie n’était qu’un instant de plaisir,
elle fleurirait en un tranquille sourire
que tu pourrais déchiffrer en un moment.

Si elle n’était que douleur, elle fondrait en larmes limpides,
révélant silencieusement la profondeur de son secret.

Mais ma vie n’est qu’amour, bien-aimée

Mon plaisir et ma peine sont sans fin,
ma pauvreté et ma richesse éternelles.

Mon coeur est près de toi comme ta vie même,
mais jamais tu ne pourras le connaître tout entier.

(Rabindranath Tagore)

Illustration: Bec Winnel

 

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Confidentiel (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2016




Confidentiel

Je voulais simplement te dire
Que ton visage et ton sourire
Resteront près de moi, sur mon chemin

Te dire que c’était pour de vrai
Tout c’qu’on s’est dit, tout c’qu’on a fait
Qu’c’était pas pour de faux, que c’était bien

Faut surtout jamais regretter
Même si ça fait mal, c’est gagné
Tous ces moments, tous ces mêmes matins

J’vais pas te dire qu’faut pas pleurer
Y’a vraiment pas d’quoi s’en priver
Et tout c’qu’on n’a pas loupé, le valait bien

Peut-être on se retrouvera
Peut-être que peut-être pas
Mais sache qu’ici bas, je suis là

Ca restera comme une lumière
Qui m’tiendra chaud dans mes hivers
Un petit feu de toi qui s’éteint pas

(Jean-Jacques Goldman)

 

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FRISELIS (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2016




FRISELIS

Friselis, sourire de l’eau,
Brise, brasse le ciel qui se mire,
Et la maison, la tête en bas;
Monnaye le trésor du soleil.

Friselis, réveil des blés
Qui somnolent au bord du fleuve,
Mêle-toi à l’air chaud qui tremble
Et monte, hymne des moissons.

Et mêlez-vous aux autres ondes
Qui tombent, montent de partout :
Foudre, chaleur, amour, lumière,
Par où Dieu nous parle et nous mène
Sans signes, sans ordres, sans visions,
Friselis des intermondes,
De notre terre, de notre ciel,
Friselis, vibration, caresse,
Friselis, baiser de Dieu.

(André Spire)

 

 

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Désir (Ernest Hemingway)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2016



 

Désir

Le désir et
Toutes les douces pulsations lancinantes
Et toutes les délicieuses blessures
Qui étaient toi,
Ont ensemble disparu dans la nuit lugubre.

Maintenant quand je dors tu viens sans un sourire
T’étendre auprès de moi
Baïonnette froide, rigide et triste
Sur mon âme gonflée de larmes
Et palpitante.

(Ernest Hemingway)

Illustration: Victor Bauer

 

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