Arbrealettres

Poésie

Archive for 27 septembre 2016

Poésie (Gil Jouanard)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016




Il n’y a pas de poésie
qui ne soit à la fois
l’espace d’un refus
et celui d’un appel.

Du coeur du NON,
le poète dit OUI.

(Gil Jouanard)

Illustration: Josette Mercier-Kornmayer

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Si j’étais la rose (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016



Si j’étais la rose
Qui s’offre à mes yeux,
Qu’est-ce que je ferais?

Rien d’autre sans doute
Que ce que je fais maintenant:
Etre, simplement être,

Eprouver plus fort
Le passage du temps,

Accepter
Que tombent des pétales.

(Guillevic)


Illustration

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Quête vaine (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016



Quête vaine

Pour que la quête fût un peu plus fructueuse
Il nous fallait aller loin, encore plus loin
Chercher d’autres chemins, fouiller d’autres recoins
Que la sente perdue et qu’ombrageaient les yeuses

Nous avons écouté, morne voix pleureuse,
Lancinant lamento, prélude sans témoin,
L’appel perçant montant jusques au plus haut point
D’où se détache et meurt l’Adolescence heureuse.

Les bises ont soufflé dessus les arbres tors,
Et comme nos pensers, les feuilles en déroute
Se froissent en fuyant au mur de la redoute…

Nous avons bien crié, hélas! pas assez fort,
Quand les bateaux sortaient cinglant vers d’autres ports…
Et nos pleurs impuissants ont séché sur la route.

(Birago Diop)


Illustration

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La jeune fille (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016



La jeune fille est blanche,
elle a des veines vertes
aux poignets, dans ses manches
ouvertes.

On ne sait pas pourquoi
elle rit. Par moment
elle crie et cela
est perçant.

Est-ce qu’elle se doute
qu’elle vous prend le cœur
en cueillant sur la route
des fleurs ?

On dirait quelquefois
qu’elle comprend des choses.
Pas toujours. Elle cause
tout bas.

«Oh! ma chère! oh! là là…
… Figure-toi… mardi
je l’ai vu… j’ai rri.» — Elle dit
comme ça.

Quand un jeune homme souffre,
d’abord elle se tait:
et ne rit plus, tout
étonnée.

Dans les petits chemins
elle remplit ses mains
de piquants de bruyères,
de fougères.

Elle est grande, elle est blanche,
elle a des bras très doux.
Elle est très droite et penche
le cou.

(Francis Jammes)

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STONEHENGE (Denis Rigal)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016



STONEHENGE

sous le gazon usé,
une pacotille d’ossements,
notables sans doute

mais où
le sang offert au premier soleil
et la terreur des entrailles ?

des signes brisés se déhalent
dans une nuit énorme.

Tout près,
Sur un pieu de bois frais taillé,
un corbeau,
plus vieux que les pierres

(Denis Rigal)

Illustration

 

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Au bord de la mer (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016




Au bord de la mer,
au bord de la mer déserte et nocturne,
se tient un jeune homme plein de doute,
et d’un air morne il dit aux flots :
« Oh! expliquez-moi l’énigme de la vie…

Les flots murmurent leur éternel murmure, le vent souffle,
les images fuient, les étoiles scintillent indifférentes,
et un fou attend une réponse.

(Rabindranath Tagore)

Illustration: Siegfried Zademack

 

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Quel rêve (Lydia Padellec)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016



 

Quel rêve
peut venir après
la levée de l’ombre
sur ses cils ?
les rideaux se balancent
au rythme d’une musique
oubliée

Le doute creuse un trou dans le poème. Deviendra-t-il un abîme ?
J’accroche mes yeux aux branches des arbres pour saisir au plus près le bleu des mots.

 

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Journal (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016



 

Journal

J’étais seule
et légère.

Je n’écoutais pas
le silence.

La solitude épousait
les méandres du temps.

J’attendais
le goutte-à-goutte
d’un poème.

Tout fuyait
de la blancheur du sol
à la pénombre
du couloir.

La table
était sévère,
le cendrier navré
mais les volets
rêveurs.

Un poème
pouvait tomber du ciel.

Pas de doute,
j’étais seule.

Lasse

La nuit
m’affaiblissait.

Rien ne chantait
sous la lampe.

Je me résumais
à quelques gestes
mesurés.

L’aube viendrait
comme une intruse.

J’étais sans doute
la même que la veille
à une nuance près.

Il ne restait
de la tristesse
qu’une lassitude
dans les os.

L’amour était
une vague histoire
de nerfs.

Il manquerait
toujours quelque chose.

Je n’avais
rien à m’avouer.

Milieu de la nuit

La lampe ouvrait
la nuit en deux.

Des choses
belles ou terribles
se tramaient
de par le monde.

Les sièges vides
face à moi
me tenaient compagnie.

Par des nuits
comme celle-là
l’amour paraissait
quelque peu surhumain.

L’espérance
supposait
trop de patience,

et le temps de la nuit
était d’une extrême
lenteur.

Seul, on ne sentait
ni sa force
ni sa faiblesse.

(Marie-Anne Bruch)

Son blog la boucheaoreilles ici
Illustration: Francine Van Hove

 

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Arrondir les angles (Thierry Roquet)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016



Arrondir les angles

C’est un poème
sur la vie de tous les jours
parce que

c’est aussi un poème
sur la mémoire
que disait-il, déjà?

que je me lève chaque matin
pour accomplir des tâches
plus ou moins inutiles
c’est sans importance

non
ce n’est pas sans importance
parce que

c’est aussi un poème
sur le temps qui passe
mais je n’ai plus les horaires en tête

il y a quelque chose que je perds de vue
quelque chose de mécanique
que je ne parviens pas
à dire simplement dans mon poème
ce sont les habitudes et les partis pris
parce que

ce n’est pas un poème
sur la beauté
je ne sais pas ce qu’est la beauté
ni la laideur je vais de l’un
à l’autre naturellement

c’est un poème
sur le doute
sur ce que je ne connais pas exactement
on n’y fait pas grand étalage
du fraternel
parce que

je ne suis nulle part à mon aise
c’est un poème
comme ça
qu’on écrirait après une brève discussion
avec un mur
et une fenêtre sur la rue

en fin de compte
c’est un poème
sur la solitude je crois

(Thierry Roquet)

découvert ici chez laboucheaoreilles

 

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J’aime l’âne (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016



J’aime l’âne

J’aime l’âne si doux
marchant le long des houx.

Il prend garde aux abeilles
et bouge ses oreilles ;

et il porte les pauvres
et des sacs remplis d’orge.

Il va, près des fossés,
d’un petit pas cassé.

Mon amie le croit bête
parce qu’il est poète.

Il réfléchit toujours.
Ses yeux sont en velours.

Jeune fille au doux coeur,
tu n’as pas sa douceur :

car il est devant Dieu
l’âne doux du ciel bleu.

Et il reste à l’étable,
résigné, misérable,

ayant bien fatigué
ses pauvres petits pieds.

Il a fait son devoir
du matin jusqu’au soir.

Qu’as-tu fait jeune fille ?
Tu as tiré l’aiguille…

Mais l’âne s’est blessé :
la mouche l’a piqué.

Il a tant travaillé
que ça vous fait pitié.

Qu’as-tu mangé, petite ?
– T’as mangé des cerises.

L’âne n’a pas eu d’orge,
car le maître est trop pauvre.

Il a sucé la corde,
puis a dormi dans l’ombre…

La corde de ton coeur
n’a pas cette douceur.

Il est l’âne si doux
marchant le long des houx.

J’ai le coeur ulcéré :
ce mot-là te plairait.

Dis-moi donc, ma chérie,
si je pleure ou je ris ?

Va trouver le vieil âne,
et dis-lui que mon âme

est sur les grands chemins,
comme lui le matin.

Demande-lui, chérie,
si je pleure ou je ris ?

Je doute qu’il réponde :
il marchera dans l’ombre,

crevé par la douleur,
sur le chemin en fleurs.

(Francis Jammes)

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