Arbrealettres

Poésie

J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques (Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2016



J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques
Illuminant de longs figements violets
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets

(Rimbaud)

Illustration: Gisèle Rouquette

 

7 Réponses vers “J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques (Rimbaud)”

  1. Très belle illustration pour ce bref extrait d’un texte qui fait partie de mes favoris. Certes, je reconnais qu’il est sans doute un peu long pour être présenté entièrement. Nous entrons dans la poésie future..

    • arbrealettres said

      Oui tu as raison je suis un peu fast-poésie??! lol!
      Mais je trouve que l’esprit (le mien en tout cas!!) se met vite à « divaguer »
      alors j’ai besoin de Poésie courte!
      Merci de tes comms Jean-Baptiste
      J’ai des nouvelles d’une poète de Flammes Vive: Martine Hadjed tu connais?
      Apparemment elle a lu tes poèmes et aime bien (((-:
      Bon wk pluvieux mais pas plus vieux!! lol!!! (((-:

      • arbrealettres said

        … Bon alors que pour toi!! lol!

        Le Bateau Ivre
        Arthur Rimbaud (1854-1891)

        Comme je descendais des Fleuves impassibles,
        Je ne me sentais plus tiré par les haleurs :
        Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles
        Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

        J’étais insoucieux de tous les équipages,
        Porteur de blés flamands et de cotons anglais.
        Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages
        Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

        Dans les clapotements furieux des marées,
        Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
        Je courus ! Et les Péninsules démarrées
        N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

        La tempête a béni mes éveils maritimes.
        Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
        Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
        Dix nuits, sans regretter l’oeil niais des falots !

        Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sûres,
        L’eau verte pénétra ma coque de sapin
        Et des taches de vins bleus et des vomissures
        Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

        Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
        De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
        Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
        Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

        Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
        Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
        Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
        Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

        Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
        Et les ressacs et les courants : Je sais le soir,
        L’aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
        Et j’ai vu quelques fois ce que l’homme a cru voir !

        J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,
        Illuminant de longs figements violets,
        Pareils à des acteurs de drames très-antiques
        Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

        J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
        Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
        La circulation des sèves inouïes
        Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

        J’ai suivi, des mois pleins, pareilles aux vacheries
        Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
        Sans songer que les pieds lumineux des Maries
        Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

        J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides
        Mêlant aux fleurs des yeux des panthères à peaux
        D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
        Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

        J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses
        Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
        Des écroulement d’eau au milieu des bonacees,
        Et les lointains vers les gouffres cataractant !

        Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises !
        Échouages hideux au fond des golfes bruns
        Où les serpents géants dévorés de punaises
        Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

        J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
        Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
        – Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
        Et d’ineffables vents m’ont ailé par instant.

        Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
        La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
        Montait vers moi ses fleurs d’ombres aux ventouses jaunes
        Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux…

        Presque île, balottant sur mes bords les querelles
        Et les fientes d’oiseaux clabotteurs aux yeux blonds.
        Et je voguais lorsqu’à travers mes liens frêles
        Des noyés descendaient dormir à reculons !

        Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
        Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
        Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
        N’auraient pas repéché la carcasse ivre d’eau ;

        Libre, fumant, monté de brumes violettes,
        Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
        Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
        Des lichens de soleil et des morves d’azur ;

        Qui courais, taché de lunules électriques,
        Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
        Quand les juillets faisaient couler à coups de trique
        Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

        Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
        Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
        Fileur éternel des immobilités bleues,
        Je regrette l’Europe aux anciens parapets !

        J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
        Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
        – Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t’exiles,
        Million d’oiseaux d’or, ô future vigueur ? –

        Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
        Toute lune est atroce et tout soleil amer :
        L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
        Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer !

        Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
        Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
        Un enfant accroupi plein de tristesses, lâche
        Un bateau frêle comme un papillon de mai.

        Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
        Enlever leurs sillages aux porteurs de cotons,
        Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
        Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

        ((((-:

        • La chanson de Jeanne
          ———-

          Pendant ma combustion, je devins impassible,
          Je ne me sentis plus rôtir dans la chaleur.
          Qu’un évêque criard m’eût ce jour eue pour cible
          Ne fut rien quand du ciel j’ai rejoint la couleur.

          Plus ne chevaucherai en guerrier équipage
          Pour tuer des manants ou des barons anglais.
          Quand avec la chaleur ont fini ces tapages,
          La Seine me laissa descendre où je voulais.

          L’eau de Seine a rejoint celle de la marée.
          Mon coeur redevient sourd, mon simple coeur d’enfant.
          J’oublie cette bataille hier par moi démarrée,
          J’oublie mon étendard et mon roi triomphant.

          J’oublie aussi tout fief qui n’est pas maritime.
          Les angéliques voix sonneront sur les flots,
          Et mes prochains combats n’auront pas de victimes.
          Les terrestres soldats me paraissent falots.

          La profondeur des flots est ma retraite sûre,
          Plus douce infiniment qu’une boîte en sapin.
          Elle est loin, la prison avec ses vomissures,
          Et nul geôlier sur moi ne met plus le grappin.

          Aux archanges divins je dédie ce poème.
          Qu’ils en versent les mots dans leur coeur lactescent
          Et leur esprit d’azur vert, où, flottaison blême
          Et ravie, un désir lascif parfois descend.

          Car un archange aussi a besoin du délire,
          S’il va planant sous les rutilements du jour,
          S’il s’enivre d’alcool pour éveiller sa lyre,
          Et s’il songe aux rousseurs amères de l’amour.

          Ses larmes jaillissant formeront une trombe,
          Mais son chagrin jamais ne dure jusqu’au soir :
          Il est consolé par le peuple des colombes,
          C’est du moins la vision que mon âme a cru voir.

          J’ai vu l’archange atteint par le pinard mystique
          Dont vacillait soudain le regard violet,
          Envahi du remords d’un drame très antique
          Et partant se coucher sans fermer les volets.

          Par une absinthe verte il eut l’âme éblouie,
          Vapeur brûlant dans sa cervelle avec lenteur,
          Des galettes ayant des fèves inouïes,
          Et les copains buvant des litres de planteur.

          Sous l’effet des boissons disant des vacheries,
          Ils ont tenu parfois des discours agressifs,
          Sans permettre à l’esprit fumeux des otaries
          De décrypter pourtant leurs jeux de mots poussifs.

          (…)

          Archange dont le corps était jadis de braise
          Et qui est maintenant ce pauvre insecte brun
          Qui rampe sous les lits et qu’on nomme punaise
          En raison, semble-t-il, de son mauvais parfum.

          (…)

          Je ne crains plus le feu ni aucun coup de lame,
          Mais j’ai peur de rester comme dans du coton.
          Pourquoi à mon orgueil a-t-il fallu ces flammes ?
          J’aurais dû épouser un vieux marin breton.

  2. Mireille Gaglio said

    Et comme tu as pris la peine de l’écrire, alors je l’ai lu. Si je devais en retenir une image, ce serait celle-ci:
    « Je me suis baigné dans le poème de la mer »

    Oui, la mer est la mère de beaucoup de poèmes et elle est poésie, parfois douce, parfois brutale, parfois cruelle, mais toujours inspiratrice… Si elle était femme, elle serait muse…

  3. arbrealettres said

    La mer salée au goût de larmes
    est notre Mère:
    de l’eau
    du sel
    des vagues
    sous le souffle
    de la Vie…
    c’est bien nous!
    ((-:

  4. J’ai vu l’archange atteint par le pinard mystique
    Dont vacillait soudain le regard violet,
    Envahi du remords d’un drame très antique
    Et partant se coucher sans fermer les volets.

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