Arbrealettres

Poésie

Archive for 12 octobre 2016

Chanson pour un jour perdu (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



Le jour est tombé
comme un cri mûr.
Je n’aime pas les cris.

Le jour est tombé
comme un soleil mûr.
Je n’aime pas la nuit.

Ce jour qui brûle
dans ma douleur.

Le jour est tombé
comme un vieil oiseau.
Je n’aime pas la terre.

Le jour est tombé
comme un rêve ancien.
Je n’aime pas la mer.

Ce jour qui meurt
dans les regards.

Le jour est tombé
au milieu de la route.
Nul ne l’a ramassé.

(Edmond Jabès)

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Chanson pour une couronne d’aube (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



Une épaisseur d’ombre
Depuis les yeux,
Est-ce encore la nuit?
Une épaisseur de sang
Pour la main, la jambe.
Un arbre surpris.
Ton visage m’illumine,
Est-ce toujours la nuit?
Ta voix conduit
Les troupeaux de voix
A la terre
Où ton fruit
S’ouvre à la faim du premier homme.

(Edmond Jabès)


Illustration

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Chanson du serpent a lunes (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



Ce qui siffle est bien plus
vivant qu’un sifflet.

Ce qui rampe est bien plus
souple qu’une tige.

Cette nuit est comme une main
dont les doigts seraient brûlants,

dont la paume est un toit
où tu erres, inquiète.

Ce qui passe est bien plus
angoissant que le vent.

La terre ignore la terre
et le coureur essoufflé

s’écroule au bord du ciel.

(Edmond Jabès)

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Chanson pour une terre promise (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



II dit que la lune
est un chapeau de sable
et il piétine la lune.

Les fous ont des colères inouïes.

Il dit que les étoiles
sont des crêtes de sel
et il sale deux fois ses aliments.

Les fous sont des mages.

J’ai trouvé cette chanson
en dormant dans ta chevelure.

Je ne vois plus où tu m’oublies.

Il dit aussi qu’avec nos mains
il fera une écharpe,

mais il ment.

(Edmond Jabès)

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Chanson de l’étrangère (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



Elle était debout
contre l’arbre.
Elle était nue.
Elle était le sexe de l’arbre.

Elle attendait l’homme
et, de leur amour,
le monde allait naître.

Elle était pâle.
Elle était l’amour.
Et l’homme lui soufflait
le nom de ses frères.

Elle était morte
et l’homme parlait toujours.

(Edmond Jabès)

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Chanson pour un soir de pluie (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



Un homme attendait
d’aimer.

Les cloches au loin
carillonnaient.

Sans espoir
l’homme attendait.

Toute porte fermée
garde son secret

Un homme pleure
l’aimée…

(Edmond Jabès)

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Chanson des trois éléphants rouges (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



Trois éléphants rouges rient
Au seuil d’une librairie.

Trois éléphants et la rue
Une perle et la charrue.

Entrez, fous et médecins,
On gracie les assassins.

Trois éléphants et trois marches
De plain-pied dans la débâcle.

Et, putains aux yeux de verre,
Trois cent mille réverbères,

Entrez, violeurs et saints,
On fête les assassins.

Trois éléphants rouges pleurent
Au bas de notre demeure.

Trois éléphants, l’avenue
Et, belle, une fille nue.

Entrez, vieux metteurs en scène.
Trois beaux éléphants obscènes.

Trois éléphants de la nuit
Un cœur tendre et leur ennui.

Entrez, menuisiers de cendres,
J’ai du bois à en revendre.

Il se prépare un grand feu
Pour les pierres et les cheveux.

Entrez, pauvres et monarques,
Tireurs de frondes et d’arcs

Tireuses de cartes, moites
Dans le vent et dans les boîtes.

Soirées de miel et d’orgies
Pour le sol et les bougies.

Entrez, bonnes fées et faunes,
Ogre, satyres aphones

Jours d’été striés de plumes
Qu’une seule abeille allume

Trois éléphants sur un banc,
Un aigle et le matin blanc.

(Edmond Jabès)

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Chanson pour trois poupées de sucre (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



Trois poupées de sucre
et un confiseur.
Trois poupées de luxe
et leur tendre cœur.

Un château de cartes
et trois vieux marcheurs.
Trois petites dames
et leurs pauvres larmes;

Trois colliers de jade
et un accroche-cœur.
Trois filles grasses
et leurs lourdes nattes.

Trois poupées aux anges
et la terre en fleurs.
Du feu dans les granges
et, fidèle, l’heure,

(Edmond Jabès)

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Chanson des trois petites vieilles assises (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



Trois petites vieilles
veillent en rond
dans leur salon.
Elles ont froid à l’Âme
et quelquefois une larme
les brûle jusqu’au menton.
Elles ont aimé
jadis un Roi
qui ne sut choisir
entre elles trois

A la première le Roi a dit:
« Tu seras Reine de mon pays. »
A la seconde, le Roi jura
de n’aimer qu’elle toute la vie.
A la troisième, le Roi promit
de mourir pour elle et se tua.

Les petites vieilles
ont leurs souvenirs
qui les aident à porter leurs croix.
Elles se dévisagent et sourient,
heureuses d’être réunies;
sans se lasser
parlent d’avenir,
assises toutes trois
dans le temps, comme le Roi
les a placées.

(Edmond Jabès)

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Chanson de la porte (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



Nous sommes entrés par erreur.
Nous avons frappé à la porte de service.
C’était l’été,
les grands navires des routes
fumaient leurs étoiles.
Tout était sale.
Les femmes étaient en sang:
C’était leur robe.
Les hommes étaient nus:
C’était leur uniforme,
pêle-mêle, par terre,
maigres comme des cordes
Nous avions froid
et les villes brûlaient
et les arbres
attisaient le feu du monde.
Nous avions faim
et le pain courait à perdre haleine,
le pain fuyait on ne sait où!
Nous avions soif
et l’eau était de marbre.
Nous nous sommes réveillés ensemble,
un matin,
anonymes et laids
comme les vers.

(Edmond Jabès)

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