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Archive for 15 octobre 2016

Le Bachelier de Salamanque (René Chalupt)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



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Le Bachelier de Salamanque

Où vas-tu, toi qui passes si tard
Dans les rues désertes de Salamanque
Avec ta toque noire et ta guitare
Que tu dissimules sous ta mante ?
Le couvre-feu est déjà sonné
Et depuis longtemps, dans leurs paisibles maisons,
Les bourgeois dorment à poings fermés.
Ne sais-tu pas qu’un édit de l’alcade
Ordonne de jeter en prison
Tous les donneurs de sérénade,
Que les malandrins couperont ta chaîne d’or
Et que la fille de l’Almirante
Pour qui vainement tu te tourmentes
Se moque de toi derrière son mirador ?

***

The Bachelor of Salamanca

Where are you going, who walk so late
In the empty streets of Salamanca
With your black cap and your guitar
That you hide beneath your coat?
The curfew has already been sounded
And for long now, in their peaceful houses,
The bourgeois sleep with closed fists.
Do you not know that an edict of the alcalde
Has ordered to be thrown in prison
All those who serenade,
That the brigands will cut off your golden chain
And that the Admiral’s daughter
For whom in vain you torment yourself
Laughs at you behind her mirador?

(René Chalupt)

 

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Adieu (E. Oliphant)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



Adieu

Si tu l’exiges, soit, nous allons nous dire adieu.
Non, non, assez ! La vérité n’est que trop claire à mes yeux,
Et je ne veux point que tu me mentes par gentillesse,
Pour me faire croire que je dois blâmer le destin et non toi.
Ne crois pas que cet au revoir sonne pour moi comme un glas.
Tu vas pleurer autant que moi, et plus peut-être.
Non, je veux vivre, même si c’est en enfer,
En enfer, attendant que tu reviennes à moi.

***

A Farewell

If thou insist then we will say farewell…
Nay, nay, no more! the truth too clear I see,
And I’ll have thee no lies of kindness tell,
To make me think I should blame Chance, not thee.
Think not that this goodbye doth sound my knell,
ThouTt weep as much as I and more may be.
No: I will live, although it be in hell,
In hell, awaiting thy return to me.

(E. Oliphant)

Illustration: Edvard Munch

 

 

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Light (Georges Jean-Aubry)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



Light

Des larmes ont coulé
D’un cœur secret et tendre
Qui se crut exilé.
Que n’ai-je su comprendre,
Quand je m’en suis allé,
Ce cœur secret et tendre.
Une bouche a parlé,
Triste douceur d’entendre
Aujourd’hui révélé
Ce cœur secret et tendre.
Des larmes ont coulé,
Que n’ai-je su comprendre…
Mais pouvais-je m’attendre
A ce ciel étoilé ?

***

Light

Tears have fallen
From a secret and tender heart
That thought itself exiled.
How I have not understood,
When I went away,
This secret and tender heart.
A mouth has spoken,
Gentle sadness to hear
Revealed today
This secret and tender heart.
Tears have fallen,
How I have not understood…
But could I expect
This starry sky?

(Georges Jean-Aubry)

 

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Je suis près de la porte où tu m’as dit adieu (Georges Jean-Aubry)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



Je suis près de la porte où tu m’as dit adieu :
La chambre est monotone et douce,
Et la flamme inquiète du feu
Est une source

De souvenirs clairs et joyeux.
Je suis près de la table où tu posas ta main :
La lampe a la même âme confidentielle
Et le même regard serein
Pour l’ombre qui l’appelle.

Près de la cheminée où tu rêvais
Je suis, ce soir d’octobre, solitaire
Et la chambre monotone et douce s’éclaire
De mystérieux reflets.
J’écoute les branches frémir
Sous la caresse des flammes,
Et je regarde des formes surgir,
Brèves comme des passages d’âmes.
Je sens dans mon âme et ma chair
Naître un inexplicable émoi
Et je suis monotone et doux, ce soir, et clair
De la flamme que ton passé reflète en moi.

***

I am by the door where you said farewell to me:
The bedroom is dull and soft,
And the unsettled flame of the fire
Is a source
Of bright and joyful memories.
I am by the table where you laid your hand:
The lamp has the same secretive soul
And the same tranquil gaze
For the shadow that beckons it.

By the fireplace where you were dreaming
I am, that October evening, solitary
And the dull, soft bedroom brightens
With mysterious reflections.
I listen to the branches tremble
Beneath the caressing flames,
And I watch forms arise,
Brief as passing souls.
I feel in my soul and my flesh
An inexplicable turmoil
And I am dull and soft, this evening, and bright
With the flame your past reflects in me.

(Georges Jean-Aubry)

 

 

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Odelette (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



coeur

Odelette

J’aurais pu dire mon Amour
Tout haut
Dans le grand jour
Ardent et chaud
Du bel été d’or roux qui l’exalte et l’enivre
Et le dresse debout avec un rire
À tout écho !

J’aurais pu dire:
Mon amour est heureux, voyez
Son manteau de pourpre qui traîne
Jusqu’à ses pieds !
Ses mains sont pleines
De roses qu’il effeuille et qui parfument l’air ;
Le ciel est clair
Sur sa maison de marbre tiède
Et blanc et veiné comme une chair
Douce aux lèvres…

Mais non,
Je l’ai vêtu de bure et de laine ;
Son manteau traîne
Sur ses talons ;
Il passe en souriant à peine
Et quand il chante, c’est si bas
Que l’on ne se retourne pas
Pour cueillir sa chanson éclose
Dans le soir qu’elle a parfumé ;
Il n’a ni jardin ni maison,
Et il fait semblant d’être pauvre
Pour mieux cacher qu’il est aimé.

***

Little Ode

I could have said my Love
Out loud.
In the full light of day
Ardent and hot
Of the fine ruddy summer that exalts and fires it
And stands it up
With an echoing laugh!

I could have said:
My love is happy, look
At its purple coat that trails
At its feet!
Its hands are full
Of roses that it plucks and that perfume the air;
The sky is bright
Over its house of warm marble,
White and veined like flesh
Gentle to the lips…

But no,
I have clothed it with sackcloth and wool;
Its coat trails
At its heels;
It passes with barely a smile
And when it sings, it is so soft
That no-one turns back
To gather its song blossoming
In the night it has perfumed;
It has neither garden not house,
And it pretends to be poor
The better to hide that it is loved

(Henri de Régnier)

 

 

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Nuit d’automne (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



Nuit d’automne

Le couchant est si beau, parmi
Les arbres d’or qu’il ensanglante,
Que le jour qui meurt à demi
Retarde sa mort grave et lente.

Le crépuscule, sur les roses,
Est si pur, si calme et si doux,
Que toutes ne se sont pas closes
Et que j’en cueille une pour vous.

Les feuilles chuchotent si bas,
Une à une ou toutes ensemble,
D’arbre en arbre, qu’on ne sait pas
Si tu ris ou si le bois tremble.

La rivière coule si douce
Entre les roseaux bleus des prés,
Si douce, si douce, si douce
Qu’on ne sait pas si vous pleurez.

La nuit d’ombre, de soie et d’or
Du fond du silence est venue,
Et l’automne est si tiède encor
Que tu pourras t’endormir nue.

***

Autumn Night

The sinking sun is so beautiful, among
The golden trees it bloodies,
That the half dying day
Delays its solemn, slow death.

Dusk on the roses
Is so pure, so calm and so soft,
That all are not yet closed
And I gather one for you.

The leaves whisper so gently,
One by one or all together,
From tree to tree, that one does not know
If you are laughing or the woods are trembling.

The river runs so gently
Between the blue reeds of the meadows,
So gently, so gently, so gently
That one does not know if you are crying.

The night of shadows, of silk and gold
Has come from the depths of silence,
And autumn is still so warm
That you could sleep naked.

(Henri de Régnier)

 Illustration: Elina Brotherus

 

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Invocation (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



Invocation

Pour que la nuit soit douce, il faudra que les roses,
Du jardin parfumé jusques à la maison,
Par la fenêtre ouverte à leurs odeurs écloses,
Parfument mollement l’ombre où nous nous taisons.

Pour que la nuit soit belle, il faudra le silence
De la campagne obscure et du ciel étoilé,
Et que chacun de nous entende ce qu’il pense
Redit par une voix qui n’aura pas parlé.

Pour que la nuit soit belle et douce et soit divine
Le silence et les fleurs ne lui suffiront pas,
Ni le jardin nocturne et les roses voisines,
Ni la terre qui dort, sans rumeurs et sans pas ;

Car vous seul, bel Amour, vous pouvez, si vous êtes
Favorable à nos cœurs, qu’unit la volupté,
Ajouter en secret à ces heures parfaites
Une grave, profonde et suprême beauté.

***

Invocation

For the night to be tender the roses should,
From the perfumed garden right up to the house,
Through the open window with their blossoming fragrance,
Gently perfume the shadow where we keep silence.

For the night to be beautiful silence is needed
From the dark countryside and the starry sky,
And that each of us hears what he thinks
Spoken again by a voice that will not have spoken.

For the night to be beautiful and tender, to be divine,
Silence and flowers are not enough,
Neither the garden at night with the nearby roses,
Nor the sleeping earth, without a noise, without a step;

For you alone, beautiful Love, you can, if you are
Favourable to our hearts, united by ecstasy,
Add in secret to these perfect hours
A solemn, deep and supreme beauty

(Henri de Régnier)

 Illustration: Salvador Dali

 

 

 

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Adieux (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



Adieux

Il est de doux adieux au seuil des portes,
Lèvres à lèvres pour une heure
Ou pour un jour;
Le vent emporte
Le bruit des pas qui s’éloignent de la demeure.
Le vent rapporte
Le bruit des pas du bon retour ;
Les voici qui montent les marches
De l’escalier de pierre blanche ;
Les voici qui s’approchent. Tu marches
Le long du corridor où frôle
Au mur de chaux le coude de ta manche
Ou ton épaule ;
Et tu t’arrêtes, je te sens
Derrière la porte fermée ;
Ton cœur bat vite et tu respires
Et je t’entends,
Et j’ouvre vite à ton sourire
La porte prompte, ô bien-aimée !

Il est de longs adieux au bord des mers
Par de lourds soirs où l’on étouffe ;
Les phares tournent déjà dans le crépuscule ;
Les feux sont clairs.
On souffre…
La vague vient, déferle, écume et se recule
Et bat la coque de bois et de fer ;
Et les mains sont lentes dans l’ombre
À se quitter et se reprennent.
Le reflet rouge des lanternes
Farde un présage en sang aux faces incertaines
De ceux qui se disent adieu aux quais des mers
Comme à la croix de carrefours,
Comme au tournant des routes qui fuient
Sous le soleil ou sous la pluie,
Comme à l’angle des murs où l’on s’appuie,
Ivre de tristesse et d’amour,
En regardant ses mains pour longtemps désunies
Ou pour toujours…

Il est d’autres adieux encor
Que l’on échange à voix plus basse
Où, face à face,
Anxieusement, Vie et Mort,
Vous vous baisez, debout dans l’ombre, bouche à bouche,
Comme pour mieux sceller encor
Dans le temps et l’éternité
Lèvre à lèvre et de souffle à souffle
Votre double fraternité.

***

Farewells

There are gentle farewells on thresholds,
Lips to lips for an hour
Or for a day;
The wind carries off
The sound of the steps that move away from the home.
The wind brings back
The steps of a happy return;
Here they are going up the stairs
Of the white stone staircase;
Here they are getting closer. You walk
Along the corridor where brushes
Against the whitewashed wall the elbow of your sleeve
Or your shoulder;
And you stop, I feel you
Behind the closed door,
Your heart beating fast as you breathe
And I hear you,
And I open quickly to your smile
The eager door, O my beloved!

There are long farewells by the seashore
On heavy, stifling evenings;
The beacons already turn in the dusk;
The lights are bright.
What suffering !
The wave comes, sweeps along, froths and withdraws
And strikes the hull of wood and iron;
And hands are slow in the shadows
To let go of each other again and again.
The red reflection of the lanterns
Blushes a bloody omen on the uncertain faces
Of those who say farewell on the quaysides
As at the crossroads,
As at the junction of roads that flee
Beneath the sun or the rain,
As in the corners of walls one leans against,
Drunk with sorrow and love,
Looking at hands for long disunited
Or for ever…

There are yet other farewells
Exchanged in low tones
Where, face to face,
Anxiously, Life and Death,
You kiss each other standing in the shadows mouth on mouth
As though more surely still to seal
In time and eternity
Lip to lip and breath to breath
Your double fraternity.

(Henri de Régnier)

Illustration: Gennady Privedentsev

 

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Amoureux séparés (Poème chinois)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



Amoureux séparés

Dans le royaume de Yen un jeune galant réside,
Dans le royaume de Chao une belle demoiselle habite.
À vrai dire, ces royaumes ne sont pas très distants.
Mais une chaîne de monts à pic les sépare bel et bien.
«Vous, nuages, sur vos fortes poitrines, emportez-moi,
Vents, soyez mes chevaux et galopez ! »
Les nuages du ciel n’écoutent pas la voix,
La brise changeante s’élève et retombe,
Je reste dans l’amertume de mes pensées,
Songeant à la bien-aimée que je n’atteindrai pas.

***

Lovers Apart

In the kingdom of Yen resides a young gallant,
In the kingdom of Chao lives a beautiful maid.
In reality these kingdoms are not far apart,
But a chain of precipitate mountains sets them truly apart.
«You clouds, on your strong breasts carry me,
Winds, be my horses and gallop!»
The clouds in the sky do not hear the voice,
The changing breeze rises and falls,
I am left in the bitterness of my thoughts,
Thinking of the beloved I cannot reach.

(Poème chinois)

 

 

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La branche d’amandier (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016


 


 

La branche d’amandier

De l’amandier tige fleurie,
Symbole, hélas! de la beauté,
Comme toi, la fleur de la vie
Fleurit et tombe avant l’été.

Qu’on la néglige ou qu’on la cueille,
De nos fronts, des mains de l’Amour,
Elle s’échappe feuille à feuille,
Comme nos plaisirs jour à jour!

Savourons ces courtes délices;
Disputons-les même au zéphyr,
Epuisons les riants calices
De ces parfums qui vont mourir.

Souvent la beauté fugitive
Ressemble à la fleur du matin,
Qui, du front glacé du convive,
Tombe avant l’heure du festin.

Un jour tombe, un autre se lève;
Le printemps va s’évanouir;
Chaque fleur que le vent enlève
Nous dit : Hâtez-vous de jouir.

Et, puisqu’il faut qu’elles périssent,
Qu’elles périssent sans retour!
Que ces roses ne se flétrissent
Que sous les lèvres de l’amour!

(Alphonse de Lamartine)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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