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Poésie

Archive for 16 octobre 2016

Trois livres de Prophéties (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2016



 

Aurélien Lepage 1   [1280x768]

Trois livres de Prophéties

Notice

Croire en l’Éternité, d’abord en l’Éternité.

J’ai décidé d’obéir au souffle prophétique. II est venu.

Et par cela même plus engagé en face de ma légende.
Lié, ligoté aux présents fugitifs et constants.

Prophète sans obéir en rien à ma raison

Mais prophète de par mes passions.
Passion du coeur
Passions du rêve

et par le Souffle.

(Robert Desnos)

Illustration: Aurélien Lepage

 

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Patience (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2016



patience
patience de la passion

pour l’amour de ton nom
loin au coeur de la terre noire

peau de lumière
dernière voix au souffle ouvert

dernière voix
pour la rosée des nerfs

(Zéno Bianu)

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Il ne reste qu’à attendre la tristesse de l’automne (Saigyô)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2016



Sans égal
le supplice des âmes
dans le flot noir des flammes
serait-ce le juste châtiment
pour la passion nocturne des amants?

En toute liberté l’herbe d’été
ne cesse de croître
comme l’amour
il ne reste qu’à attendre
la tristesse de l’automne

(Saigyô)

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La beauté immortelle (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2016




Non pas comme devant jouvencelle ou dame vivant
Avec cette chaleur dans leur beauté humaine
Nous devons jeter nos regards
À la beauté immortelle.

Éloignée pour l’éternité, elle se montre,
Et calme, afin d’être adorée des êtres calmes.
C’est là sa seule façon d’être
Immortelle comme les dieux.

Que jamais la joie passagère
passagère
Ni la passion qui recherche parce qu’elle exige
Ne jettent par nos yeux
Regard sur la beauté.

Comme qui voit un Dieu et jamais n’ose
L’aimer plus fort que ce qu’il faut aimer un Dieu,
Devant la beauté
Faisons-nous sobres.

Pour rien d’autre les dieux ne la soumettent
A notre fièvre humaine et vaine de la vie,
Ainsi contemplons-la
Dans la lumière du délaissement.

Et puis de tout extrayons la beauté
En tant que présence humaine et voilée
Et sourire lointain
De qui à la vie assiste.

En ce jour-ci où la campagne est d’Apollon
La verte colonie dominée par les ors,
Telle une Dame au fond de nous
Soit notre sensation de la vie.

(Fernando Pessoa)

Illustration: Theodore Chassériau

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Femme (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2016


Je sens
que brûle dans mes veines
le sang,
flamme rouge qui consume
les passions dans mon coeur.

Femmes, versez de l’eau,
par pitié.
Lorsque tout s’embrase,
quelques étincelles seulement
s’envolent au vent.

Le front vers la terre, l’esprit au ciel,
je marchais, je marchais,
lançant ma vie en quête d’un désir
sur le sentier du temps.
Et près d’un chemin gris
je vis une venelle en fleur
et une rose
de lumière, pleine de vie
et de douleur.
Femme, fleur éclose du jardin,
les roses sont ainsi que ta chair vierge
avec leur senteur ineffable et subtile
et leur nostalgie de tristesse.

(Federico Garcia Lorca)

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On apprend l’Eau par la soif (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2016



On apprend l’Eau par la soif
Et la Terre par les Voyages en mer –
La Passion – par les affres
Et la Paix – par les récits de guerre –
L’Amour – par la Mort
Et les oiseaux – par l’Hiver.

(Emily Dickinson)


Illustration: Michel Ogier

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L’Alphabet des aveux (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2016



L’Alphabet des aveux

Je l’aime un peu, beaucoup, passionnément,
Un peu c’est rare et beaucoup tout le temps.
Passionnément est dans tout mouvement :
Il est caché sous cet : un peu, bien sage
Et dans : beaucoup il bat sous mon corsage.
Passionnément ne dort pas davantage
Que mon amour aux pieds de mon amant
Et que ma lèvre en baisant son visage.

(Louise de Vilmorin)

 

 

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Comme il est difficile (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2016



 

comme il est difficile
au plus chaud de l’été
de croire en la neige

(Abbas Kiarostami)

Illustration

 

 

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La vénus mathématique (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2016



venus

La vénus mathématique

Dans un journal à fascicules
J´ai lu en lettres majuscules
Qu´on ne peut vivre sans calcul
En ce siècle où les automates
Sont les grands rivaux des primates
Qu´on ne peut plus vivre sans maths

Comme d´ailleurs depuis toujours
Quel que soit l´homme et ses recours
On ne peut vivre sans amour

Moi qui tiens fermement à vivre
Et qui suis lucide autant qu´ivre
J´ai uni le lit et le livre

J´ai rencontré au point critique
La femme la plus érotique
Une Vénus mathématique
Vive la nouvelle Vénus mathématique!

Au bal de l´Hôtel Terminus
Je vis soudain cette Vénus
Qui embrasa mes cosinus

C´était la folle nuit du rythme
Au bras d´un jeune sybarite
Elle exhibait ses logarithmes

C´était pour moi un jour de bol
La voilà qui me carambole
D´un grand sourire en hyperbole

C´était la grande nuit du rut
Le temps de pousser un contre-ut
Je l´attaquai comme une brute

Grâce à son triangle et son pis
Aussi rond que le nombre Pi
Elle augmenta mon entropie
Vive la nouvelle Vénus mathématique!

Et moi, très vite, j´adorai
Cette enfant qui suivait de près
De toute science les progrès

Les manuels, les opuscules
Les courbes, les tests, les calculs
Lui tenaient lieu de crépuscules

Au saint nom des mathématiques
Elle appliqua ses statistiques
À nos étreintes frénétiques

Au diable les gens qui attifent
Leur passion de préservatifs
Ou de retraits intempestifs

Bientôt, nous réglâmes tous nos
Exercices abdominaux
Selon la méthode Ogino
Vive la nouvelle Vénus mathématique

Et la Vénus aux équations
Me fit goûter des sensations
D´une nouvelle dimension

Les entités humanoïdes
Aux formes hyperboloïdes
Charment les spermatozoïdes

Dans mon vieux grenier en spirale
Chaque soir, quel concert de râles
Quand je frôlais son intégrale

Elle avait uni sans histoire
La mécanique ondulatoire
Et les positions giratoires

Mes caresses venaient en troupe
Selon la théorie des groupes
Pour réunir jambes et croupes
Vive la nouvelle Vénus mathématique

Hélas, un jour, un jour funeste
Elle me fit passer un test
Qui lui démontra sans conteste
En comparant des numéros
Que j´étais un pauvre zéro
Elle prit la tangente au trot

Avec ses courbes inconnues
Dans l´espace discontinu
Elle s´en alla toute nue
Vive la nouvelle Vénus mathématique!

(Guy Béart)

 

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La lumière que je sens inonder mon cœur quand je te vois (Lucian Blaga)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2016



 

La lumière que je sens
inonder mon cœur quand je te vois,
ne serait-elle une goutte de la lumière
procréée au tout premier jour
par cette autre lumière si profondément assoiffée de vie ?

Le néant gisait à l’agonie,
errant au gré des ténèbres, lorsque, tout à coup,
l’Inconnaissable fit signe :
« Que la lumière soit ! »

Un océan
et un grand tourbillon de lumière
prirent corps au même moment :
il sévissait une soif de péchés, de désirs, d’élans et de passions,
toute une soif de vie et de soleil.

Mais qu’est devenue cette aveuglante
lumière de l’époque – qui peut savoir ?

La lumière que je sens inonder
mon cœur quand je te vois – ô, sublime,
n’est peut-être que la dernière goutte
de la lumière procréée au tout premier jour.

(Lucian Blaga)

Illustration: Charles Courtney Curran

 

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