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Poésie

Archive for 19 octobre 2016

Si je chante c’est d’une voix sombrée (Lydie Dattas)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2016



Si je chante c’est d’une voix sombrée :
aucun motif, aucun ornement qui doive ici sa beauté à la lumière,
mais chacun, tirant son eclat de la nuit
et son rayonnement de la tristesse, aggravera sa misère…

Tout ce qui dans vos chants console ici consternera,
tout ce qui illumine assombrira.
Comme la lune en passant devant le soleil l’obscurcit,
ma pensée en passant devant la vôtre l’éclipsera,
mon âme portera sur la vôtre une ombre donc elle ne guérira pas
et que le temps lui-même ne pourra pas effacer.

De même que le croissant noir aveugle et ne se peut contempler sans dommages,
quiconque assistera en ces pages à l’éclipse de la beauté en sera à jamais assombri,
quiconque contemplera en ces phrases la face maudite de la beauté en sera à jamais affecté.

(Lydie Dattas)

 

 

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À la fermeture du musée (Lydie Dattas)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2016



 

À la fermeture du musée,
après avoir repris son manteau au vestiaire,
sur le pavé mouillé du trottoir,
le dernier visiteur découvre la couleur azelane de la nuit.

C’est alors que les portraits négatifs du dieu l’éblouissent
par leur ressemblance crachée avec son gouffre intérieur.

(Lydie Dattas)

 

 

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Jour et nuit (Lydie Dattas)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2016



 

Jour et nuit

Ma jeunesse a été si absolument pure :
j’ai traversé la nuit sans craindre de mourir
quand la nuit n’était rien qu’absolument la nuit,
j’ai marché dans la nuit sans douter de l’aurore
lorsque la nuit doutait de ses propres étoiles.

J’ai marché dans la nuit comme au milieu du jour :
le ciel était couvert entièrement d’étoiles,
les étoiles éclairaient autant que le soleil,
ce terrible soleil qui éclaire la nuit.

La nuit me consacrait ses heures les plus belles,
la nuit avait pour moi la beauté de l’azur,
je buvais la rosée dans la coupe des roses,
les étoiles étaient aussi jeunes que moi.

La beauté jour et nuit se tenait près de moi :
je craignais la beauté plus que ma propre mort,
je ne préférais rien à la beauté des anges.
La neige jalousait la pureté de l’âme :
la neige me devait en partie sa beauté,
la neige qui laissait sa beauté dans mon âme.

(Lydie Dattas)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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J’écris d’un lieu désertique (Lydie Dattas)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2016



J’écris d’un lieu désertique
où la pensée n’a jamais soufflé,
où elle ne soufflera jamais :
faite pour la Nuit,
je ne découvrirai aucune étoile,
aucun monde inconnu,
je ne conquerrai aucun sommet,
ne créerai aucun langage,
car tout ce qui m’appartient est mort,
et mon royaume, désert comme le plaisir
n’est que néant…

(Lydie Dattas)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Mourir pour la beauté (Lydie Dattas)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2016



Mourir pour la beauté

Je ne crois plus en rien puisque je crois en Dieu :
tout ce qui n’est pas vrai mérite de mourir.
L’aube rivalisait avec les roses rouges,
ces roses qui mouraient à force de beauté,
la beauté dont parlaient si purement les roses.
La beauté imitait la beauté de l’azur,
la beauté prétendait être la vérité
quand je voulais mourir pour la beauté des roses.

La beauté m’a laissée si divinement triste :
j’ai goûté au bonheur qu’on goûte sur la croix,
les anges ont empêché mon amour de faiblir.
Je ne méritais pas un bonheur aussi grand.
Mais puisque j’ai versé mon sang pour la beauté
à l’heure où la beauté se trouble dans le ciel,
le ciel ne pourra plus oublier mon amour.

(Lydie Dattas)

Illustration: Le Bernin

 

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N’ayant pas droit à la lumière (Lydie Dattas)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2016



N’ayant pas droit à la lumière
je me noircirai davantage,
je détournerai sur moi les ténèbres,
afin, mon âme ayant bu toute l’ombre,
que la beauté en soit lavée
[…]

Je m’efforcerai de rendre cette malédiction
si profonde et si sombre
qu’elle en soit belle
[…]

je l’utiliserai pour faire briller les ténèbres
[…]

Ne pouvant être au cœur de la beauté,
je serai la Nuit.

(Lydie Dattas)

Illustration: Christian Schloe 

 

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J’entrai en poésie (Lydie Dattas)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2016



J’entrai en poésie
comme on passe une frontière
sans savoir qu’on ne reverra pas son pays.

(Lydie Dattas)

 Illustration: Oleg Zhivetin

 

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Si la nuit est pour vous ce temps de trêve (Lydie Dattas)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2016



lydie-dattas

Si la nuit est pour vous ce temps de trêve et d’inconscience
qui va du crépuscule du soir au crépuscule de l’aube,
et si elle cesse pour vous avec le jour,
elle est ma conscience même
et n’a pour moi pas de fin…

(Lydie Dattas)

 

 

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Tout ce qui dans vos chants console (Lydie Dattas)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2016



Tout ce qui dans vos chants console ici consternera,
tout ce qui illumine assombrira.
Comme la lune en passant devant le soleil l’obscurcit,
ma pensée en passant devant la vôtre l’éclipsera,
mon âme portera sur la vôtre une ombre
dont elle ne guérira pas et que le temps lui-même ne pourra effacer.

(Lydie Dattas)

 

 

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Terrible espoir (Lydie Dattas)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2016



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Ton coeur est le plus beau que mon coeur ait pu voir:
la nuit m’envahissait de son terrible espoir
quand ton coeur m’a montré sa pourpre inégalable.
La beauté répondait à toutes mes questions
quand la nuit était la seule à me servir de guide.
La pensée me montrait son misérable coeur:
La pensée réfléchit pendant que le coeur meurt.
Je cherchais la beauté dont je ne savais rien
quand je ne pouvais pas m’empêcher d’être jeune,
et je croyais que rien n’égalait la beauté
lorsque j’ai entendu la réponse des anges.
La beauté maintenant ne me quitte jamais,
et la nuit vers mon coeur marche inutilement:
ton amour a changé le nombre des étoiles.

(Lydie Dattas)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

 

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