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Poésie

Archive for 20 octobre 2016

PREMIER DERNIER AMOUR (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016




PREMIER DERNIER AMOUR

Tout est mort. Même les désirs de mort
sont morts. Ce qui grandit est sans figure.

Les mains, les yeux — déserts. Toute mesure
s’effondre après ce feu qui brise un corps.

Rien — ni espoir ni doute — n’ouvre plus
la porte où le soleil vient nous attendre.

Les fruits profonds, par l’orage abattus,
sont morts : l’esprit possède enfin leur cendre;

avide — seul — et maître d’une nuit
où le ciel pleut, où le mouvement plonge,

où, sur l’objet qu’il efface, bondit
l’appel sans voix qui confond tous nos songes.

(Jean Tardieu)

Illustration: Irina Kotova

 

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Total amour (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016


 

De ces soleils que notre nuit tisonne
Cendre, étincelle et demain flamme, feu
le craquement sous le chaume résonne:
total amour sans démons et sans dieux!

(Jean Tardieu)

 

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Si je partais sans me retourner (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016



Si je partais sans me retourner,
je me perdrais bientôt de vue.

(Jean Tardieu)


Illustration: Claude Garache

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CAUCHEMAR (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016




CAUCHEMAR

Nous étions assemblés près du môle
que battait l’invisible ouragan.
Cette nuit nous semblait conspirer avec nous;
pleine d’or dérobé, elle était comme un coffre
résonnant de conseils.
«Travaillons! », dit ma voix. Mille voix répondirent :
«Où es-tu ? » — « Prés de vous »— « Sois nommé
«Notre chef! »
— Et nos voix, comme un feu dans les branches,
aussitôt — richement — s’accrochèrent,
et nos mains se serraient et comptaient,
fébriles comme un nuage d’oiseaux.

Tout à coup, vacilla, divisant l’air et l’eau
un léger souffle blanc de lumière
qui bientôt — en courant — vint vers nous
et passa sur notre ombre, étendu, déchiré, puis flottant
avec le doux tremblement de l’aube… « Adieu donc! »,
murmura le dernier d’entre nous. Ils partaient!
J’étais seul quand le jour apparut.
Je n’ai vu qu’un visage : la vague.

Ils se sont rassemblés loin de moi
pour parler dans leur langue inconnue,
et j’attends.

(Jean Tardieu)

Illustration: Kupka Frantisek

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Se débarrasser du plus lourd (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016



 

Se débarrasser du plus lourd,
se confier au plus ténu

(Jean Tardieu)

Illustration: Alex Alemany

 

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ÉTUDE EN DE MINEUR (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016





ÉTUDE EN DE MINEUR

Le ciel était de nuit
la nuit était de plainte
la plainte était d’espoir.

Les yeux étaient de lèvres
les lèvres étaient l’aube
la source était de neige

Ma vie était de flamme
ma flamme était de fleuve
le fleuve était de bronze

le bronze était d’aiguille
l’aiguille était d’horloge
l’horloge était d’hier

elle est de maintenant.

Maintenant est de terre
maintenant est de pierre
maintenant est de pluie.

Ma rive est de silence
mes mains sont de feuillage
ma mémoire est d’oubli.

(Jean Tardieu)

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Le Temps l’Horloge (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016



L’autre jour j’écoutais le temps
qui passait dans l’horloge
Chaînes, battants et rouages
il faisait plus de bruit que cent
au clocher du village
et mon âme en était contente.

J’aime mieux le temps s’il se montre
que s’il passe en nous sans bruit
comme un voleur dans la nuit

(Jean Tardieu)

Illustration: Paul Delvaux

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CONTRE-POINT-DU-JOUR (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016




CONTRE-POINT-DU-JOUR

Alors alors
encore ? Alors
toujours dans le jour
mon petit ? Toujours dans le
petit jour du dernier
du dernier jour du condamné
à mort le petit jour ?

Toujours dans le
petit jour du condamné à mort
je suis j’étais
je suis j’étais le grincement
de poulie du gosier
dans la gorge coupée
par le pourquoi comment du printemps

A mort le petit jour du premier lilas
du pourquoi comment du pourquoi pas
de la gorge pourquoi de la gorge coupée du printemps
du grincement de la poulie du printemps
de la nuit de la gorge coupée
du petit jour du lilas de la mort
de la mort de pourquoi comment.

Et pourquoi pas toujours?
Et pourquoi pas toujours j’étais je suis
toujours j’étais toujours j’étais
toujours tiré tiré tiré tiré vers le petit jour
par le pourquoi comment
du gai toujours du gai printemps

toujours mon petit toujours!

(Jean Tardieu)

Illustration: Salvador Dali

 

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Le milliardaire (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016



John apportait un plateau
Sur lequel était un bateau.

Monsieur assis sur son lit
Passa son habit et dit:
« Posez ça là quelque part
Je termine mon cigare. »

Une heure après John revint
La fenêtre était ouverte
Dans le lit il n’y avait rien
Rien non plus sous la Plante Verte
Et rien du tout sur le plateau

– Monsieur est parti en bateau.

(Jean Tardieu)


Illustration

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Sur la terre où les jours se confondent (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016



 

Sur la terre où les jours se confondent,
tremblant de revoir une fleur,
j’écrase le sang de mon coeur
dans les dures parois de ce monde.

J’abandonne à la nuit les délices
près des bords entrevus les yeux clos;
pour maîtriser le temps qui glisse,
le sable est semé de pavots.

A demain, tendre jour, à demain!
Reste jeune en dormant sous la rive
j’emporte la flamme encor vive
à l’abri de mes fidèles mains.

Voyageur avare et rétif,
le front sur le flot qui s’approche,
je cherche le pays des roches,
des derniers grondements captifs.

(Jean Tardieu)

Illustration: Jim Warren

 

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