Arbrealettres

Poésie

LE CAP (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2016



 


LE CAP

Dans la contrée où l’âme est profonde,
je vins pour la première fois,
triste et seul, à l’âge où le monde
me sépara de vous et de moi.

D’étranges feux dans l’air grimaçaient,
mais les sources coulaient pour l’espérance
et tendre tendre était l’impatience
des fruits tombant dans les vergers secrets.

J’entrai, nageant sous les grands nuages,
à jamais loin des tranquilles jours;
là-haut, les traits des chers visages
m’abandonnaient à chaque détour.

Quelle nuit tout à coup, mais quel espace!
je reconnus la voix de toujours
qui pour moi demeure et par moi passe
et quelle puissance, loin de l’amour!

Je laissais mourir et renaître
et mourir encor la clarté
moi, je creusais mon obscurité
et j’apprenais à ne plus être.

Cependant, on murmurait : « L’ombre
va l’engloutir! » Ah! j’entends le vent
répondre par les feuilles sans nombre :
« Cet homme a franchi les postes du temps! »

(Jean Tardieu)

Illustration: Arthur Braginsky

 

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