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Poésie

Archive for 29 octobre 2016

Nuits (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2016



 

poissonniere royale

Nuits

Femmes de grand air
Femmes de plein vent
Est-ce que la nuit est douce pour vous

Femmes de plein vent
Rôdeuses rencontrées à l’aube
Est-ce que la nuit ne vous déchire pas

Femmes de grand air
Laboureuses perdues dans les plaines
Est-ce que la nuit est une moisson pour vous

Femmes de plein vent
Marchandes de poissons aux mains crevassées
Est-ce que la nuit coule vite pour vous

Femmes réveillées au petit jour
Femmes traînant au travail des pieds meurtris
Est -ce que la nuit est sans écho pour vous

La nuit est-elle douce?
La nuit vous déchire-t-elle?
Moissonnez-vous la nuit?
La nuit coule-t-elle vite pour vous?

Femmes de grand air
Femmes de plein vent
Femmes de la nuit de l’aube et du jour
Rôdeuses laboureuses poissonnières
Aimez-vous le plein air
Aimez-vous le grand vent?

(Robert Desnos)

Illustration

 

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Lumière de mes nuits Youki (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2016



 

Henri Gervex  rl [1280x768]

Lumière de mes nuits Youki

Te souviens-tu des nuits où tu apparaissais
Sur le rectangle clair des vitres de ma porte?
Où tu surgissais dans les ténèbres de ma maison
Où tu t’abattais sur mon lit comme un grand oiseau
Fatigué de passer les océans et les plaines et les forêts.
Te souviens-tu de tes paroles de salut
Te souviens-tu de mes paroles de bienvenue
de mes paroles d’amour
Non, il ne t’en souvient pas.
On ne se souvient pas du présent, personne…
Or, il est nuit,
Tu surviens, tu arrives, tu t’abats sur mon lit
Je suis ton serviteur et ton défenseur soumis à ta loi
et toi soumise à mon amour
Il est minuit il est midi
Il est minuit et quart
Il est minuit et demie
ll est midi à venir ou midi passé
Il est midi sonnant
Il est toujours midi sonnant pour mon amour
Pour notre amour
Tout sonne tout frémit et tes lèvres
Et sur mon lit tu t’abats entre minuit et quatre heures du matin
comme un grand albatros
Échappé des tempêtes.

(Robert Desnos)

Illustration: Henri Gervex

 

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La femme sans enfants (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2016



La femme sans enfants
comme elle est tendre
avec les poupées!

(Robert Desnos)

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Saisons (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2016



saisons [1280x768]

 

Saisons

Le jour est à sa place et coule à fond de temps,
A moins que l’être monte à travers des espaces
Superposés dans la mémoire et délestant
La cervelle et le coeur de souvenirs tenaces.

Étés, puissants étés, votre nom même passe,
Être et avoir été, passe-temps et printemps,
Il passe, il est passé comme une eau jamais lasse,
Sans cicatrices, sans témoins et sans étangs.

Saisons, vous chérissez du moins le grain de blé
Qui doit germer aux jours de dégel et la clé
Pour ouvrir aux départs les portes charretières.

Les astres dans le ciel par vous sont rassemblés,
L’an va bientôt finir et des pas accablés
Traînent sur les chemins ramenant aux frontières.

(Robert Desnos)

 

 

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La matinée confiante (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2016



Gisbert Combaz  n [1280x768]

La matinée confiante

La route était aisée sous les arbres
Il se rappelait que quelques mois auparavant
Il avait rencontré une jolie fille qui s’appelait Caroline
Et marcher vite et encore plus vite
Cheval de nuage dressé cabré hennissant
quels parfums !
aux détours de la route la mer est bleue
L’air chaud et silencieux vibre
Il descend des hautes collines vers les plages
vite toujours plus vite
ll arrive à la baie
où cerné par des marins
mi-corps dans la mer
et armés d’épieux
Un grand poisson marin se débat dans l’eau pas assez profonde
Et se rapproche du sable seo et de la mort

La nuit suivante la porte de la maison isolée
Près des grands arbres
S’ouvre
En sort une femme
Elle disparaît à travers les ténèbres
Dans une direction inconnue
Beau paysage
Heureuse matinée
Heures passées.

(Robert Desnos)

Illustration: Gisbert Combaz

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L’angélique (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2016



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L’angélique

Ravissante angélique
La mésange a chanté,
Disant dans sa musique
La douceur de l’été.
Angélique du soir,
Mésange des beaux jours,
Angélique d’espoir,
Angélique d’amour.

(Robert Desnos)

Illustration

 

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La moisson (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2016



 

La moisson

Incroyable est de se croire
Vivant, réel, existant.
Incroyable est de se croire
Mort, feu, défunt, hors du temps.
Incroyable est de se croire
Et plus incroyable encore
De se croire, pour mémoire,
Un rêve, une âme sans corps.

Belles roses du passé,
Roses, odorantes roses,
Qui dès l’aube frémissez,
À la nuit déjà décloses,
Votre sort rapide et long
Est égal à nos années
Même si, dans le salon,
On vous apporte fanées.

Nos dieux étaient trop fragiles,
C’étaient de petites gens,
Dans un petit domicile,
Vivant de fort peu d’argent.
Plus grande est notre fortune
Et plus sombre est notre sort.
Nous ne voulons pas la lune.
Nous ne craignons pas la mort.

Par nos cinq sens ligoté
Notre univers rapetisse.
Adieu rêve, adieu beauté !
De vous je fais sacrifice
Au monde trop limité.

(Robert Desnos)

 

 

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Le myosotis (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2016



 

Le myosotis

Ayant perdu toute mémoire
Un myosotis s’ennuyait
Voulait-il conter une histoire ?
Dès le début, il l’oubliait.
Pas de passé, pas d’avenir,
Myosotis sans souvenir.

(Robert Desnos)

 

 

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Couché dans ton lit (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2016



– Couché dans ton lit
Entre tes draps,
Comme une lettre dans son enveloppe,
Tu t’imagines que tu pars
Pour un long voyage.

– Mais non, je n’imagine rien.
Je ne suis pas né d’hier
Je connais le sommeil et ses mystères
Je connais la nuit et ses ténèbres
Et je dors comme je vis.

(Robert Desnos)


Illustration

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Ta fièvre (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2016



Ta fièvre me fait penser
aux oiseaux de passage qui heurtent les phares
dans les soirs de tempête:
tempête aussi est ta douceur,
sans apparaître elle bouillonne,
et ses repos sont encore plus rares.
Je ne sais comment, exténuée, tu résistes
en ce lac
d’indifférence, ton coeur; peut-être
une amulette te sauve-t-elle, que tu gardes
à côté du bâton de rouge,
de la houppette, de la lime: une souris blanche,
d’ivoire; et ainsi tu existes !

***

La tua irrequietudine mi fa pensare
agli uccelli di passo che urtano ai fari
nelle sere tempestose :
è una tempesta anche la tua dolcezza,
turbina e non appare,
e i suai riposi sono anche più rari.
Non so come stremata tu resisti
in questo lago
d’indifferenza ch’è il tuo cuore; forse
ti salva un amuleto the tu tieni
vicino alla matita delle labbra,
al piumino, alla lima: un topo bianco,
d’avorio; e cost esisti!

(Eugenio Montale)


Illustration: Giovanni Boldini

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