Arbrealettres

Poésie

Archive for 2 novembre 2016

Impossibilité (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2016



Impossibilité

Je voudrais vous dire des choses si tendres,
Vous murmurer des mots si doux,
Que seules les fleurs mortes peuvent entendre
Car c’est tout ce que j’ai de vous.

Je voudrais vous confier mon rêve de folie
Mon beau rêve si insensé,
Hanté par le spectre de la mélancolie
Où viennent sombrer mes pensers.

Je voudrais vous dire pourquoi mon âme pleure
Quand tout aime et refleurit,
Pourquoi elle gémit à la fuite de l’heure
Qui part sans apporter l’oubli.

Je voudrais vous dire comment je vous adore.
Hélas je ne le pourrais pas,
Et c’est en mon rêve qui s’envole à l’aurore
Que je dois le dire tout bas.

(Birago Diop)


Illustration: Zhaoming Wu

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Vernale (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2016



Vernale

Un sanglot qui se brise
Meurt dans un parfum de lilas,
Une chimère hier exquise
Laisse mon coeur bien las.

L’odeur seule persiste
Sur un bouquet déjà fané
Et mon coeur est triste, triste
comme un coeur de damné.

J’avais fait un beau rêve
Rien qu’un d’amour aujourd’hui.
Mais comme une bulle qu’on crève
Mon rêve s’est enfui.

(Birago Diop)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sympathie (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2016



Sympathie

Abreuvés aux mêmes rivages
Et nourris aux mêmes festins,
Victimes des mêmes breuvages
Nous eûmes les mêmes destins.

Maintenant meurtris seuls et sages
Assis au bord des longs chemins
Nous cherchons les jeunes visages
Qui charmèrent nos beaux matins.

Les pas traînants et lents des heures
Qui hantent le soir nos demeures
Bercent parfois l’atroce ennui;

Et les silences de la nuit
Sur la rumeur des jours enfuis
Tissent un linceul à nos leurres.

(Birago Diop)


Illustration: Gilbert Garcin

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Tourment (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2016



Tourment

Sans perdre sa couleur
Le rose oeillet
Lentement meurt
Entre deux blancs feuillets.

L’orbe d’un rêve
Emprisonne un front
Qui se heurte sur la grève
Contre son frisson.

La vague d’un sanglot
Etouffe un délire
On entend un mot
Qu’on n’ose pas dire.

Le long isolement
Pèse sur un cœur
Que la fuite du temps
Remplit de frayeur.

(Birago Diop)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Rêve d’avril (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2016



Rêve d’avril

Lentes, lentes des barques glissent
Ainsi que de lointains remords
Et des rêves d’amour se tissent
Sur la trame des rêves morts.

Mon coeur qui ce soir se confesse
Egrène les jours révolus;
Ma mémoire exhume et caresse
Tous les rêves qui ne sont plus.

Du fond d’une barque qui passe
Un air aux accords languissants
Hésite à monter, puis s’efface
Dans l’air lourd du soir finissant.

De grands yeux, des yeux bleus de rêve
Ont fixé un instant mes yeux,
Puis s’éteignent – vision brève –
Dans l’éclat de leurs rêves bleus.

Je songe à ces yeux d’un bleu tendre
Dont j’ignore encor le secret,
Et mon rêve trop las d’attendre,
N’est plus fait que d’un lourd regret …

… Lentes, lentes les barques glissent
Ainsi que de lointains accords,
Et des rêves d’amour languissent
Sur la trame des rêves morts.

(Birago Diop)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les yeux secs (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2016



Les yeux secs

Les yeux secs qu’aucun pleur n’humecte
Défendant au soleil d’entrer
Dans l’âme où le spleen se délecte
Des plus sombres pensera.

Ils ne brillent plus de la flamme
Qui consume tout en dedans
Et l’on peut mentir à la Femme
Lui mentir aisément.

Hélas les larmes non tombées
Peu à peu corrodent le cœur
Comme une pierre imbibée
D’infernales liqueurs.

Le pleur qui n’a pas chu augmente
La sourde rumeur des sanglots
Et la rumeur monte pesante
Ainsi qu’un lourd fardeau.

(Birago Diop)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Automne (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2016



Automne

Amours de printemps
bourgeons éclos
larmes et serments
voluptueux sanglots
Tout repasse
dans mon âme lasse
qu’endeuille
la chute des feuilles

Automne
Rêves morts,
feuilles jaunes
que le vent du Nord chasse…
Plainte basse
qu’entend
un cœur fêlé
pleurant son rêve en allé.
La feuille soupire
après sa brève destinée
moi sur mes amours fanés
Sur leur délire

Automne morose
Heures grises
Qui brisent
Les rêves enclos
Dans leur linceul
Moi toujours seul,
Je songe
Aux doux mensonges
Enfuis
Aujourd’hui.

(Birago Diop)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Accords (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2016



Accords

Des mains dures
Grattent et creusent les terres rudes
Mains rudes, terres dures
Dures, rudes
Rudes, dures.

Les caresses te plaisent
Le labeur t’apaise,
Terre dure, terre rude,
Caresses des mains dures
Labeur des mains rudes
Rudes, dures
Dures, rudes.

Les caresses te plaisent,
Les frôlements t’apaisent
Fille noire aux seins durs
Caresses des mains rudes
Frôlements des mains dures
Dures, rudes
Rudes, dures.

Puis par couples
Les corps s’épousent souples,
Couples souples,
Souples couples.

Sur la terre rude,
Sur la terre dure
Leurs caresses te plaisent,
Leurs amours t’apaisent
Terre dure, terre rude
Caresses des reins durs
Caresses des mains rudes,
Rudes, dures
Dures, rudes.

(Birago Diop)


Illustration: Pierre-Yves Vigneron

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le chant des rameurs (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2016



Le chant des rameurs

J’ai demandé souvent
Écoutant la Clameur
D’où venait l’âpre Chant
Le doux chant des Rameurs.

Un soir j’ai demandé aux jacassants Corbeaux
Où allait l’âpre Chant, le doux Chant des Bozos;
Ils m’ont dit que le Vent messager infidèle
Le déposait tout près dans les rides de l’Eau,
Mais que l’Eau désirant demeurer toujours belle
Efface à chaque instant les replis de sa peau.

J’ai demandé souvent
Écoutant la Clameur
D’où venait l’âpre Chant
Le doux chant des Rameurs.

Un soir j’ai demandé aux verts Palétuviers
Où allait l’âpre Chant des Rudes Piroguiers;
Ils m’ont dit que le Vent messager infidèle
Le déposait très loin au sommet des Palmiers;
Mais que tous les Palmiers ont les cheveux rebelles
Et doivent tout le temps peigner leurs beaux cimiers.

J’ai demandé souvent
Écoutant la Clameur
D’où venait l’âpre Chant
Le doux chant des Rameurs.

Un soir j’ai demandé aux complaisants Roseaux
Où allait l’âpre Chant, le doux Chant des Bozos.
Ils m’ont dit que le Vent messager infidèle
Le confiait là-haut à un petit Oiseau;
Mais que l’Oiseau fuyant dans un furtif coup d’ailes
L’oubliait quelquefois dans le ciel indigo.

Et depuis je comprends
Écoutant la Clameur
D’où venait l’âpre Chant
Le doux chant des Rameurs.

(Birago Diop)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Incantation (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2016



Incantation

Ouvre à l’Ombre de l’Homme
Ouvre, ouvre à mon Double…

Ouvre à l’Ombre de l’Homme
Qui va vers l’Inconnu
Laissant seul dans le Somme
Le Corps inerte et nu.

Ouvre à l’Ombre de l’Homme
Ouvre, ouvre à mon Double…

Ouvre, ouvre à mon Double
Les Sentiers broussailleux,
Le jour chemins troubles,
La nuit si lumineux.

Ouvre à l’ombre de l’Homme
Ouvre, ouvre à mon Double…

Mon Double viendra dire
Tout ce qu’il aura vu
Aux portes de l’Empire
D’où les Morts sont venus.

Ouvre à l’Ombre de l’Homme
Ouvre, ouvre à mon Double…

(Birago Diop)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :