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Poésie

Archive for 3 novembre 2016

LE CHANT DE LA DERNIÈRE RENCONTRE (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2016



LE CHANT DE LA DERNIÈRE RENCONTRE

Le malheur me glaçait la poitrine,
Pourtant mon pas restait fringant;
Je lissais sur ma main la suédine,
Mais je m’étais trompée de gant.

Et ces marches interminables!
Je savais pourtant — elles étaient trois…
L’automne dans les érables
Murmura : « meurs avec moi…

Le destin, mon destin sinistre
M’a trahi, inconstant et froid. »
Et j’ai dit : « Mon cher, mon triste,
Oui, je meurs. Je meurs avec toi. »

C’est le chant de l’ultime rencontre;
Dernier regard sur la maison obscure :
Seule, la chambre perçait l’ombre
De sa lueur jaune et dure.

(Anna Akhmatova)

Illustration: William Bouguereau

 

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La voix de la mémoire (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2016



La voix de la mémoire
à O. A. Glebovaïa-Soudeïkina

Que vois-tu, de tes yeux vagues, sur le mur,
À l’heure où s’éteint le couchant?

Une mouette sur la nappe bleue des eaux?
Les jardins de Florence?

L’immense parc de Tsarskoïé Siélo,
Où l’angoisse t’a coupé la route ?

Vois-tu à tes pieds ce captif
Qui s’est donné à la mort blanche ?

Non, je ne vois que le mur, le reflet
Sur lui des feux du ciel qui meurent.

(Anna Akhmatova)

Illustration

 

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Nous nous sommes revus pour la dernière fois sur le quai (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2016



Nous nous sommes revus pour la dernière fois
Sur le quai, là où toujours avaient lieu nos rencontres.
L’eau de la Néva était très haute;
Dans la ville on craignait une inondation.

Il parlait de l’été; il disait aussi
Qu’être poète, pour une femme, est absurde.
Je me suis rappelé le haut palais impérial
Et la forteresse de Pierre-et-Paul.

Il disait que l’air n’est pas du tout à nous;
Que c’est un don de Dieu, et magnifique.
C’est en cet instant que me fut donnée
La dernière de toutes les chansons folles.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Tu aimes ce grand vent accouplé à la mer (Lorand Gaspar)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2016



Tu aimes ce grand vent accouplé à la mer
Jailli de nulle part il occupe d’un bond le présent
fouille la racine des eaux, des arbres,
puis rompt les amarres de la vieille maison —

et les rochers tremblent sous le fracas des eaux —

celui qui cherchait à entendre sa musique
dans le poème vidé de ses mots
le vent pour pensée, déjà si loin en mer,
contemplait ces forces, ces dieux anciens,
qui détruisent sans colère ni haine —
et voici un souffle qui passe
entre la crête d’une vague et d’une aile –

(Lorand Gaspar)

Découvert ici: https://litteratureportesouvertes.wordpress.com

Illustration: ArbreaPhotos /

 

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Elle est la terre et le voyage (Zao Wou Ki)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2016



Elle est la terre et le voyage
Le sel et la douceur
Elle est l’horizon où se perdre
La roche où s’adosser
Elle est l’univers où je vis
La route qui y mène
Mes yeux suivent la carte de son visage
du contour de ses lèvres
à l’horizon de son regard
Je sillonne ses rêves
en écartant chaque ombre
tentation de ténèbres
Dans le fouillis de ses cheveux
traîne le désordre des âmes mêlées
et si je m’incline sur son cou
c’est pour y déposer mon errance
Mes mains l’habillent
et dans le cercle de nos bras
bruisse la soie du coeur

(Zao Wou Ki)

Découvert ici: http://cetairderien.com/

Illustration

 

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Chaque chose en son temps (Guillaume Siaudeau)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2016



Chaque chose en son temps

Il a déjà envisagé
de mettre fin à ses jours
mais il préfère
d’abord s’occuper
de ses nuits

(Guillaume Siaudeau)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Fernando Pessoa (Miguel Espejo)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2016



Fernando Pessoa

en regardant le bureau de tabac
j’ai ressenti je ne sais quel élan
vers les plaines et les déserts inexplorés
les amours toujours cherchées et jamais trouvées
le monde fragile comme un bouton de fleur
et cette illusion de l’appréhender
en regardant le bureau de tabac

(Miguel Espejo)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Zachary Brown

 

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Courir ? encore et toujours courir (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2016



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Courir ? encore et toujours courir.
Tu me demandes ce que je cherche. Comment ne vois-tu
que je ne poursuis rien, que je suis poursuivie ?
Aucun but ne me mettrait ainsi hors d’haleine ;
je cours pour fuir un ennemi
et vainement, car déjà se confond
le martèlement de mon coeur avec le heurt de ses pas,
son ombre lèche mon ombre.
Comment peux-tu me parler
de buts, d’ambitions,
de longues routes, droites et ouvertes ?
La mienne fut courte et sinueuse,
parcourue sous la menace ?
et je suis parvenue au point où le cercle se referme.

***

In corsa ? ancora e sempre in corsa.
Mi chiedi cosa inseguo. Come fai a non accorgerti
che non inseguo ma sono inseguita?
Nessuna mèta mi darebbe tanto affanno;
corro così per sfuggire a un nemico,
e inutilmente, perché già si confonde
il martellar del mio cuore col rimbombo dei suoi passi,
la sua ombra lambisce la mia ombra.
Come puoi parlarmi
di scopi, di ambizioni,
di lunghe strade diritte ed aperte?
La mia fu breve e curva,
compiuta sotto la minaccia ?
e sono giunta al punto dove il cerchio si salda.

(Margherita Guidacci)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Pablo Picasso

 

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Je suis fauché, dit le brin d’herbe (Lambert Schlechter)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2016



je suis fauché, dit le brin d’herbe
j’ai encore échappé à la noyade, dit le nénuphar

sur ma tige, comme le tournesol, dit la cigogne
le tournis est mon destin, dit la meule

évitons la précipitation, dit le nuage
alouette muette je gazouille, dit le cerf-volant

ne serai jamais comestible, dit le parasol
ne te promets aucun paradis, dit le parapluie

c’est fini les poèmes d’amour, dit le troubadour

(Lambert Schlechter)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Sept ans dans les bois (Jim Harrison)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2016



ermite

Sept ans dans les bois

Suis-je aussi vieux que je le suis ?
Peut-être pas. Le temps est un mystère
qui peut nous mettre sens dessus dessous.
Hier j’avais sept ans dans les bois,
un bandage recouvrant mon oeil aveugle,
dans un sac de couchage que ma mère me fabriqua
afin que je puisse dormir dans les bois
loin des gens. Une couleuvre se glissa près de moi
sans me remarquer. Une mésange
se posa sur mon orteil nu, si légère
qu’elle était à peine croyable. La nuit
avait été longue et la cime des arbres
chargée d’un trillion d’étoiles. Qui
étais-je, à moitié aveugle sur le sol de la forêt,
qui étais-je à sept ans ? Soixante-huit ans
plus tard je peux toujours habiter le corps
de ce garçon sans penser au temps qui s’est écoulé depuis.
C’est le fardeau de la vie d’avoir plusieurs âges
sans voir la fin des temps.

***

Seven in the Woods

Am I as old as I am?
Maybe not. Time is a mystery
that can tip us upside down.
Yesterday I was seven in the woods,
a bandage covering my blind eye,
in a bedroll Mother made me
so I could sleep out in the woods
far from people. A garter snake glided by
without noticing me. A chickadee
landed on my bare toe, so light
she wasn’t believable. The night
had been long and the treetops
thick with a trillion stars. Who
was I, half-blind on the forest floor
who was I at age seven? Sixty-eight
years later I can still inhabit that boy’s
body without thinking of the time between.
It is the burden of life to be many ages
without seeing the end of time.

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

(Jim Harrison)

 

 

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