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Poésie

Archive for 4 novembre 2016

LE BON TEMPS (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2016



 

La Guerre du Feu tigre-sabre

LE BON TEMPS

Rappelons-nous ce jeune temps,
il y a mille et mille doutes,
nous étions purs de petitesse
et nous vivions sans trop gêner
le sort du monde, presque heureux
d’avoir deux paumes, deux genoux
et quelquefois une douceur
dans le regard. C’était l’époque
où l’eau pensait autant que nous,
où l’herbe aimait bien mieux que nous.
Notre planète était très plate
et notre aurore à peine claire;
sans fort y croire, nous songions
à inventer quelques syllabes
et à dompter le feu félin,
mais agressifs les dinosaures
nous exilèrent dans les arbres
et la vraie vie eut lieu sans nous.

(Alain Bosquet)

 

 

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FIANÇAILLES POSTHUMES (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2016



FIANÇAILLES POSTHUMES

J’aimerais tant te chanter, ma planète,
sans le secours des mots ni des chansons;
je marcherais près de toi, plein d’amour,
et cueillerais les fleurs de notre espace :
ici la jeune étoile à peine éclose,
et là cette comète qui est mûre.
Nous flatterions nos êtres familiers :
il est des épagneuls taquins et doux,
— on les appelle parfois météores —
qui viennent boire à même tes ruisseaux,
et dans mon âme aussi il est des bêtes
qui me font vivre en paix avec ma peur
et avec toi et avec la tristesse.
Nous choisirions l’endroit où le néant
est le plus frais, et nous nous aimerions,
toi devenant humaine par pitié,
et moi lunule heureux qui t’obéit.
Nous nous raconterions nos plus beaux rêves,
pour qu’ils écartent les lourdes limites
de nos esprits et de nos coeurs. Et même
je t’imagine en train de composer
un poème en syllabes de colline
et mots d’azur, tandis que je m’efforce
de devenir un très sage équateur.

(Alain Bosquet)

 

 

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Pourquoi (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2016




Pourquoi
le chêne est-il absent du chêne?
Pourquoi
le fleuve n’est-il pas au fond du fleuve?
Pourquoi
le mur a-t-il quitté le mur?
Ils sont sortis d’eux-mêmes
pour se comprendre,
pour s’accepter.
Je m’abandonne aussi: je connais le bonheur
en chêne faux,
en fleuve sec,
en mur très mou.

(Alain Bosquet)

 

 

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Par toi moineau se prolonge (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2016




Par toi moineau se prolonge

Tu civilises
quelques objets: vitrail, livre de bord,
cerceau d’orphelinat.
Tu apportes l’espoir
à quelques fleuves
qui n’osaient pas partir pour l’océan.
Tu défends quelques chênes
comme on défend sa langue
contre un verbe étranger.
Par toi la pomme
devient pomme qui parle.
Par toi moineau se prolonge.

(Alain Bosquet)

Illustration: René Magritte

 

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SURSIS (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2016



 

SURSIS

Aux heures lasses de ce jour,
sauvés du doute et du suicide,
rions un peu, et tous ensemble
efforçons-nous de prolonger
la douce erreur qu’est notre vie,
puisqu’on prétend qu’un jeune atome
(dans quelle fleur, quelle cascade
ou quel poème très secret ? )
consentirait, si on l’en prie
avec tendresse, à retarder
d’un jour ou deux la fin du monde.

(Alain Bosquet)

Illustration

 

 

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L’intelligence et l’amour (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2016




L’intelligence dit que la fourmi travaille.
L’amour dit qu’elle souffre.
L’intelligence dit que la fleur est éclose.
L’amour dit qu’elle est belle et va mourir.
L’intelligence dit que la pierre est muette.
L’amour dit qu’elle a peur de parler.
L’intelligence dit que l’astre en cache d’autres.
L’amour dit qu’il est seul dans sa gloire infinie.
L’intelligence dit que la rivière coule.
L’amour dit qu’elle passe et que c’est triste.
L’intelligence dit qu’elle est lumière.
L’amour dit qu’il accepte d’être aveugle.
L’intelligence dit que le jour suit la nuit.
L’amour dit que le jour et la nuit se confondent.
L’intelligence dit qu’il faut comprendre.
L’amour dit qu’on a tort de trop s’interroger.
L’intelligence dit que l’oiseau vole.
L’amour dit que l’oiseau est un dieu.
L’intelligence dit que l’amour le dérange.
L’amour dit qu’il envie l’intelligence.

(Alain Bosquet)

 

 

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Tous les enfants (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2016




Tous les enfants, vous le savez, sont des navires
qu’un proverbe pareil aux brises les plus douces
conduit, syllabe après syllabe, au continent
où les pingouins dorés murmurent des poèmes.

Tous les enfants, vous le savez, sont des bouleaux
qui dans la nuit, en demandant pardon, écartent
leurs branches, leur écorce, et vont, jusqu’au vertige,
danser sur la grand-place, au milieu des poulains.

Tous les enfants, vous le savez, sont des comètes
venues nous rendre hommage au nom d’un autre azur,
d’une autre vérité, d’une autre fable; et nous,

adultes par défaut, saurons-nous les convaincre
de s’attarder ici le temps d’un bref bonheur,
avant de repartir chez les étoiles folles?

(Alain Bosquet)

 

 

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Tu peux jouer (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2016



Tu peux jouer à l’hirondelle :
il suffit d’ouvrir les bras
et de sauter très haut, très haut.

Tu peux jouer à l’étoile :
il suffit de fermer l’œil,
puis de le rouvrir,
beaucoup de fois, beaucoup de fois.

Tu peux jouer à la rivière :
il suffit de pleurer,
pas très fort, pas très fort.

Tu peux jouer à l’arbre :
il suffit de porter quelques fleurs
qui sentent bon, qui sentent bon.

(Alain Bosquet)

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Vent (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2016



Vent

Cours, cours saisir un nez.

Cours, cours mordre une épaule,
cueillir un oeil cerné.

Cours, il faut que tu frôles
un visage, un menton.

Cours, cours, vent du dimanche,
rassembler les moutons
comme des pages blanches.

Tu as pris mes bras nus,
mes jambes qui t’enlacent,
et tu les as perdus.

Garde au moins mes grimaces.

(Alain Bosquet)


Illustration: Rafal Olbinski

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Vous Nous (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2016




Vous Nous

Vous la rétine.
Nous le regard.
Vous les oreilles.
Nous la musique.
Vous le larynx.
Nous le langage.
Vous les poumons.
Nous l’air si pur.
Vous le squelette.
Nous la peau douce.
Vous le bas-ventre.
Nous le voeu de l’amour.
Vous l’agonie.
Nous le tombeau.

(Alain Bosquet)

Illustration: Hippolyte Flandrin

 

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