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Poésie

Archive for 5 novembre 2016

SONNETS POUR UNE FIN DE SIÈCLE (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016



 

Colibri   mort

SONNETS POUR UNE FIN DE SIÈCLE
DÉRISION

J’écris avec ma chair : c’est une vaste blague.
J’écris avec mon sang : c’est un joli mensonge.
J’écris pour découvrir un jour la vérité
comme on découvre un colibri au fond des fleurs

c’est du mélo. J’écris par besoin de mystère,
afin de devenir quelqu’un d’autre : bobard !
J’écris pour ne pas être seul : n’en croyez rien.
J’écris sur l’ordre implacable de Dieu : tu parles,

moi qui suis un athée ! Si vous voulez savoir,
j’écris par jeu : dix de carreau, impair et manque,
échec et mat. Quand il m’arrive de tricher,

j’intervertis mes pauvres mots, et c’est alors
que malgré moi j’écris par mon coeur, par mon âme,
par ma tendresse où tombent morts les colibris.

(Alain Bosquet)

 

 

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POÈMES, UN PREMIER TESTAMENT (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016



 

POÈMES, UN PREMIER TESTAMENT

J’ai dit «pomme» à la pomme ; elle m’a dit « mensonge» ;
Et « vautour » au vautour qui n’a pas répondu.
Dans mon livre, le soir, la comète s’allonge,
Et l’amour n’est amour que douze fois relu.

Mon corps est, lui aussi, un livre qu’il faut lire,
Puisqu’on lit un genou comme on lit l’horizon.
Vivre ou écrire, écrire ou vivre ? Je soupire :
Dans le verbe ma chair a trouvé sa raison.

Il est si roux, le mois d’octobre entre les pages ;
Il est si vert, le mois d’avril, à peine âgé
D’un mot qui dit l’amour, d’un mot qui fait l’image ;
Il est si gris, le mois qu’il me faut corriger.

Un agneau tout à l’heure est sorti de mon verbe ;
Il a fait quelques pas dans le ciel de l’été.
Mon agneau si verbal, vas-tu brouter mon herbe,
Verbale comme toi : je viens de l’inventer ?

Qui parle à mon poème ? Il est triste et fragile.
Quand je lui dis bonjour, il se croit supplicié,
Congédie son aurore et déchire ses îles
Pour vivre de silence ; il est mon seul sorcier.

Qui parle à mon amour ? Il se veut impudique.
Le vice est beau, mon livre, et c’est moi qui te mords !
Où commence la chair ? Où finit la musique ?
Je sais que la parole est toujours un remords.

S’il faut que le poème écrive son poète,
Dis-moi, mon livre, est-ce de toi que je suis né ?
Quelle page a prévu ma naissance indiscrète
Et prédit mille fois : « Tu seras condamné » ?

(Alain Bosquet)

Illustration: Silvia Vassileva

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LE DOUTE (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016



LE DOUTE

Pourquoi tes yeux blessés, pourquoi ton corps,
pourquoi tes seins dans mes paumes chagrines,
pourquoi ta pesanteur : quelques remords,
quelques neiges sans but, quelques lésines ?
Un homme est là entre sa pendaison
et sa tiédeur de moineau qui écoute;
une femme est ici, mais sa raison
n’ose pas s’insurger contre le doute.
Tous deux réinventaient des mots humains,
tous deux jouaient à créer des images,
mais à présent que font-ils de leurs mains
qui ne sont plus que des bêtes sauvages ?
Pourquoi écrire un livre à notre insu,
pourquoi nous contenter de pages vides,
pourquoi survivre, poètes déçus
que chaque verbe conduit au suicide ?

(Alain Bosquet)

Illustration: Edward Hopper

 

 

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PEAU (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016



PEAU

Viens habiter ma peau. N’apporte
que ta moiteur, un jeu de dés,
l’étoile à pendre sur la porte,
ton sang, le soleil démodé.
J’aurai l’accord de ce concierge
qui se méfie de moi : mon coeur.
Pour que ta chair devienne vierge,
il faut mêler nos impudeurs.
Voici le bail : tu dois renaître.
On ne demande aucun impôt,
mais si mon corps aux cent fenêtres
te plaît, viens habiter ma peau.
Installe-toi, ma locataire.
Je déménage; c’est le sort
de ceux qui vivent solitaires :
même leur peau les met dehors.

(Alain Bosquet)

 

 

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PLUIE (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016



PLUIE

S’il pleuvait des gondoles,
je serais gondolier.
S’il pleuvait des mains folles,
j’en ferais un collier.
S’il pleuvait des presqu’îles,
je leur conseillerais
d’élire domicile
dans mon livre secret.
S’il pleuvait des girafes,
je dirais : « Équateur,
va changer d’orthographe
pour leur offrir des fleurs!»
S’il pleuvait, ciel verbal,
ma chanson serait fraîche,
et tout neuf mon cheval.
Je vis de larmes sèches.

(Alain Bosquet)

Illustration: Jean-Michel Folon

 

 

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Droit au soleil, à la musique, au vague à l’âme (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016



« Je suis le Président-Directeur Général
de l’univers », dit Dieu,
« une entreprise
que je souhaite plus rentable.
Le moindre travailleur, coccinelle ou taureau,
y a droit au soleil,
à la musique, au vague à l’âme.
Je n’exclus pas les apprentis,
comme la source du ruisseau
ou le bourgeon de la pivoine.
Même les retraités,
l’étoile veuve et la très vieille lune
doivent connaître le bonheur.
Je leur rendrai visite, un de ces jours:
ensemble, soyons productifs. »

(Alain Bosquet)

 

 

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Un enfant m’a dit (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016



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Un enfant m’a dit :
« La pierre est une grenouille endormie. »
Un autre enfant m’a dit :
« Le ciel, c’est de la soie fragile. »
Un troisième enfant m’a dit :
« L’océan, quand on lui fait peur, il crie. »
Je ne dis rien, je souris.
le rêve de l’enfant, c’est la loi.
Et puis, je sais que la pierre,
vraiment, est une grenouille,
mais au lieu de dormir
elle me regarde.

(Alain Bosquet)

 Illustration

 

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Il porte sur le dos un royaume si lourd (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016




 

Un trottoir change de ruelle.
Un visage devient ruisseau.
Un parc poursuit des voyageurs.
La fontaine se vend
à qui la veut, peut-être le cheval.
Un temple se détourne
pour éviter la prière trop pure.
Une ville s’efface:
il ne pourra jamais
trouver des murs pour y dormir.
Il porte sur le dos
un royaume si lourd.

(Alain Bosquet)

Illustration: Rafal Olbinski

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NOTES POUR UN PLURIEL (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016



NOTES POUR UN PLURIEL

L’aurore sait qu’il faut se vendre.
Là-bas, des fleuves
songeraient à tuer.
L’étoile, par contrat,
s’engage à devenir étoile.
Les choses :
cravate, carafon,
miroir où court la coccinelle,
complotent contre nous.
Les lilas se détestent.
Les neiges trichent.

(Alain Bosquet)

Illustration

 

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Comme lèvre et mâchoire (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016



Comme lèvre et mâchoire,
comme cil et rétine,
comme ventre et muqueuse,
comme paume et melon,
épousez-vous.
Comme foudre et navire,
comme agneau et vautour,
comme légende et plomb,
comme aurore et comète,
séparez-vous.
Comme lac et démence,
comme langage et crépuscule,
comme ivresse et miroir,
comme amour et amour,
soyez incompatibles.

(Alain Bosquet)

Illustration

 

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