Arbrealettres

Poésie

LA POUSSIÈRE – CHANSON DE SERVANTE (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2016




LA POUSSIÈRE
CHANSON DE SERVANTE

Essuie, torchon, mon ami,
Tu n’en auras jamais fini.

Quand je la chasse, elle retombe;
Les cheminées en font pour moi.

Battez mes mains, battez les livres,
Qui l’appellent, l’attirent, l’aspirent.

Et vous, lits, je vous maudis,
Où les minons font leurs nids.

Et vous, rideaux de mousseline,
Qui lui tendez vos pièges fins.

Et vous, manteaux, et vous, les jupes,
Qui m’apportez toute la rue.

Essuie torchon, mon ami,
Tu n’en auras jamais fini.

Tire-la de ma bouche sèche,
Où elle grince entre mes dents;

Ote-la-moi de mes oreilles,
Et de mes yeux qu’elle rougit.

Epoussette-la de mes rêves,
Mes jolis rêves qu’elle salit;

Et de la gerbe de soleil,
Qui s’étale sur mon réveil.

Enlève-la des statues nues,
Et des cadres, et des pots de fleurs;

Et des bibelots et des vases,
Qu’il est défendu de casser;

Des draps brodés, des dentelles,
Des perles fines, des rubis,

De ma méchante patronne
Qui se prélasse dans son lit;

Des grand’routes, du cimetière…

Va, mon torchon, mon pauvre ami,
Nous n’en aurons jamais fini.

(André Spire)

 

 

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