Arbrealettres

Poésie

Archive for 9 novembre 2016

Le point du jour (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



Le point du jour

Le point du jour
braise attisée
par la dernière brise
de la nuit
quel vide l’attire
le dilate

déploie l’absence
sur quoi bientôt se dessinent
les collines les arbres
les visages
et cette fleur
où dort la mer brillante

le temps s’étale
à travers l’espace
en tous sens

quand le point du jour
ouvre le sens
par où s’épanche
la lumière
l’éclat des yeux
la fournaise du solstice
et le soir qui ruisselle
avec les ombres

mais toujours
pointe le jour
un rien de jour
presque
rien.

(Jean Mambrino)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je me souviens (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



gallarda-enfant-jouant-de-la-flute1-800x600

Je me souviens

Je me souviens
de ces deux enfants
sur la place toute sonore
de lumière
non loin de l’Academia
par un jour blanc d’hiver

l’un jouait
de la flûte
l’autre d’un air grave
lui présentait
la page constellée

une mince fumée
de musique
montait dans le bleu de l’air
où tintaient des rires
encore mouillés
de leur naissance

un peu à l’écart
j’ai cru voir la mort
à genoux
qui cachait son visage
et ses larmes

mais ce regard
sévère et pur
ces doigts sur le bois léger
ce souffle cette petite âme

je ne savais pas
que c’était si simple
si pur.

(Jean Mambrino)

Illustration: Gallarda

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Un cri si faible (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



Un cri si faible

Un cri si faible
qu’il remplit
en un instant
le ciel

le premier cri
un simple
écho

du silence.

(Jean Mambrino)

Illustration: Te Wei

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le cri des hirondelles (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



Le cri des hirondelles

Le cri des hirondelles
m’illumine

dans l’odeur des prairies
les sources
sans fin commencent
l’aube s’ouvre

à l’intérieur
de ses pétales

les ailes glacées
dessinent seulement
le duvet
de l’origine

maintenant
avant toujours

commence
commence mon âme

crie.

(Jean Mambrino)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Réponse d’une épouse sage (Chang-Chi)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



Réponse d’une épouse sage

Connaissant, seigneur, mon état d’épouse,
Tu m’as envoyé deux perles précieuses,
Et moi, comprenant ton amour,
Je les posai froidement sur la soie de ma robe.
Car ma maison est de haut lignage,
Mon époux capitaine de la garde du Roi,
Et un homme comme toi devrait dire :
«Les liens de l’épouse ne se défont pas. »
Avec les deux perles, je te renvoie deux larmes,
Deux larmes, pour ne pas t’avoir connu plus tôt.

***

The Reply of a Good Wife

Knowing, my Lord, my status as wife,
You sent me two precious pearls,
And I, understanding your love,
I placed them coldly on the silk of my dress.
For my house is of high lineage,
My husband is captain of the Royal Guard,
And a man like you should say:
«The ties of a wife are not to be undone».
With the two pearls, I send you two tears,
Two tears for not having known you earlier.

(Chang-Chi)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Des fleurs font une broderie (Li-Ho)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



Des fleurs font une broderie

Des fleurs font une broderie sur le gazon.
J’ai vingt ans, le doux éclat du vin est dans ma tête,
Les glands d’or brillent au mors de mon coursier blanc,
Et la senteur du saule traîne sur le ruisseau.
Tant qu’elle n’a pas souri, ces fleurs sont sans rayons,
Quand ses tresses s’écroulent le paysage est gai ;
Ma main est sur sa manche, mes yeux sont sur ses yeux…
Va-t-elle me donner l’épingle de ses cheveux ?

***

Flowers become Embroidery

Flowers become embroidery on the lawn,
I am twenty, the gentle fire of wine is in my head,
The gold tassels shine on the bit of my white charger
And the scent of willow hangs on the stream.
As long as she smiles not, these flowers radiate not,
When her tresses fall down the countryside is joyful;
My hand is on her sleeve, my eyes are on her eyes…
Will she give me her hairpin?

(Li-Ho)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sarabande (René Chalupt)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



Sarabande

Les jets d’eau dansent des sarabandes
Sur l’herbe parfumée des boulingrins ;
Il y a des rumeurs de soie dans le jardin
Et de mystérieuses présences.
Sur le marbre rose d’une margelle
Trois tourterelles
Se sont posées,
Comme sur tes lèvres trois baisers ;
Leurs plumes s’effeuillent dans le bassin…
Les fleurs fraîches des marronniers
Neigent lentement sur tes seins
Et font frissonner ta chair nue,
Car tu es nue
Sous ton manteau.
Et c’est pour toi que les jets d’eau
Dansent de sveltes sarabandes,
Que le parc est plein de présences
Et que les tourterelles blanches,
Comme de vivantes guirlandes,
Viennent fleurir au bord de l’eau.

***

Saraband

The fountains dance sarabands
On the perfumed grass of the lawns;
There is a rustling of silk in the garden
And mysterious presences.
On the pink marbled edge
Three turtledoves
Have alighted
Like three kisses on your lips,
Shedding their feathers in the basin…
The new flowers of the chestnut trees
Snow down slowly onto your breasts
And make your nude flesh shiver,
For you are naked
Beneath your coat.
And it is for you that the fountains
Dance slender sarabands,
That the park is full of presences,
And that the white turtledoves
Like living garlands
Come to flower by the water’s edge.

(René Chalupt)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Accorder le corps et l’âme (Lao Tseu)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



Accorder le corps et l’âme
afin qu’ils voguent à l’unisson
et ne se séparent pas.
Concentrer sa force vitale
et la rendre docile
comme celle du nouveau-né.
Au-delà du réel,
scruter le miroir
poli par le regard de l’âme
et se laisser aspirer
par la lumineuse obscurité.
Ménager le peuple
sans intervenir.
Rester serein,
comme la femme,
lorsque s’ouvrent et se referment
les portes de l’existence.
Garder son ignorance
et voir les choses
dans leur lumière.
Donner la vie
et la protéger.
Produire sans s’approprier.
Agir sans rien attendre.
Diriger sans dominer.
Tel est le chemin
de la mystérieuse perfection.

(Lao Tseu)

Illustration: Cristina Pérez de Villar

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

ENTRE LES LIGNES (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



ENTRE LES LIGNES

Une cavale qui s’élance devant moi
La clé d’un départ peut-être
Dans cette allure se reconnaître
En avance de deux ou trois soleils

Grande gaîté que tout cela
Je n’ai plus entre les bras
Que la source d’un beau prodige

Être à la rue même en plein bois
Écoutez cette manière de dire
Qu’avec beaucoup de vide en poche
On se retrouve à découvert
Changeant de nom et de loi
Changeant de voix

Écoutez entre les lignes
Ce qui se décline en arpèges en énigmes
Une passion sans chemin de croix
Une merveille insigne
Un espoir à la désespérée
Dans une reprise de violoncelle

Grand décryptage que tout cela
Je n’ai eu qu’à ouvrir les bras
Pour accueillir ce nouveau livre

(André Velter)

Illustration: Salvador Dali

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

UN UNIVERS (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



UN UNIVERS

Ce n’est pas si secret que ça
La colère injuriée sur les genoux
La déveine pendue aux lanternes
Ce terrain tant déblayé
Qu’il m’a composé un royaume à la fin

Chaque matin il y va de mon sang
De l’évidence d’une énergie
De ce qui nargue les ans la mélancolie
En quittant au galop dans les dunes
L’encoignure d’une jalousie

Le jour donne sur un temple
Où je ne veux pas entrer
Son toit de pierre me suffit
Qui reflète l’onction et le sacre

En cet instant je suis un univers
Et sans douter de rien
Je remonte mes galaxies
Comme Alexandre sa cavalerie
Aux temps qu’il épousait Roxane

La caravane s’impatiente sous des auvents troués
Les bêtes et les hommes ont infiniment soif
Mais pas question de renoncer
Par une pluie de météores
La piste rêvée vaut de l’or

Il n’y a d’ailleurs qu’à se fier
Au poème de la dernière étoile
Et danser nu dans son histoire
La vie n’a plus de résurgence maintenant
Elle est d’un seul tenant

(André Velter)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :