Arbrealettres

Poésie

NUDITES (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



 

NUDITES

Tu m’as dit : Je veux être ta camarade;
Je veux entrer chez toi sans avoir peur de te troubler;
Nous passerons de longues soirées en causeries;
Nous penserons ensemble à nos frères qu’on tue;
Nous irons, à travers le cruel univers,
Découvrir un pays où reposer leur tête.
Mais je ne veux pas voir tes prunelles briller,
Ni les veines brûlantes de ton front se distendre,
Car je suis ton égale et non pas une proie.
Regarde! mes habits sont chastes, presque pauvres,
Et tu ne vois pas même la base de mon cou.

Moi je t’ai répondu : Femme, tu es nue.
Les cheveux de ton cou sont frais comme une coupe;
Ton chignon qui s’écroule palpite comme un sein;
Tes bandeaux sont lascifs comme un troupeau de chèvres…
Fais couper tes cheveux.

Femme, tu es nue.
Sur notre livre ouvert se posent tes mains nues;
Tes mains, la fin subtile de ton corps,
Tes mains sans bagues, qui vont toucher les miennes tout à l’heure.
Femme, mutile tes mains.

Femme, tu es nue.
Ta voix chantante de ta poitrine monte;
Ta voix, ton souffle, la chaleur elle-même de ta chair,
Qui sur mon corps s’étale, puis pénètre en ma chair.
Femme, arrache ta voix.

(André Spire)

Illustration: Alfred Joseph Woolmer

 

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