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Poésie

Archive for 10 novembre 2016

Te comparerai-je à un jour d’été ? (William Shakespeare)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016



 

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Te comparerai-je à un jour d’été ?
Tu es plus aimable et plus tempéré.
Les vents violents font tomber les tendres bourgeons de mai,
et le bail de l’été est de trop courte durée.

Tantôt l’œil du ciel brille trop ardemment,
et tantôt son teint d’or se ternit.
Tout ce qui est beau finit par déchoir du beau, dégradé,
soit par accident, soit par le cours changeant de la nature.

Mais ton éternel été ne se flétrira pas
et ne sera pas dépossédé de tes grâces.
La mort ne se vantera pas de ce que tu erres sous son ombre,
quand tu grandiras dans l’avenir en vers éternels.

Tant que les hommes respireront et que les yeux pourront voir,
ceci vivra et te donnera la vie.

***

Shall I compare thee to a summer’s day?
Thou art more lovely and more temperate:
Rough winds do shake the darling buds of May,
And summer’s lease hath all too short a date;
Sometime too hot the eye of heaven shines,
And often is his gold complexion dimm’d;
And every fair from fair sometime declines,
By chance or nature’s changing course untrimm’d;
But thy eternal summer shall not fade,
Nor lose possession of that fair thou ow’st;
Nor shall Death brag thou wander’st in his shade,
When in eternal lines to time thou grow’st
So long as men can breathe or eyes can see,
So long lives this, and this gives life to thee.

(William Shakespeare)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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CINQ PRIÈRES (NON ORTHODOXES) POUR UNE PETITE FILLE (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016




CINQ PRIÈRES (NON ORTHODOXES)
POUR UNE PETITE FILLE
(Extrait)

Matin

Merci, mon Dieu, pour mon sommeil!
Merci, mon Dieu, pour mes beaux rêves!
Merci, mon Dieu, pour la lune d’hier soir,
Les étoiles de la nuit,
Le soleil ce matin.
Merci, mon Dieu, pour mon réveil chantant,
Pour le réveil de maman,
Et que papa et ma poupée,
Tu sais, ils ont le réveil dur,
Se réveillent comme nous deux en riant.
Toi qui m’a donné des mains qui parlent,
Des pieds qui dansent,
Je vais faire pour toi trois cabrioles
Avant de sauter de mon lit.
Et pour que tu voies que je t’aime et te remercie,

(André Spire)

 

 

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MATIN (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016




MATIN

Le gars balance la pompe.
La fille balaye le seuil.
Le vent remue le rosier.

Le bon chien jappe, la porte s’ouvre.
Sur les branches du tamaris
La mésange craque son cri sec.
Les pots de la laitière sonnent.
Le boulanger pose son pain.
Un bras nu pousse le volet.

Dans le ciel déchiqueté d’arbres
Un nuage mauve s’effiloche…
Des gouttes tombent sur le jardin.

(André Spire)

Illustration

 

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Ils font souvent du bruit (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016




Ils font souvent du bruit
pour effrayer le temps jusqu’à
ce qu’il trotte plus vite.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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PIETA (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016




PIETA

« J’ai crié, j’ai souri,
Et j’ai tendu les bras.

« J’ai chanté, j’ai rêvé,
En regardant ses yeux.

« J’ai peigné ses cheveux,
Et j’ai coupé ses ongles.

« Et j’ai lavé son corps,
Et j’ai cousu ses langes.

« Son front chaud, son front moite,
J’ai essuyé son front.

« J’ai mesuré sa fièvre,
J’ai humecté ses lèvres.

J’ai suivi le cortège.
« Et j’ai veillé, je veille,

Le menton aux genoux,
Les paupières brûlantes;

« Les yeux secs, les yeux fixes,
Pleins de la chose froide,
Des petits os gisants qui sont sortis de moi. »

(André Spire)

Illustration

 

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BAISERS (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016




BAISERS

Vents qui avez tant de fois caressé mon visage,
Quels baisers aujourd’hui m’apportez-vous ?
Sur quels temples, sur quels corps vous êtes-vous caressés au passage ?

Où avez-vous cueilli ces étranges odeurs,
Ou d’amour, ou de mort ?

Quel rayon aspirant quelles eaux a formé votre souffle,
Pour sécher quelles larmes, quelles mares, quelles routes ?
Quels pollens portez-vous vers quelles avides fleurs ?

Vents, qui m’avez si souvent caressé le visage,
Qu’emportez-vous de moi, ce soir bleu pâle et gris,
Et vers quel autre front,
Mes chagrins ou mes rêves ?

(André Spire)

 

 

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Voulant écrire un récit en mouvement (Alain Veinstein)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016



 

Voulant écrire un récit en mouvement,
j’avais écrit:
rien / personne / nulle part / jamais.

(Alain Veinstein)

Illustration: Siegfried Zademack

 

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MOTS lNCANDESCENTS (Marie-Hélène de Moreuil)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016




MOTS lNCANDESCENTS

Je brûle chaque jour
De me dire.
Je crache des mots incandescents.
Je chasse mes émotions
Dans mon grand toboggan.
Je monte et je descends,
Dans un puits sans fond.
je suis l’oscillographe
De mes transformations.
Je ne peux m’arrêter
D’aller pêcher des mots,
Dans mon océan
Qui m’engloutit,
Tandis que je surgis
Tel un volcan.

(Marie-Hélène de Moreuil)

Illustration: Becca Mann

 

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NE… (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016




NE…

Quand je valais quelque chose,
Digue, digue, digue.
Quand je valais quelque chose,
Ne touche pas au feu,
Me disait le grand-oncle;

N’ouvrez pas cette armoire,
Me disait la servante;

N’approche pas du puits.
Me disait la grand-mère;
Ne marche pas si vite,
Tu te mettras en nage;

Ne cause pas en route,
Ne regarde pas en l’air;

Ne regarde pas à droite.
Il y a la fleuriste;

Ne regarde pas à gauche,
Il y a le libraire;

Ne passe pas la rivière,
Ne monte pas la colline,
N’entre pas dans le bois.

Moi j’ai pris mon chapeau
En éclatant de rire,
Mon manteau, mon bâton
En chantant : digue, digue!

La rivière, la colline,
Les grands bois, digue, digue!
Digue, digue les beaux yeux,
Et digue, digue les livres!

(André Spire)

Illustration: Édouard Debat-Ponsan

 

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Elle et moi (Radovan Ivsic)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016



Nous sommes assis sur la berge d’une rivière,
elle et moi.
Elle me parle,
et le murmure de ses paroles
devient un nuage de cerises
qui se pose sur mes cils.
Je respire calmement
et je pénètre dans les images
qu’elle aurait voulu me cacher.
Elle rit,
puis elle prend une montagne
et la pose sur mes lèvres,
entre nos baisers.

(Radovan Ivsic)


Illustration

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