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Poésie

Archive for 13 novembre 2016

Ce cyprès (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2016



Ce cyprès

Ce cyprès ne pousse pas
au-dehors
mais en lui-même
à l’intérieur
creuse son ciel
en s’élevant

l’air qui l’entoure
aussi solide
que la forêt là-bas
prend la substance
des feuillages
l’espace est vert massif
l’air est aussi une forêt
tout est posé sans mouvement
brille au-dedans

là où le ciel est prisonnier.

(Jean Mambrino)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Rien n’arrive aujourd’hui (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2016



Rien n’arrive aujourd’hui

Rien n’arrive aujourd’hui
et pourtant rien ne cesse
de venir
de l’avenir du passé
du fond du gouffre odorant

survient
s’épanouit
arrive arrive encore
afflue
en s’effaçant
approche sans bouger
aborde arrive
aux rives du présent
arrive comme en rêve
surgit sans s’imposer
apparaît comme on meurt

qu’est-ce donc qui m’arrive
je dérive
je demeure.

(Jean Mambrino)

Illustration: Gao Xingjian

 

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Transparents (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2016



Transparents

Transparents compacts
l’arbre mêlé de ciel
le romarin dans l’ombre bleue
ce mont
obscur à force de silence
l’éclat des oliviers
que le matin isole
et les îles tirées là-bas
de la substance de la mer

impossible de passer

seul celui qui dort
tel un mendiant
dehors
au pied des murailles de diamant
voit de toutes parts les portes
s’ouvrir
les failles les défilés les passages
qui mènent
de l’autre côté
où l’on débouche sur les mêmes collines
les mêmes arbres
la même mer

mais d’où vient alors
l’imperceptible différence ?

(Jean Mambrino)

 

 

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Toute la nuit (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2016



Toute la nuit

Toute la nuit
ces galopades ces délires
feuillages fracassés
par les sabots purs du vent

et soudain
le silence
visible jusqu’à l’horizon
les collines les pins la poussière
plus brillants que la mer

et la mer elle-même
plus nue que le matin
toute la création retient
son souffle
dans la stupeur

qu’est-ce qui se donne à voir enfin
dans les ténèbres de la lumière ?

(Jean Mambrino)

Illustration: Tina Palmer

 

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Pour être là (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2016



Pour être là

Pour être là
il faut être ailleurs
qu’en soi

l’âme prend la forme
de ce pin
la rondeur de l’azur
qui le façonne

ah la voici prise par le cri
d’une mésange qui tremble
le frémir de la cime de ce frêne
dont le signe
s’abandonne
tout est présent donné
à qui demeure offert

attentif attentionné
en attente

bien que tout soit là.

(Jean Mambrino)

 

 

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Ruisselantes d’aurore (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2016



Ruisselantes d’aurore

Ruisselantes d’aurore
tranquillement levées
toutes ensemble
une fois encore les créatures
surgissent du présent

se présentent

se montrent nues
s’exposent
se posent sur le présent
pour s’effacer
cet arbre que voile
sa nudité luisante
et qui s’ignore lui-même
n’est qu’une offrande
un pur présent

depuis toujours préparé.

(Jean Mambrino)

 

 

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Je communie (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2016



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Je communie

Je communie
au partage
au passage du secret
l’alouette
le passe aux collines
les meules au grand cyprès
comme l’odeur du foin est profonde !
le papillon au museau du chien
posé sur la pierre
le ciel aux fleurs
dans ce vase bleu
ébréché
il passe repasse
sans bouger
de l’un à l’autre d’une frontière
à l’autre
du présent
effaçant toute frontière
mieux que la brise
ou la pensée

le secret toujours offert
toujours ouvert

mais la branche l’insecte le rocher
ont l’ordre de se taire
pour un empire ils ne voudraient
le dire
ils le passent le repassent
sans bouger

partage partage
taisent les pierres
communie au partage
indivisé.

(Jean Mambrino)

Illustration

 

 

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Une guêpe maçonnière (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2016



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Une guêpe maçonnière

Une guêpe maçonnière
vient se poser
sous l’aisselle
de la vieille balustrade de pierre
qui règne sur le jour

la tête enfoncée dans l’orifice
d’un nid de terre grise
avec la glaise
et la salive des fleurs

elle façonne la caverne
de la vie
une goutte de vie
pour le miel à venir
éternisant l’été

c’était donc ici
le creux de l’origine

un simple point
un nid enfoui
au fond des voies lactées.

(Jean Mambrino)

Illustration

 

 

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Un doigt d’enfant (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2016



Un doigt d’enfant

Un doigt d’enfant
sur le piano ridé
quelque part dans un repli ombreux
de la demeure-aux-songes
interroge le silence
insiste creuse l’ivoire
comme si elle était seule au monde
invente au clair de la lune
alors que le soleil au-dehors
allongé sur le corps sombre et doré
des collines
les embrase
sous le cri des cigales en folie
et ce doigt de fraîcheur
puise goutte à goutte
l’eau vive
d’un puits sans fond
la musique du monde
une source seconde
sous la volupté
sous les larmes
l’eau vive de ce monde
qui n’est pas de ce monde
le ruissellement sacré

un doigt d’enfant posé
sur le corps de la terre
écoute le pouls qui bat.

(Jean Mambrino)

Illustration

 

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La merveille (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2016



La merveille

La merveille
les feuilles trempées de ciel
les fleurs les pierres noires
l’étincellement des collines
et les voix de ces quatre jeunes filles
comme des hirondelles
qui se croisent

au-delà
l’immensité délectable
au-delà au-delà du délectable
la percée
immobile

le consentement
à l’infime
à l’immense

la gaieté lumineuse des cimes

le silence en nous qui s’ouvre
et qui consent

maintenant
que tout commence

et le oui de l’âme
qui apprend à n’être

à naître.

(Jean Mambrino)

Illustration: Bo Bartlett

 

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