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Poésie

Archive for 21 novembre 2016

Traversée de la France (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



Traversée de la France

D’un champ l’autre, la terre écrit son poème,
insère les arbres sur les côtés,
nous laisse tisser nos sentiers
dans le monde autour des terres labourées.

Des fleurs lancent dans le vent des cris de joie,
l’herbe pousse, qui leur offre un lit douillet,
le ciel bleuit et salue, tilleul à la main,
le soleil file de douces chaînes.

Des hommes vont, qui ne sont pas perdus —
terre, ciel, lumière et forêt —
renaissants à chaque printemps,
jouent au jeu de la Toute-Puissance.

***

Fahrt durch Frankreich

Erde dichtet Feld an Feld,
flicht die Bäume ein daneben,
läßt uns unsere Wege weben
urn die Acker in die Welt.

Blüten jubeln in dem Winde,
Gras schiefß auf, sie weich zu betten,
Himmel blaut und grüsst mit Linde,
Sonne spinnt die sanften Ketten.

Menschen gehen unverloren —
Erde, Himmel, Licht und Wald —
jeden Frühling neugeboren
spielend in das Spiel der All-Gewalt.

(Hannah Arendt)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Les pensées viennent à moi (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



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Les pensées viennent à moi,
je ne leur suis plus étrangère.
Je m’ajoute à elles, en demeure,
comme un champ labouré.

***

Die Gedanken kommen zu mir,
ich bin ihnen nicht mehr fremd.
Ich wachse ihnen als Stätte zu
wie ein gepflügtes Feld.

(Hannah Arendt)

 Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Hélas, comme le temps passe vite (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



Hélas, comme le
temps passe vite,
sans s’arrêter
d’année en année
sur sa chaîne
il s’enfile.
Hélas, comme
bientôt nos cheveux
auront blanchi et seront dispersés.

Mais quand
brusquement
le temps se divise
en jour et en nuit,
quand notre coeur
s’attarde —
ne joue-t-il pas
avec le temps
l’éternité ?

***

Ach, wie die
Zeit sich eilt,
unverweilt
Jahr um Jahr
an ihre
Kette reiht.
Ach, wir bald
ist das Haar
weiß und verweht.

Doch, wenn die
Zeit sich teilt
jhlings in
Tag und Nacht,
wenn uns das
Herz verweilt —
spielt es nicht
mit der Zeit
Ewigkeit?

(Hannah Arendt)

 

 

 

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Incommensurable (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



Incommensurable, l’étendue, juste,
quand nous nous apprêtons à mesurer,
ce dont notre coeur avait ici pour mission de s’emparer.

Insondable, la profondeur, juste,
quand, approfondissant, nous sondons,
ce qui, dans notre chute, nous accueille comme fond.

Inaccessible, l’altitude, juste,
quand nos yeux s’épuisent à scruter
ce qui, flamme devenu, s’élève au-dessus du firmament.

Inévitable, la mort, juste,
quand, assoiffés d’avenir,
nous ne supportons pas le pur continu d’un instant.

***

Unermessbar, Weite, nur,
wenn wir zu messen trachten,
was zu fassen unser Herz hier ward bestellt.

Unergründlich, Tiefe, nur,
wenn wir ergründend loten,
was uns Fallende als Grund empfángt.

Unerreichbar, Höhe, nur,
wenn unsere Augen mühsam absehn,
was als Flamme übersteigt das Firmament.

Unentrinnbar, Tod, nur,
wenn wir zukunftsgierig
eines Augenblickes reines Bleiben nicht ertragen.

(Hannah Arendt)

 

 

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La tristesse est comme une lumière (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



La tristesse est comme une lumière dans le coeur allumée,
L’obscurité est comme une lueur qui sonde notre nuit.
Nous n’avons qu’à allumer la petite lumière du deuil
Pour, traversant la longue et vaste nuit, comme des ombres nous retrouver chez nous.
La forêt est éclairée, la ville, la route et l’arbre.

Heureux celui qui n’a pas de patrie ; il la voit encore dans ses rêves.

***

Die Traurigkeit ist wie ein Licht im Herzen angezündet,
Die Dunkelheit ist wie ein Schein, der unsere Nacht ergründet.
Wir brauchen nur das kleine Licht der Trauer zu entzünden,
Urn durch die lange weite Nacht wie Schatten heimzufinden.
Beleuchtet ist der Wald, die Stadt, die Strasse und der Baum.
Wohl dem, der keine Heimat hat; er sieht sie noch im Traum.

(Hannah Arendt)

 

 

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Justice et liberté (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



Justice et liberté,
Frères ne dites pas
Que l’aurore brille devant nous.
Justice et liberté
Frères osez
Demain nous rosserons le Diable à mort.

Venus des montagnes,
Montés des vallées,
Traînez le poids au pied :
Justice et liberté
Frères ne posez pas de questions
Nous seuls sommes le tribunal du monde.

Vastes terres,
Rues étroites,
Frères, c’est notre foulée.
Pleurer, rire,
Aimer, haïr,
Nous entraînons tous les dieux avec nous.

***

Recht und Freiheit,
Brüder sagt nicht
Vor uns scheint das Morgenrot.
Recht und Freiheit
Brüder wagt es
Morgen schlagen wir den Teufel tot.

Von den Bergen,
Aus den Tälern,
Schleppt am Fuß das Bleigewicht:
Recht und Freiheit
Brüder fragt nicht
Wir nun sind das Weltgericht.

Weite Lnder,
Enge Gassen,
Brüder, das ist unser Schritt.
Weinen, Lachen,
Lieben, Hassen,
Alle Götter ziehn wir mit.

(Hannah Arendt)

Illustration: Gao Xingjian

 

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Rêve (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



Rêve

Deux planches dans la haie,
deux racines dans la forêt,
deux arbres s’inclinent
devant l’apparition.

Dans le dos la tombe
et à droite l’enclos.
La clairière surgit
du tournant au bord du chemin.

Devant moi la prairie,
devant moi la clarté.
Mais d’où vient donc
cet endroit des plus familiers ?

Deux planches dans la haie,
deux racines dans la forêt,
deux arbres témoignent
de la force du rêve.

***

Traum

Zwei Latten im Zaun,
zwei Wurzeln im Wald,
zwei Baume verneigen sich
vor der Gestalt.

Im Rücken der Graben
und rechts das Gehege.
Die Lichtung entsteigt
der Biegung am Wege.

Vor mir die Wiese,
vor mir die Helle.
Woher kommt nur diese
vertrauteste Stelle?

Zwei Latten im Zaun,
zwei Wurzeln im Wald,
zwei Baume bezeugen
des Traumes Gewalt.

(Hannah Arendt)

Illustration

 

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Un jour, le crépuscule reviendra (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



Un jour, le crépuscule reviendra,
La nuit tombera des étoiles,
Nous serons, corps étendus,
Proches d’ici, loin d’ici.

Des ténèbres montent
De douces et brèves mélodies.
Écoutons-nous perdre nos habitudes,
Brisons enfin les rangs.

Voix au loin, proche chagrin — :
Toutes les voix de ces défunts
Que nous avions envoyés en courriers
Pour nous guider dans l’endormissement.

***

Einmal dämmert Abend wieder,
Nacht fällt nieder, von den Sternen,
Liegen wir gestreckte Glieder
In den Nähen, in den Fernen.

Aus den Dunkelheiten tönen
Sanfte kleine Melodeien.
Lauschen wir uns zu entwöhnen,
Lockern endlich wir die Reihen.

Ferne Stimmen, naher Kummer — :
Jene Stimmen jener Toten,
Die wir vorgeschickt als Boten
Uns zu leiten in den Schlummer.

(Hannah Arendt)

 

 

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Fin de l’été (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



Fin de l’été

Le soir m’a enveloppée
Aussi doux que velours, aussi lourd que souffrance.

Je ne sais plus ce que fait l’amour,
Je ne sais plus la braise des champs,
Tout veut prendre son envol
Pour ne me donner que le repos.

Je pense à lui et je l’aime,
Mais comme venu de lointaines contrées
Le je-viens-et-je-donne m’est étranger,
C’est à peine si je sais ce qui m’apeure.

Le soir m’a enveloppée
Ainsi doux que velours, aussi lourd que souffrance.
Et nulle part la révolte ne se dresse
Pour m’apporter nouvelles joie et tristesse.

Et tous les lointains qui m’ont appelée,
Et tous les hiers, profonds et clairs,
Ne peuvent plus me tromper.

Je sais une eau, abondante, étrangère.
Et une fleur que personne ne nomme,
Quoi d’autre peut encore me détruire ?

Le soir m’a enveloppée
Aussi doux que velours, aussi lourd que souffrance.

***

Spätsommer

Der Abend hat mich zugedeckt
So weich wie Samt, so schwer wie Leid.

Ich weiss nicht mehr, wie Liebe tut,
Ich weiss nicht mehr der Felder Glut,
Und alles will entschweben,
Um nur mir Ruh zu geben.

Ich denk an ihn und hab ihn lieb,
Doch wie aus fernem Land.
Und fremd ist mir das Komm und Gib,
Kaum weiß ich, was mich bannt.

Der Abend hat mich zugedeckt
So weich wie Samt, so schwer wie Leid.
Und nirgends sich Empörung reckt
Zu neuer Freud und Traurigkeit.

Und alles Weiter, das mich rief,
Und alles Gestern klar und tief,
Kann mich nicht mehr betoren.

Ich weiß ein Wasser, gross und fremd.
Und eine Blum’, die keiner nennt.
Was soil mich noch zerstören?

Der Abend hat mich zugedeckt
So weich wie Samt, so schwer wie Leid.

(Hannah Arendt)

Illustration

 

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Quand je contemple ma main (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



Penchée sur soi

Quand je contemple ma main
— Objet étranger qui me ressemble —
Je ne suis dans aucun pays,
Je ne suis soumise à aucun présent, aucun ici,
Je ne suis soumise à rien.

C’est comme si je devais braver l’univers,
Lequel peut bien passer impassible,
Sauf que plus aucun signe ne doit advenir.

Si je contemple ma main,
Qui m’est étrangement semblable,
Et une autre chose pourtant.
Est-elle plus que ce que je suis,
A-t-elle un sens plus éminent ?

***

In sich versunken

Wenn ich meine Hand betrachte
— Fremdes Ding mit mir verwandt —
Stehe ich in keinem Land,
Bin an kein Hier und Jetzt
Bin an kein Was gesetzt.

Dann ist mir als sollte ich die Welt verachten,
Mag doch ruhig die Zeit vergehen,
Nur sollen keine Zeichen mehr geschehen.

Betracht ich meine Hand,
Unheimlich nah mir verwandt.
Und doch ein ander Ding.
Ist sie mehr als ich bin
Hat sie höheren Sinn?

(Hannah Arendt)

 

 

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