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Poésie

Archive for 23 novembre 2016

Puis je courrai (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016



Puis je courrai comme autrefois je courais,
À travers prés, champs et forêts ;
Puis tu t’arrêteras comme un jour tu t’es arrêté,
Le plus tendre salut de la terre.

Puis on comptera nos pas
À travers le lointain et la proximité ;
Puis l’on racontera cette vie
Comme ayant été le rêve à jamais.

***

Dann werd’ ich laufen, wie ich einstens lid
Durch Gras und Wald und Feld;
Dann wirst Du stehen, wie Du einmal standst.
Der innigste Gruß von der Welt.

Dann werden die Schritte gezählt sein
Durch die Ferne und durch die Näh;
Dann wird dieses Leben erzählt sein
Als der Traum von eh und je.

(Hannah Arendt)

Illustration: Christophe Gilbert

 

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La blessure du bonheur (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016



La blessure du bonheur
veut dire stigmate, et non cicatrice.
Seule en témoigne
la parole du poète.
La fable écrite par lui
est demeure et non refuge.

***

Des Glückes Wunde
heißt Stigma, nicht Narbe.
Hiervon gibt Kunde
nur Dichters Wort.
Gedichtete Sage
ist Stätte, nicht Hort.

(Hannah Arendt)

Illustration

 

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Hermétiquement le poème concentre (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016



Hermétiquement le poème concentre,
Protège le coeur des sentiments adverses.
La coque, quand le noyau perce,
Montre au monde un intérieur condensé.

***

Dicht verdichtet das Gedicht,
schützt den Kern vor bösen Sinnen.
Schale, wenn der Kern durchbricht,
weis’ der Welt ein dichtes Innen.

(Hannah Arendt)

Illustration: Vladimir Kush

 

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Supporter la surabondance (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016



Supporter la surabondance
quand vagues et vagues se brisent,
se refuser le faire-voir,
persister dans le silence —
Ô Dieu, tu ne nous entends pas.

De la surabondance la voix de Dieu
ne nous sauve pas.
Elle ne parle qu’aux nécessiteux,
aux assoiffés, aux impatients.
Ô Dieu, ne nous oublie pas.

***

Den Überfluss ertragen
wenn Well’ um Well’ sich bricht,
das Zeigen sich versagen,
im Schweigen zu verharren —
O Gott, Du hörst uns nicht.

Aus Überfluss errettet
uns Gottes Stimme nicht.
Sie spricht nur zu den Darbenden,
den Sehnsüchtigen, den Harrenden.
O Gott, vergiss uns nicht.

(Hannah Arendt)

 

 

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En parfaite confiance au non-familier (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016



En parfaite confiance au non-familier,
Proche de l’étranger,
Là de l’éloigné,
Je pose mes mains dans les tiennes.

***

Ganz vertraut dem Unvertrauten,
Nah dem Fremden,
Da dem Fernen,
Leg’ ich meine Hände in die Deinen.

(Hannah Arendt)


Illustration

 

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Une fille et un garçon (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016



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Une fille et un garçon
Au bord du ruisseau et dans la forêt,
D’abord ils sont jeunes ensemble,
Puis ensemble ils sont vieux.

Dehors les années s’étendent
Et ce qu’on nomme la vie,
L’être-ensemble habite dedans,
Qui ne connaît ni la vie ni les ans.

***

Ein Mädchen und ein Knabe
Am Bach und im Wald,
Erst sind sie jung zusammen,
Dann sind sie zusammen alt.

Draußen liegen die Jahre
Und das, was man Leben nennt,
Drinnen wohnt das Zusammen,
Das Leben und Jahre nicht kennt.

(Hannah Arendt)

 

 

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Ce que nous sommes et paraissons (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016



Ce que nous sommes et paraissons,
Ah, qui cela regarde-t-il.
Ce que nous faisons et pensons,
Personne ne s’en offusque.

Le ciel est en flammes,
Clair le firmament
Au-dessus de l’être-ensemble
Qui ne connaît pas le chemin.

***

Was wir sind und scheinen,
Ach, wen geht es an.
Was wir tun und meinen,
Niemand stoß’ sich dran.
Himmel steht in Flammen,
Hell das Firmament
Über dem Beisammen,
Das den Weg nicht kennt.

(Hannah Arendt)

 

 

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La théorie des couleurs de Goethe (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016



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La théorie des couleurs de Goethe

Jaune est le jour.
Bleue est la nuit.
Verte l’étendue du monde.
Lumière et ténèbres se marient
dans l’obscurité comme dans la clarté.
La couleur fait apparaître l’univers,
les couleurs séparent les choses des choses.

Quand la pluie et le soleil
las de la querelle des nuées
unissent encore la sécheresse
et l’humidité dans les noces des couleurs,
l’obscurité luit autant que la clarté —
Du ciel une arche rayonne,
Notre oeil, notre monde.

***

Goethes Farbenlehre

Gelb ist der Tag.
Blau ist die Nacht.
Grün liegt die Welt.
Licht und Finsternis vermählen
sich im Dunklen wie im Hellen.
Farbe lässt das All erscheinen,
Farben scheiden Ding von Ding.

Wenn der Regen und die Sonne,
ihrer Wolkenzwiste made,
noch das Trockne und das Nasse
in die Farbenhochzeit einen,
glänzet Dunkles so wie Helles —
Bogenförmig strahlt vom Himmel
Unser Auge, unsere Welt.

(Hannah Arendt)

 

 

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Humidité de la terre (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016



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Humidité de la terre
Vapeur de la terre
Doux réchauffement terrestre
Flocons qui montent
Jusqu’à l’art des nuées
En suspension visible dans l’éloigné.

Chaleur du coeur
Faveurs du coeur
Émotion qui respire avec ferveur
Soupir léger
Comme la vapeur des nuées
Émotion à l’audible tremblement.

***

Erdennässe
Erdendunst
Süßes irdisches Gewärmtsein
Flockt empor
Zur Wolkenkunst —
Sichtbar schwebend im Entferntsein.

Herzenswärme
Herzensgunst
Innig atmendes Gefühltsein
Seufzer leicht
Wie Wolkendunst
Hörbar zitterndes Gerührtsein.

(Hannah Arendt)

 

 

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La barque et le rivage (Shiki)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016



 

barque

La barque et le rivage
bavardent
longue journée

(Shiki)

Illustration

 

 

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