Arbrealettres

Poésie

LA MENACE (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2016



LA MENACE

Vous aimerez un jour peut-être ce visage
Qui vous plaît aujourd’hui
Par le trouble, le mal, l’angoisse et le ravage
Que vous faites en lui.
Car vous aurez alors pour l’œuvre de vos charmes
Un douloureux regret
Et ce temps vous verra maudire avec des larmes
Ce que vous aurez fait.
À ces yeux détournés, à cette bouche lasse,
Vous chercherez en vain
Que l’amer souvenir disparaisse et s’efface
De votre long dédain.
A moins que par orgueil, luttant contre vous-même
Vous vous disiez tout bas :
Que m’importe qu’il souffre et qu’il pleure et qu’il m’aime
Puisque je n’aime pas ?
Et, pour de cette image importune et morose
Éloigner votre esprit
Vous cueillerez l’odeur de la plus rouge rose
Que Juin gonfle et mûrit.
Vous penserez à vous et à votre jeunesse
Et à votre beauté.
À la langueur, à la couleur, à la tendresse
De ce beau ciel d’été.
À des pays lointains, à des villes lointaines
Au-delà de la mer.
À des palais, à des jardins, à des fontaines
Qui s’élèvent dans l’air.
Vous fermerez en vain sur ces beaux paysages
Vos yeux, et malgré vous
Vos yeux se rouvriront pour revoir ce visage
Qui vous sera plus doux,
Plus doux que le printemps et plus doux que l’automne,
Que la terre et le ciel,
Plus doux que cette lune ardente, courbe et jaune,
Couleur d’ambre et de miel

***

THE THREAT

Perhaps one day you will like this face
That pleases you today
For the trouble, the harm, the anguish and the havoc
You make in it.
For then you would have as the work of your charms
Painful regret
And this time will see you tearfully curse
What you have done.
From these eyes turned aside, from this tired mouth,
You will in vain try to make
The bitter memory disappear and fade away
Of your long disdain.
Unless through pride, struggling against yourself
You say under your breath:
What if he suffers and if he weeps and if he loves me
Since I do not love him?
And, from this importunate and gloomy image
To distance your mind,
You will gather the fragrance of the reddest rose
That June swells and matures.
You will think of yourself and your youth
And of your beauty.
Of the languor, of the colour, of the tenderness
Of this beautiful summer sky.
Of distant countries, of distant cities
Beyond the sea,
Of palaces, of gardens, of fountains
That rise into the air.
In vain to these beautiful landscapes will you close
Your eyes, and despite yourself
Your eyes will open again to see this face
That will be gentler to you,
Gentler than spring and gentler than autumn,
Than the earth and the sky,
Gentler than this ardent moon, crescent and yellow,
The colour of amber and of honey.

(Henri de Régnier)

Illustration

 

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