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Poésie

Archive for 27 novembre 2016

L’étourdie (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2016




L’étourdie

Dimanche, j’ai perdu mon chien.
Mercredi, j’ai perdu mon dé.
Jeudi mon cahier de dessin.
Vendredi, j’ai perdu mes clés.
« Que va-t-elle perdre demain ? »
Pense sa mère épouvantée.

Hélas ! C’est vrai, j’ai un peu peur
Pour mon nouveau mouchoir à fleurs,
Je suis tellement étourdie !
Que vais-je oublier samedi ?
J’aurais déjà perdu mon nez
S’il n’était pas si bien attaché.

(Maurice Carême)

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Je l’aime (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2016



Je l’aime

Je l’aime, comme on aime un beau vers de poète,
Qui chante clair comme un pinson,
Et que l’âme ravie avec ferveur répète, –
Pour la douceur de sa chanson.

Je l’aime, comme on aime une fleur fine et frêle
Qui paraît exquise à chacun,
Et qui charme encor plus lorsqu’on s’approche d’elle, –
Pour la douceur de son parfum.

Je l’aime, comme on aime une fleur, un vers tendre,
Comme une étoile au ciel d’été,
Comme tout ce qu’on aime aussi sans le comprendre, –
Pour la douceur de sa beauté !

(Albert Lozeau)

 

 

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Causerie féminine (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2016



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Causerie féminine

Aujourd’hui, le salon est plein de jeunes filles
Aux yeux noirs, aux yeux gris,aux yeux bleus, et gentilles
Elles causent très haut de bijoux enchantés ;
Elles causent surtout de puérilités.
De cette foule monte un parfum de fleurs mortes,
Tiède et trop fort, formé d’extraits de toutes sortes.
Elles causent, – leurs cœurs ne sont pas indulgents –
Et médisent avec plaisir des jeunes gens.
Elles se font des compliments sur leurs toilettes,
Et projettent toujours de nouvelles emplettes,
Et mutuellement se disent des secrets
Que chacune répète à l’autre, une heure après.
Le ton s’élève… On cause… Est-ce qu’on va se battre ?
Elles sont bien quatorze ou quinze… Elles sont quatre.

(Albert Lozeau)

 

 

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Bonheur rêvé (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2016



Bonheur rêvé

J’aurai pour vous aimer des tendresses nouvelles,
Des sourires plus doux des lèvres et des yeux
Que vous enfermerez dans votre cœur joyeux,
Comme de blancs oiseaux qu’on prive de leurs ailes.

Et vous aurez pour moi des grâces maternelles,
Des baisers délicats, des mots délicieux,
Des consolations apprises dans les cieux,
Avant votre venue en nos plaines mortelles.

Nous irons l’un et l’autre en l’azur infini
D’un rêve intérieur que n’aura pas terni
La réalité sombre au malheur condamnée.

Vous me direz : Mon frère, et je dirai : Ma sœur,
En savourant l’oubli du mal et la douceur
D’être l’âme qui va par la vôtre menée.

(Albert Lozeau)

 

 

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L’attente (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2016



L’attente

Mon cœur est maintenant ouvert comme une porte.
Il vous attend, ma Bien-Aimée : y viendrez-vous ?
Que vous veniez demain ou plus tard, que m’importe !
Le jour, lointain ou proche, en sera-t-il moins doux ?

Ce n’est point un vain mal que celui de l’attente ;
Il conserve nouveau le plus ancien désir.
L’inattendu bonheur dont la venue enchante
Passe ; à peine en a-t-on su goûter le plaisir,

Et l’on s’en va criant l’inanité des choses,
Pour ne s’être jamais aux choses préparé :
Insensé, qui repousse un frais bouquet de roses,
Accusant le parfum qu’il n’a pas respiré.

Une heure seulement de pure jouissance,
Pourvu que Dieu m’accorde un quart de siècle entier
De rêve intérieur et de jeune espérance,
Pour méditer sur elle et pour l’étudier,

Pour ordonner l’instant suprême qui décide,
Pour que rien ne se perde et que tout soit joui
Jusqu’à la moindre miette, et que le temps rapide
S’envole, n’emportant que de l’évanoui !

Une heure suffira. J’aurai vécu ma vie
Aussi pleine qu’un fleuve au large de son cours,
L’ayant d’une heure, mieux que de jours fous, emplie ;
D’une heure, essence et fruit substantiel des jours !

Mon cœur est maintenant ouvert comme une porte.
Il vous attend, ma Bien-Aimée : y viendrez-vous ?
Que vous veniez demain ou plus tard, il n’importe !
Mon attente d’amour fera de telle sorte

Que mon lointain bonheur en deviendra plus doux.

(Albert Lozeau)

 

 

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La terre maternelle (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2016



La terre maternelle

Je ne sais quel regret m’étreint devant la terre
Que je n’ai contemplée, hélas, qu’en solitaire,
De trop loin, de trop haut, – la terre de chez nous,
La terre que j’aurais baisée, à deux genoux,
Sur laquelle, attentif à découvrir ses charmes,
J’aurais versé mon cœur et, peut-être, mes larmes !
Je l’aurais prise et respirée, entre mes mains,
La bonne terre brune, et si chère aux humains,
La terre qui les porte et les prend et les garde,
Afin que chaque mort de plus près la regarde.
Un jour, s’accompliront enfin mes vœux ardents,
Car je la connaîtrai quand je serai dedans !

(Albert Lozeau)

 

 

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Il y aura toujours quelque part (Yves Artufel)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2016



Il y aura toujours quelque part
dans mon crâne
ces nuages
que je prenais
pour des montagnes
quand j’étais gamin.

(Yves Artufel)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

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À Jenny (Napoléon Aubin)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2016



À Jenny

Je ne veux plus être fidèle,
Le changement fait le bonheur;
L’amour doit voltiger de belle en belle,
Le papillon de fleur en fleur.

J’avais, d’une trop aimable amie,
Fait choix pour embellir mes jours,
La croyant simple autant que jolie,
J’espérais être aimé toujours.
Mais ah! quel douloureux moment,
Lorsque je vis que bien souvent,
Le soir un autre amant
S’offrant,
Charmait celle que durant ma vie
J’aurais adoré constamment.
Je ne veux plus être fidèle,
Le changement fait le bonheur;
L’amour doit voltiger de belle en belle,
Le papillon de fleur en fleur.

Désormais, je n’aurai plus d’alarmes,
De transports, de soupçons fâcheux;
Mes yeux ne verseront plus de larmes,
Qu’au souvenir de jours heureux.
Oui, je suis sûr que chaque instant,
L’amour est un cruel tourment;
Pour un fidèle et constant
Amant,
Sa belle, à ses yeux, n’a de charmes,
Qu’autant qu’elle aime constamment.
Je ne veux plus être fidèle,
Le changement fait le bonheur;
L’amour doit voltiger de belle en belle,
Le papillon de fleur en fleur.

Cependant, si jamais l’infidèle
Revenait à moi quelque jour,
J’oublierais tout; car elle est si belle!
Toujours on pardonne à l’amour.
Mais je crains cet objet charmant :
Pourrais-je croire à ses serments?
Ne suis-je pas dès longtemps
Souffrant?
Je sais que jamais la cruelle
Ne saurait aimer constamment.
Je ne veux plus être fidèle,
Le changement fait le bonheur;
L’amour doit voltiger de belle en belle,
Le papillon de fleur en fleur.

(Napoléon Aubin)

 

 

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Automne (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2016



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Automne

Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux
Et son boeuf lentement dans le brouillard d’automne
Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux

Et s’en allant là-bas le paysan chantonne
Une chanson d’amour et d’infidélité
Qui parle d’une bague et d’un coeur que l’on brise

Oh! l’automne l’automne a fait mourir l’été
Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises

(Guillaume Apollinaire)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration: Niko Pirosmani

 

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Le crabe amoureux (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2016




Le crabe amoureux

Un crabe aimait une méduse
que l’éloquence du lourdeau
rendit bientôt toute confuse.

« Belle dolente entre deux eaux,
disait le crabe usant de ruse,
Soyez la Muse des Tourteaux!
Je jouerai de la cornemuse
et vous deviendrez sur les flots
le château d’eau où l’on s’amuse! »

Il offrit sa pince en cadeau.
« Pour te croire, dit la Méduse,
j’attendrai que tu sois manchot! »

(Pierre Béarn)

Illustration

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