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Poésie

Archive for 6 décembre 2016

Voulez-vous une métaphore de la vie et de la mort ? (Hanshan)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Voulez-vous une métaphore de la vie et de la mort ?
Mettez en parallèle l’eau avec la glace.
Que l’eau se fige et elle devient glace,
Que la glace fonde et elle redevient eau.
Ce qui est mort doit forcément renaître
Ce qui quitte la vie s’en retourne à la mort.
L’eau et la glace ne se causent aucun mal ;
Vie et mort, l’une et l’autre, possèdent leur beauté.

(Hanshan)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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En écoutant une cloche (Jiaoran)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



En écoutant une cloche

Dans le vieux monastère, tout en-haut du Mont-Froid,
La cloche lointaine semble voler dans le vent.
Le son en ébranle les arbres et la lune,
Quand le vent s’est calmé, c’est le vide d’un ciel gelé.
La nuit n’en finit pas; moi bonze solitaire,
Je ressens le froid qui gagne mon cœur.

(Jiaoran)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

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Dans le monde, je suis oisif (Lohan Heshang De Hangzhou)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



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Dans le monde, je suis oisif,
Pour les hommes, un bonze bizarre.
Qu’ils se rient de moi à loisir
Partout je bondis librement.

(Lohan Heshang De Hangzhou)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration

 

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Aliment (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Aliment

Assis au banquet des Muses, mon couvert
fut très frugal, inapaisée fut ma faim.
C’était une ration pour oiseau, cuiller
presque vide… Pourtant surgissait sans fin
une autre table, blanche, qui tout offrait
dans un sourire aimablement au palais.
Souper de solitude et de vent… Muet,
propriétaire de l’air, je dévorais.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Maurice Denis

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Le Plein et le Vide (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Le Plein et le Vide

Oh si je me souviens et combien.
Et si je ne me souvenais pas?
Autre serait mon âme,
bien différent mon visage.

Oh comme j’oublie et combien.
Et si je n’oubliais pas?
Je serais l’homme-étonnement,
sans tête déambulant.

Oh comme j’oublie et me souviens,
comme je me souviens et oublie,
par flux égaux
et simultanés enlacements.
Mais comment puis-je, à la fin,
recomposer mes déguisements?

Quel coffret étrange recèle
en moi sa brume et ses cendres,
son patrimoine de flammes,
tandis que la vie confère
sa limite, et que chaque heure
est une heure dévolue
dans la balance de la mémoire
qui pleure et qui rit, partagée?

(Carlos Drummond de Andrade)

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Victoire (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Victoire

I
Comme si je voulais
abattre en soufflant une tour de fer.
Comme si j’espérais
entrer dans ses yeux et me sourire.
Comme si j’éprouvais
pour moi l’amour qu’elle n’éprouve pas
et que j’étais elle en train de l’éprouver, à mesure
que mon visage se montrerait aimé.
Six mois d’une telle bataille perdue sans avoir commencé.

II
Non, cet amour n’a pas de sens.
Mon cœur bat le pavé.
Le pavé, en ne répondant pas,
avive mon amour.
Non, cet amour n’a pas de sens.
Six mois enfin révolus
je mérite d’atteindre la bouche
souriante-négative
qui dansonne dans ma poitrine.
Ce fut dans ce couloir.
Ce soir-là. En cette
minute-là sans aucune fleur
entre des panneaux bureaucratiques
de parfait désamour.
Fut-ce concession à la fatigue?
Récompense au mérite?
Allez savoir. L’amour
s’est enivré du baiser
que je lui ai donné et que je me suis donné
sur sa bouche glaciale.
Ce fut rien. Ce fut tout?

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Albert Edelfelt

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Nous sommes le paysage du paysage (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Ouvrir un portail. Il grince. Indifférent.
Une vache-silence. Je ne la regarde même pas.
Un jour ce silence-vache, ce grincement
battront en moi, parfaits,
existant de face,
de dos, de profil,
absolument tangibles. Quelqu’un demande à côté:
qu’est-ce que tu as?
Et je n’ai rien
hormis le bruit-portail, la vache silencieuse.

Paysage, pays
fait de pensée du paysage,
dans la créative distance espacetemps,
en marge des gravures, des documents,
lorsque les choses existent avec violence
plus que nous n’existons: elles nous peuplent
et nous regardent, nous fixent. Contemplés,
soumis, d’elles nous sommes la pâture,
nous sommes le paysage du paysage.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: ArbreaPhotos

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Cours de Français (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Cours de Français

Cette Hélène qui trouble et l’Europe et l’Asie,
mais le professeur est distrait,
il ne voit pas que toute la classe s’éloigne
des sévères beautés de Racine.
On chuchote, on échange des billets et des ricanements.
Celui-ci dessine l’éternelle fille nue
qui quelque part existe, et qu’il n’a jamais vue.
Un autre disparaît sous son pupitre.
Les barbares. Est-ce qu’il vaut bien la peine
d’offrir du sublime à ces sauvages?

Le Professeur Arduino Bolivar
visage fermé, livre ouvert.
11 ne les méprise pas. Même il les aime.
Us peuvent faire ce qu’ils veulent.
Il navigue seul, sur une mer antique,
la douce navigation d’être seul.
La cloche sonne.
Fini le voyage, dans le vacarme
des pupitres et des pieds.
Le professeur s’en retourne au rigide
système métrique décimal des rues de Belo Horizonte.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Gustave Moreau

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Ouvroir irrité (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Ouvroir irrité

Je veux composer un sonnet qui soit dur
comme nul poète en n’oserait écrire.
Un sonnet je veux peindre qui soit obscur,
qui soit sec, confiné, difficile à lire.

Et je veux que mon sonnet, dans l’avenir,
n’éveille en quiconque le moindre plaisir.
Et que dans son air immature et méchant,
il sache être et n’être pas en même temps.

Ce verbe mien antipathique et impur
devra déranger, devra faire souffrir,
tendon de Vénus dessous le pédicure.

Personne ne s’en souviendra: tir perdu,
chien pissant sur le chaos, pendant qu’Arctus,
énigme claire, se laisse découvrir.

(Carlos Drummond de Andrade)

Illustration

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Premier Conte (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Premier Conte

L’enfant qui a le tourment
non du pouvoir ou de gloire
mais de délivrer la chose
dans son cœur dissimulée
écrit sur son cahier
et raconte vaguement
à la manière d’un rêve
sans nulle forme ni sens
cela qu’il ne connaît pas.

Sur la page on voit la tache
de l’encrier renversé
mais si pâle devenue
qu’elle n’est plus même tache.
Qui déchiffrera derrière
l’écriture de l’enfant,
maintenant que l’homme sait
dire ce qui dans son cœur
ne se dissimule plus ?

(Carlos Drummond de Andrade)

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