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Poésie

Archive for 9 décembre 2016

Il n’y a pas de silence (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



Il n’y a pas de silence.

Penser n’est pas silence,
une chose n’est pas silence,
la mort n’est pas silence.

Etre n’est pas silence..

Aux alentours de ces faits
il n’y a que lambeaux de nostalgie :
la nostalgie du silence
qui peut-être un jour exista.
Ou peut-être n’exista jamais
et peut-être devons-nous le créer ?

(Roberto Juarroz)

 

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Un bourdonnement de fond (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



Un bourdonnement de fond

témoigne de la présence des choses.
Nous avons besoin de la parole et du vent
pour le supporter.

Un bourdonnement de fond
dénonce l’absence des choses.
Nous devons inventer une autre mémoire
pour ne pas devenir fous.

Un bourdonnement de fond
annonce qu’il n’y a rien
qui ne puisse exister.
Nous avons besoin d’un silence doublé de silence
pour admettre que tout existe.

Un bourdonnement de fond
souligne le froid et la mort.
Nous avons besoin de la somme de tous les chants,
du résumé de tous les amours
pour pouvoir apaiser ce bourdonnement.

Ou bien un soir,
sans autre condition que son ajour,
un oiseau viendra se poser sur l’air
comme si l’air était une branche.
Alors cesseront tous les bourdonnements.

(Roberto Juarroz)


Illustration: Giotto

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Débaptiser le monde (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



Débaptiser le monde,
sacrifier le nom des choses
pour gagner leur présence.
Le monde est un appel nu,
une voix, pas un nom,
une voix porteuse de son propre écho.

Et la parole de l’homme est une part de cette voix,
non pas un signe du doigt
ni une étiquette d’archive
ni un profil de dictionnaire
ni une carte d’identité sonore
ni un drapeau indicatif
de la topographie de l’abîme.

L’office de la parole,
au-delà de la petite misère,
de la petite tendresse en désignant ceci ou cela,
est un acte d’amour: créer de la présence.

L’office de la parole
est que le monde puisse dire le monde,
que le monde puisse dire l’homme.

La parole: ce corps vers tout.
La parole: ces yeux ouverts.

(Roberto Juarroz)


Illustration: René Magritte

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Alors peut se produire l’inespéré, que le ciel et l’enfer se rejoignent (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



Même en ouvrant bien les yeux,
nous ne voyons le ciel qu’à travers de petits orifices
par où se déverse aussi l’enfer.

Le ciel, par contre, ne se déverse pas.
Il faut attendre le moment juste
et se déverser en lui
quand les petits orifices
ne sont pas obstrués par le flux de l’enfer.

Alors peut se produire l’inespéré,
que le ciel et l’enfer se rejoignent,
s’effacent comme deux saisons provisoires
et que surgisse enfin l’autre en son éclat,
le bouquet fait de toutes les fleurs,
le chemin qui va partout,
l’expression qui sert pour tous les gestes,
le repos qui soutient toutes les quiétudes,
la création sans la limite d’aucun créateur.

(Roberto Juarroz)

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Un poème sauve un jour (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



Un poème sauve un jour.

Plusieurs poèmes pourront-ils
sauver la vie entière?
Ou suffit-il d’un seul?

Tout ce qui sauve
pose ce dilemme.
Le résoudre est la clé
du hasard de se sauver.

(Roberto Juarroz)


Illustration: Odilon Redon

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Ne pas dire le poème (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



Ne pas dire le poème.
Le laisser s’échapper
par les confins trop immédiats
de la vie qui s’en va
comme un enfant fatigué de ses jeux.

Préserver pour une fois le poème
dans son état premier
jusqu’à renoncer à sa lumière et à son ombre,
pour éviter qu’il ne se défasse
en tristes granules de péripéties désertées.

Ne pas dire le poème,
pour qu’il continue de se dire ailleurs.
Ou pour qu’il nous travaille d’en-bas,
comme un fond parfumé d’images.

(Roberto Juarroz)

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Le rêve (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



Le plafond du rêve
est peint d’une couleur étrangère au rêve.

Le plancher du rêve
porte trace de lointaines latitudes.

La demeure du rêve
est voisine d’autres demeures
faites de matériaux différents.

Et l’habitant du rêve
a l’étrange conviction
de n’être pas né là.

Les rôles semblent permutés
et les fonctions interverties.
Tout rêve doit être remplacé par un autre.
Mais l’inévitable échange n’est pas un rêve.

(Roberto Juarroz)

Illustration: Claude Verlinde

 

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Qui rêve lorsque je rêve? (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



Qui prend en moi l’initiative
quand je ne suis pas en moi?

Qui rêve lorsque je rêve?
Qui me réveille dans le néant?
Qui veille sur mes yeux non-voyants?

Nous ne sommes que des invités
dans notre propre maison.
Mais nous aurons peine à la quitter
comme si nous en étions les maîtres.

(Roberto Juarroz)


Illustration: Favien Hommet

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La science allonge la vie (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



 

La science allonge la vie.
Mais comment raccourcir la mort ?

(Roberto Juarroz)

Illustration: Félix Nadar

 

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Les paradis perdus n’existent pas (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



 

Les paradis perdus n’existent pas.
Le paradis est une chose qui se perd tous les jours,
comme se perdent tous les jours la vie,
l’éternité et l’amour.

Ainsi perdons-nous également l’âge
qui semblait croître
et pourtant diminue chaque jour.
car le compte est à l’envers.
Ou ainsi se perd la couleur de ce qui existe,
en descendant comme un animal bien dressé
marche par marche,
jusqu’à ce que nous soyons sans couleur.

Et comme nous savons au surplus
que les paradis futurs non plus n’existent pas,
il ne reste alors d’autre issue
que d’être le paradis.

*

No existen paraísos perdidos.
El paraíso es algo que se pierde todos los días,
como se pierden todo los días la vida,
la eternidad y el amor.

Así tambien se nos pierde la edad,
que parecía crecer
y sin embargo disminuye cada día,
porque la cuenta es al revés.
O así se pierde el color de cuanto existe,
descendiendo como un animal amaestrado
escalón por escalón,
hasta que nos quedamos sin color.

Y ya que sabemos además
que tampoco existen paraísos futuros,
no hay más remedio, entonces,
que ser el paraíso.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com

Illustration: Rodolfo Arellano

 

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