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Poésie

Archive for 9 décembre 2016

Je vais chercher maintenant le dos de dieu (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



Je ne sais si tout est dieu.
Je ne sais si quelque chose est dieu.
Mais toute parole nomme dieu:
soulier, grève, coeur, autobus.

Et plus,
autobus incendié,
vieux soulier,
grève générale,
coeur près des ruines.
Et plus encore,
autobus sans homme,
soulier sans semelle,
grève générale des morts,
coeur dans les ruines de l’air.
Et plus encore,
autobus immobile pour dieux,
soulier pour aller dans les mots,
grève des morts en guenilles,
coeur au sang des ruines.

Et plus.
Mais n’importe.
J’ai fini de prier.
Je vais chercher maintenant le dos de dieu.

(Roberto Juarroz)


Illustration: Vincent Van Gogh

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Son regard (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



Son regard
Dit ce qu’elle pense

De son intérieur,
De son apparence.

(Guillevic)

Illustration: Edward John Poynter

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Je m’allongerai sous tes paupières (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



Je m’allongerai sous tes paupières.
Lorsque tu les baisseras pour t’endormir,
je lancerai de l’or dans ton sommeil.
De l’or et des songes pareils à des nuages.

(Christian Bobin)

Illustration: Constantin Brancusi

 

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Il était une fois un arbre (Shel Silverstein)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016


arbre_genereux

Il était une fois un arbre… qui aimait un petit garçon.
Et le garçon venait le voir tous les jours.
Il cueillait ses feuilles
et il s’en faisait des couronnes pour jouer au roi de la forêt.
Il grimpait à son tronc et se balançait à ses branches
et mangeait ses pommes
Et puis ils jouaient à va-te-cacher.
Quand il était fatigué il dormait dans son ombre.
Et le garçon aimait l’arbre… énormément.
Et l’arbre était heureux.

Mais le temps passa. Et le garçon grandit.
Et l’arbre resta souvent seul.
Puis un jour le garçon vint voir l’arbre
et l’arbre lui dit :
« Approche-toi, mon garçon, grimpe à mon tronc
et balance-toi à mes branches
et mange mes pommes et joue dans mon ombre
et sois heureux. »
« Je suis trop grand pour grimper aux arbres
et pour jouer », dit le garçon.
« Je veux acheter des trucs et m’amuser.
Je veux de l’argent.
Peux-tu me donner de l’argent ? »
« Je regrette », dit l’arbre, « mais je n’ai pas d’argent.
Je n’ai que des feuilles et des pommes.
Prends mes pommes, mon garçon, et va les vendre en ville.
Ainsi tu auras de l’argent et tu seras heureux. »
Alors le garçon grimpa dans l’arbre, cueillit les pommes
et les emporta.
Et l’arbre fut heureux.

Mais le garçon resta longtemps sans revenir…
Et l’arbre devint triste.
Puis un jour le garçon revint; l’arbre trembla de joie et dit :
« Approche-toi, mon garçon, grimpe à mon tronc
et balance-toi à mes branches et sois heureux. »
« J’ai trop à faire pour grimper aux arbres », dit le garçon.
« Je veux une maison qui me tienne chaud », dit-il.
« Je veux une femme et je veux des enfants, j’ai donc besoin d’une maison.
Peux-tu me donner une maison ? »
« Je n’ai pas de maison », dit l’arbre.
« C’est la forêt ma maison, mais tu peux couper mes branches
et bâtir une maison.
Alors tu seras heureux.»
Le garçon lui coupa ses branches et les emporta pour construire sa maison.
Et l’arbre fut heureux.

Mais le garçon resta longtemps sans revenir.
Et quand il revint l’arbre fut tellement heureux qu’il put à peine parler
« Approche-toi mon garçon », murmura-t-il; « viens jouer. »
« Je suis trop vieux et trop triste pour jouer », dit le garçon.
« Je veux un bateau qui m’emmènera loin d’ici. Peux-tu le donner un bateau ?
« Coupe mon tronc et fais un bateau », dit l’arbre.
« Ensuite tu pourras t’en aller… et être heureux. »
Alors le garçon lui coupa le tronc et en fit un bateau pour s’en aller.
Et l’arbre fut heureux… mais pas tout à fait.

Et très longtemps après le garçon revint encore.
« Je regrette, mon garçon », dit l’arbre, « mais il ne me reste plus rien à te donner… »
« Je n’ai plus de pommes. »
« Mes dents sont trop faibles pour des pommes », dit le garçon.
« Je n’ai plus de branches », dit l’arbre. « Tu ne peux plus t’y balancer. »
« Je suis trop vieux pour me balancer aux branches », dit le garçon.
« Je n’ai plus de tronc », dit l’arbre. « Tu ne peux pas grimper. »
« Je suis trop fatigué pour grimper aux arbres », dit le garçon.
« Je suis navré », soupira l’arbre. « J’aimerais bien te donner quelque chose…
mais je n’ai plus rien. Je ne suis qu’une vieille souche.
Je suis navré… »
« Je n’ai plus besoin de grand-chose maintenant », dit le garçon,
« juste un endroit tranquille pour m’asseoir et me reposer. Je suis très fatigué. »
« Eh bien », dit l’arbre en se redressant autant qu’il le put,
« eh bien, une vieille souche c’est bien pour s’asseoir et se reposer.
Approche-toi mon garçon, assieds-toi.
Assieds et repose-toi. »
Ainsi fit le garçon.

Et l’arbre fut heureux.

(Shel Silverstein)

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Une tendresse insoluble (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



cornemuse

 

La vie ne m’a rien donné
Qu’une tendresse insoluble,
Fêlée d’une cornemuse
Au bord peureux des forêts.

(Maurice Fombeure)

 

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La mouette rit (Anne Tardy)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016




La mouette rit,
un volet claque,
le vent s’amuse.

(Anne Tardy)

 

 

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Retouche à l’éblouissement (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



 

Aristide Maillol  LaCoteD'Azur+1895+MuseePetit-Palais+Paris [1280x768]

retouche à l’éblouissement

bel été mâle allongé sans un souffle
les lys à voix de femmes fortes
appellent les adolescents
au bord blanc du désir

du ciel à peine ouvert
l’odeur a l’orient des perles
et l’âme épouse son plaisir
qui dit ne servir que soi-même

(Daniel Boulanger)

Illustration: Aristide Maillol

 

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Qui es-tu donc toi ? (Tawara Machi)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



Je ne sais mais ne peux croire que tu veuilles dire
« Pourvu que je m’amuse! »
Qui es-tu donc toi?

(Tawara Machi)

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La poésie brille (Tilemachos Chytiris)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



Les algues
S’amusent
Avec tes cheveux

La lune s’est cachée
Et pourtant elle est là

La poésie brille
Solitaire

(Tilemachos Chytiris)


Illustration: Anne-Louis Girodet de Roussy Trioson

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Vieille misère (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



Jules Desbois -misere [1280x768]

Vieille misère

Avec tes larmes qui baignent la terre
Avec tes larmes qui emplissent nos verres
Vieille compagne
Vieille, vieille misère
Avec tes larmes qui lavent nos crèches
Avec tes larmes, baigne nos paupières
Vieille compagne
Vieille, vieille misère
J’ai mis près de moi pour d’autres matins
Tes larmes
En prévision des jours de soif
Et de sécheresse
Pour ce jour peut-être

Avec tes paumes qui ouvrent la terre
Avec tes paumes qui brisent nos verres
Vieille compagne
Vieille, vieille misère
Avec tes paumes qui bercent nos crèches
Avec tes paumes, ferme nos paupières
Vieille compagne
Vieille, vieille misère
J’ai mis près de moi pour d’autres matins
Ta main
En prévision des jours d’opprobre
Et de solitude
Pour ce jour peut-être

Avec tes lèvres qui mordent la terre
Avec tes lèvres qui frôlent nos verres
Vieille compagne
Vieille, vieille misère
Avec tes lèvres qui chantent à la crèche
Avec tes lèvres, baise nos paupières
Vieille compagne
Vieille, vieille misère
J’ai mis près de moi pour d’autres matins
Tes lèvres
En prévision des jours de liesse
Et de réjouissance
Pour ce jour peut-être

(Guy Béart)

 Illustration: Jules Desbois

 

 

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