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Poésie

Archive for 12 décembre 2016

Le véritable amour (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016


Le véritable amour est celui qui toujours reste égal à lui-même,
Qu’il se voie accorder toute chose ou se voie refuser toute chose.

***

Das ist die wahre Liebe, die immer und immer sich gleich bleibt,
Wenn man ihr alles gewährt, wenn man ihr alles versagt.

(Goethe)

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Pas nous, mon amour (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016




Nombre
de jeunes
du village
se sont endormis,
las de leur journée dans la pharmacie,
fatigués de frotter dans les cuisines.

Pas
nous, mon amour.
Nous n’allons pas perdre
ce rêve
non plus :
tant
que nous serons
vivants
nous ferons nôtre
toute
la vie véritable
mais aussi
les rêves :
tous
les rêves
nous les rêverons.

(Pablo Neruda)

Illustration: Heidrun Maurer

 

Heidrun Maurer

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L’amour est… (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



 

Francesco Clemente  Kiss, 1983

L’amour est…

L’amour est donner l’amour bénévolement
Comme le soleil est le rayonnement bénévole d’ensoleillement
Le Soleil est un soleil dans le monde de Hélios
L’amour est un soleil dans le monde de la Lune
Le Soleil est un soleil dans le monde de la clarté
L’amour est un soleil dans le monde de l’obscurité

S’il y a quoi que ce soit entre les hommes qui se termine
C’est à dire que ça ne se soit jamais commencé
Si ça s’était véritablement commencé,
Ce ne se serait jamais terminé
C’est terminé parce que ça n’a jamais commencé
S’il y a quoi que ce soit qui s’est véritablement commencé
Ne se terminera jamais

(Edward Stachura)

Illustration: Francesco Clemente

 

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Le non-amour est la vérité (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



 

Fidel Garcia  300

le non-amour est la vérité
et tout ment dans l’absence d’amour
rien n’existe qui ne mente

comparé au non-amour
l’amour est lâche
et n’aime pas

l’amour est parodie du non-amour
la vérité parodie du mensonge
l’univers un suicide gai

dans le non-amour
l’immensité tombe en elle-même
ne sachant que faire

(Georges Bataille)

Illustration: Fidel Garcia

 

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Attention avec les mots (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016




attention avec les mots
(dit-elle)
ils sont aiguisés
ils te couperont la langue
attention
ils t’enfonceront dans la prison
attention
ne pas naître aux mots
allonge-toi dans les sables noirs
et que la mer t’enterre
et que les corbeaux se suicident dans tes yeux fermés
fais attention à toi
ne tente pas les anges des voyelles
n’attire pas des phrases
des poèmes
des vers
tu n’as rien à dire
rien à défendre
rêve rêve que tu n’es pas ici
que tu es déjà partie
que tout est terminé

(Alejandra Pizarnik)

Illustration

 

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Le bel anéantissement (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



on n’a jamais dit
cette joie qui mord les atomes

l’offrande dont on ne revient pas

le suicide aimé de la nuit

non pas l’âme en peine
mais le bel anéantissement

(Zéno Bianu)


Illustration

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Excuse mélancolique (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Excuse mélancolique

Je ne vous aime pas, non, je n’aime personne,
L’Art, le Spleen, la Douleur sont mes seules amours;
Puis, mon cœur est trop vieux pour fleurir comme aux jours
Où vous eussiez été mon unique madone.

je ne vous aime pas, mais vous semblez si bonne.
Je pourrais oublier dans vos yeux de velours,
Et dégonfler mon cœur crevé de sanglots sourds
Le front sur vos genoux, enfant frêle et mignonne.

Oh! dites, voulez-vous? Je serais votre enfant.
Vous sauriez endormir mes tristesses sans causes,
Vous auriez des douceurs pour mes heures moroses,

Et peut-être qu’à l’heure où viendrait le néant
Baigner mon corps brisé de fraîcheur infinie,
Je mourrais doucement, consolé de la vie.

(Jules Laforgue)


Illustration: Robert Doisneau

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Enfer (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Enfer

Quand je regarde au ciel, la rage solitaire
De ne pouvoir toucher l’azur indifférent
D’être à jamais perdu dans l’immense mystère
De me dire impuissant et réduit à me taire,
La rage de l’exil à la gorge me prend!

Quand je songe au passé, quand je songe à l’histoire,
À l’immense charnier des siècles engloutis,
Oh! je me sens gonflé d’une tristesse noire
Et je hais le bonheur, car je ne puis plus croire
Au jour réparateur des futurs paradis!

Quand je vois l’Avenir, l’homme des vieilles races
Suçant les maigres flancs de ce globe ennuyé
Qui sous le soleil mort se hérissant de glaces
Va se perdre , à jamais sans laisser nulles traces,
Je grelotte d’horreur, d’angoisse et de pitié.

Quand je regarde aller [le] troupeau de mes frères
Fourmilière emportée à travers le ciel sourd
Devant cette mêlée aux- destins éphémères;
Devant ces dieux, ces arts, ces fanges, ces misères;
Je suis pris de nausée et je saigne d’amour!

Mais si repu de tout je descends en moi-même,
Que devant l’Idéal, amèrement moqueur,
Je traîne l’Être impur qui m’écoeure et que j’aime,
Étouffant sous la boue, et sanglote et blasphème,
Un flot de vieux dégoûts me fait lever le coeur.

Mais, comme encor pourtant la musique me verse
Son opium énervant, je vais dans les concerts.
Là, je ferme les yeux, j’écoute, je me berce.
En mille sons lointains mon être se disperse
Et tout n’est plus qu’un rêve, et l’homme et l’univers.

(Jules Laforgue)


Illustration: Bernard Buffet

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Notre petite compagne (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Notre petite compagne

Si mon Air vous dit quelque chose,
Vous auriez tort de vous gêner;
Je ne la fais pas à la pose;
Je suis la Femme, on me connaît.

Bandeaux plats ou crinière folle,
Dites? quel Front vous rendrait fou?
J’ai l’art de toutes les écoles,
J’ai des âmes pour tous les goûts.

Cueillez la fleur de mes visages,
Buvez ma bouche et non ma voix,
Et n’en cherchez pas davantage…
Nul n’y vit clair; pas même moi.

Nos armes ne sont pas égales,
Pour que je vous tende la main.
Vous n’êtes que de naïfs mâles,
Je suis l’Éternel Féminin!

Mon But se perd dans les Étoiles!…
C’est moi qui suis la Grande Isis!
Nul ne m’a retroussé mon voile.
Ne songez qu’à mes oasis…

Si mon Air vous dit quelque chose,
Vous auriez tort de vous gêner;
Je ne la fais pas à la pose:
Je suis La Femme! on me connaît.

(Jules Laforgue)


Illustration: Pierre-Yves Vigneron

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Sanglot perdu (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Sanglot perdu

Les étoiles d’or rêvaient éternelles;
Seul, sous leurs regards, songeant, loin de tous,
Devant leur douceur tombant à genoux,
Moi je sanglotais longuement vers elles.

« Ah! pourquoi, parlez, étoiles cruelles!
La Terre et son sort? Nous sommes jaloux!
N’a-t-elle pas droit aussi bien que vous
À sa part d’amour des lois maternelles?

« Quelqu’un veille-t-il, aux nuits solennelles?
Qu’on parle! Est-ce oubli, hasard ou courroux?
Pourquoi notre sort? C’est à rendre fous! »…
— Les étoiles d’or rêvaient éternelles…

(Jules Laforgue)


Illustration

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