Arbrealettres

Poésie

Archive for 13 décembre 2016

Sur ses propres ailes (Sylvie Brès)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2016



Sur ses propres ailes

Ça n’a pas de visage
pas d’esprit
pas plus de forme
ni de nom pourtant ça vit
ça pousse et tu obtempères.

Ça n’a pas de rivage
pas de but
pas de sens
mais des sens

pourtant ça serpente
ça sinue
et ça rage
pour qu’en toi lève
une espèce de buée
une condensation d’hier –ou oui- peut-être
d’aujourd’hui.

***

On our own wings

That has no face
no spirit
no more shape
nor of name nevertheless that lives
that grows and you obey.
That has no bank
no purpose
no sense
but directions
nevertheless that winds
that twists
and that fumes
so that in you raise
a sort of vapor
condensation of yesterday – or yes maybe
of today.

(Sylvie Brès)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Lazo de Valdez Elisa

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le véritable malheur (Giuseppe Conte)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2016



Le véritable malheur

C’est ainsi: le véritable malheur
ignore toujours qui il est.
Tu ne peux l’attribuer
à aucune cause. Ni à une promesse
non tenue, ni à un but
non rejoint, ni à un amour
quémandé en vain.

Le véritable malheur te prend par la main
et t’accompagne sans dire un mot.
Qu’il te caresse ou t’étrangle
pour lui ça ne change rien.
Inutile d’espérer qu’il s’endorme
quand vient le soir.

Le véritable malheur tu le sens
comme une eau qui s’infiltre, comme la sable
que le ressac prend et laisse,
éternel, sans tourments, avec moins
d’angoisse en lui
que la joie.

(Giuseppe Conte)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Alexandre Cabanel

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2016



29111023-254

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance
De la voix qui m’est chère?

J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
En étreignant ton ombre
A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.

J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps
Sans doute que je m’éveille.
Je dors debout, le corps exposé
A toutes les apparences de la vie
Et de l’amour et toi, la seule
qui compte aujourd’hui pour moi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.

J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu’il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu’à être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l’ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.

(Robert Desnos)

Illustration: Kees Van Dongen

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Les lèvres sont la barque du visage (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2016



 

Les lèvres sont la barque du visage.
Dans le sourire un roi à bec de soleil
monte dans la barque et remonte le fleuve du temps
jusqu’à sa source pure.

(Christian Bobin)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tu es entré dans ma maison (Marianne Dubois)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2016




Tu es entré dans ma maison.
Je savais que c’était Toi, en qui je ne pouvais croire.
Je n’osais lever les yeux vers ton visage.
Comment imaginer le visage de l’Amour ?

(Marianne Dubois)

son site ici

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

AUBE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2016




AUBE

Nu, rêvant d’une nuit solaire.
J’ai enduré des jours de bête.
Le vent et la pluie m’effacèrent
comme un feu, comme un poème
écrit sur un mur.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sans songer à d’autres soleils (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2016


zylberman_vision_solaire

Sans songer à d’autres soleils
Que celui qui brille en mes bras
Sans t’appeler d’un autre nom
Que notre amour
Je vis et règne entre des murs
Je vis et règne hors des murs
Sur les bois sur la mer sur les champs sur les monts
Et sur les yeux et les voix qui les répètent

Habitante d’un monde où sans toi je n’ai rien
Ton coeur qui déjà dort oublie tout sauf mon coeur
Dehors nos souvenirs nuits à flanc de journées
Agitent nos liens sans pouvoir les briser.

(Paul Eluard)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La transparence (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2016



Je n’écris pas pour tuer le temps
ni pour le revivre
j’écris pour qu’il me vive et me revive

Cet après-midi sur un pont
je vis le soleil entrer dans le fleuve
Tout était en flammes
brûlaient les statues les maisons les portiques
Dans les jardins des grappes de femmes
lingots de lumière liquide
fraîcheur de vaisselles solaires
L’allée de peupliers un feuillage d’étincelles
l’eau horizontale immobile
sous les cieux et les mondes incendiés
Chaque goutte d’eau
un oeil fixe
le poids de l’énorme beauté
sur chaque pupille ouverte
Réalité suspendue
la tige du temps
la beauté ne pèse pas
Paisible reflet
temps et beauté sont identiques
eau et lumière

Regard qui soutient la beauté
temps ravi dans le regard
monde sans poids
si l’homme pèse
la beauté ne suffit-elle?
Je ne sais rien
Je sais ce qui est superflu
non ce qui suffit
L’ignorance est ardue comme la beauté
un jour je saurai moins et j’ouvrirai les yeux
Peut-être le temps ne passe-t-il pas
mais des images de temps
Si ne reviennent pas les heures reviennent les présences
En cette vie i1 est une autre vie
ce figuier-là reviendra cette nuit
cette nuit refluent d’autres nuits

Tandis que j’écris j’entends passer le fleuve
non celui-ci
celui-là qui est celui-ci
Va-et-vient de moments et de visions
le merle sur la pierre grise
dans une clairière de mars
noir
centre de clartés
Non le merveilleux pressenti
le présent senti
la présence sans plus
rien de plus comblé
Ce n’est pas la mémoire
rien de pensé ni de voulu
Ce ne sont pas les mêmes heures
mais d’autres
toujours elles sont autres et c’est la même
elles entrent et nous expulsent de nous
voient avec nos yeux ce que ne voient pas les yeux
Dans le temps il est un autre temps
immobile
sans heures ni ombre ni poids
sans passé ni futur
seulement vivant
comme le vieux du banc
unique identique perpétuel
Jamais nous ne le voyons

C’est la transparence

***

Yo no escribo para matar al tiempo
ni para revivirlo
escribo para que me viva y reviva

Hoy en la tarde desde un puente
vi al sol entrar en las aguas del río
Todo estaba en llamas
ardían las estatuas las casas los pórticos
En los jardines racimos femeninos
lingotes de luz líquida
frescura de vasijas solares
Un follaje de chispas la alameda
el agua horizontal inmóvil
bajo los cielos y los mundos incendiados
Cada gota de agua
un ojo fijo
el peso de la enorme hermosura
sobre cada pupila abierta
Realidad suspendida
en el tallo del tiempo
la belleza no pesa
Reflejo sosegado
tiempo y belleza son lo mismo
luz y agua

Mirada que sostiene a la hermosura
tiempo que se embelesa en la mirada
mundo sin peso
si el hombre pesa
¿no basta la hermosura?
No sé nada
Sé lo que sobra
no to que basta
La ignorancia es ardua como la belleza
un día sabré menos y abriré los ojos
Tal vez no pasa el tiempo
pasan imágenes de tiempo
si no vuelven las horas vuelven las presencias
En esta vida hay otra vida
la higuera aquella volverá esta noche
esta noche regresan ocras noches

Mientras escribo oigo pasar el río
no éste
aquel que es éste
Vaivén de momentos y visiones
el mirlo está sobre la piedra gris
en un claro de marzo
negro
centro de claridades
No to maravilloso presentido
to presence sentido
la presencia sin más
nada más pleno colmado
No es la memoria
nada pensado ni querido
No son las mismas horas
otras
son otras siempre y son la misma
entran y nos expulsan de nosotros
con nuestros ojos yen to que no ven los ojos
Dentro del tiempo hay otro tiempo
quieto
sin horas ni peso ni sombra
sin pasado o futuro
sólo vivo
como el viejo del banco
unimismado idéntico perpetuo
Nunca lo vemos

Es la transparencia

(Octavio Paz)

Illustration: ArbreaPhotos

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Qui suis-je (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2016



 

Fidel Garcia  (25) [1280x768]

Qui suis-je
pas « moi » non non
mais le désert la nuit l’immensité
que je suis
qu’est-ce
désert immensité nuit bête
vite néant sans retour
et sans rien avoir su
Mort
réponse
éponge ruisselante de songe
solaire
enfonce-moi
que je ne sache plus
que ces larmes.

(Georges Bataille)

Illustration: Fidel Garcia

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je te vois (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2016




Je te vois revêtue de chevelure hautaine,
liée noire à la roue solaire,
soumise aux songes, aux marées.

Quelle ombre sur ta bouche basse?
Quel sang sauvage dénoué?

Dans l’ordre sec, ah! le remous, l’écho de ton passage,
la sève nue, l’innocence des pluies.

(Jean Joubert)

Illustration: William Bouguereau

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :