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Poésie

Archive for 14 décembre 2016

Habiter poétiquement le monde (Roger Caillois)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2016



Habiter poétiquement le monde
c’est le fait de mieux s’éprouver,
le fait de ressentir chacun de ses atomes
et d’être capable
d’être plus près de nos occasions
de nous faire tressaillir,
de les prolonger,
d’en augmenter la saveur
autrement dit :

c’est le fait d’être étonné.

(Roger Caillois)

 

 

 

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En Poète (Friedrich Hölderlin)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2016



holderlin

Plein de mérites,
mais en poète
l’homme habite sur cette terre.

(Friedrich Hölderlin)

 

 

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Si la poésie n’est pas, comme on l’a dit, «le réel absolu» (Saint-John Perse)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2016



 

Si la poésie n’est pas,
comme on l’a dit, «le réel absolu»,
elle en est bien la plus proche convoitise
et la plus proche appréhension,
à cette limite extrême de complicité
où le réel dans le poème semble s’informer lui-même.

Par la pensée analogique et symbolique,
par l’illumination lointaine de l’image médiatrice,
et par le jeu de ses correspondances,
sur mille chaînes de réactions et d’associations étrangères,
par la grâce enfin d’un langage
où se transmet le mouvement même de l’Être,
le poète s’investit d’une surréalité
qui ne peut être celle de la science.

Est-il chez l’homme plus saisissante dialectique
et qui de l’homme engage plus?
Lorsque les philosophes eux-mêmes
désertent le seuil métaphysique,
il advient au poète de relever là le métaphysicien;
et c’est la poésie, alors, non la philosophie,
qui se révèle la vraie «fille de l’étonnement»,
selon l’expression du philosophe antique
à qui elle fut le plus suspecte.

Mais plus que mode de connaissance,
la poésie est d’abord mode de vie – et de vie intégrale.
Le poète existait dans l’homme des cavernes,
il existera dans l’homme des âges atomiques parce qu’il est part irréductible de l’homme.

De l’exigence poétique, exigence spirituelle,
sont nées les religions elles-mêmes, et par la grâce poétique,
l’étincelle du divin vit à jamais dans le silex humain.
Quand les mythologies s’effondrent,
c’est dans la poésie que trouve refuge le divin;
peut-être même son relais.
Et jusque dans l’ordre social et l’immédiat humain,
quand les Porteuses de pain de l’antique cortège
cèdent le pas aux Porteuses de flambeaux,
c’est à l’imagination poétique que s’allume encore
la haute passion des peuples en quête de clarté.

(Saint-John Perse)

Tiré de son discours lors de la remise de son Prix Nobel 1960
Discours intégral ici: http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1960/perse-speech-fr.html

Illustration

 

 

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Toute création de l’esprit est d’abord «poétique» (Saint-John Perse)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2016



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Toute création de l’esprit est d’abord «poétique» au sens propre du mot;
et dans l’équivalence des formes sensibles et spirituelles,
une même fonction s’exerce, initialement,
pour l’entreprise du savant et pour celle du poète.
De la pensée discursive ou de l’ellipse poétique,
qui va plus loin et de plus loin?

Et de cette nuit originelle où tâtonnent deux aveugles-nés,
l’un équipé de l’outillage scientifique,
l’autre assisté des seules fulgurations de l’intuition,
qui donc plus tôt remonte,
et plus chargé de brève phosphorescence.

La réponse n’importe.
Le mystère est commun.
Et la grande aventure de l’esprit poétique
ne le cède en rien aux ouvertures dramatiques
de la science moderne.

(Saint-John Perse)

Tiré de son discours lors de la remise de son Prix Nobel 1960
Discours intégral ici: http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1960/perse-speech-fr.html

 

 

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Inconséquence (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2016



Inconséquence

Ah ! pourquoi donc les yeux, si ce n’est pour pleurer ;
Et le cœur, pour aimer jusques à la souffrance ;
Et la chair, pour saigner et pourrir ; et l’enfance,
Pour vieillir ; et l’espoir pour se désespérer !

Pourquoi surtout, pourquoi le mensonge du rêve,
Quand on gémit captif de la réalité,
Si ce n’est pour en être à toute heure hanté,
Pour en apprendre aussi l’inanité, sans trêve !
Tout ce qui semble bon, à l’essai nous trahit.
L’illusion nous rit : c’est par elle qu’on souffre !
Si nous nous élevons, en bas s’ouvre le gouffre
Que nous creuse la fuite à mesure qu’on fuit !

Et nous tombons toujours comme fait un homme ivre,
Toujours désespérés, mais fiers d’être debout !
Car nous nous relevons sans cesse, et jusqu’au bout
Nous maudissons la vie, heureux de toujours vivre !

(Albert Lozeau)


Illustration: Andrew Murray

 

 

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Vent d’automne (Masaoka Shiki)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2016



Vent d’automne
Voyageur dans ce monde flottant
J’ignore où tu vas

(Masaoka Shiki)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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Ecrire un poème sur rien (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2016



Ecrire un poème sur rien,
où toutes les transparences peuvent flotter,
ce qui n’a jamais connu la condamnation de l’être,
ce qui l’a abandonné déjà,
ce qui est sur le point de commencer
et ne commencera peut-être jamais.

Et l’écrire avec rien ou presque rien,
avec l’ombre des mots,
les espaces oubliés,
un rythme qui se détache à peine du silence,
et un silence marqué dans un point
de l’autre côté de la vie.

Un poème sur rien et avec rien.
Peut-être que tous les poèmes
passés, futurs ou impossibles
pourraient tenir en lui,
au moins un instant chacun
comme s’ils se reposaient dans sa forme,
dans sa forme ou son rien.

***

Escribir un poema sobre nada
donde puedan flotar todas las transparencias,
lo que no conoció nunca la condena del ser,
lo que ya la abandonó,
lo que está por empezar
y tal vez nunca empiece.

Y escribirlo con nada o casi nada,
con la sombra de las palabras,
los espacios olvidados,
un ritmo que apenas se destaca del silencio
y un silencio acotado en un punto
por detrás de la vida.

Un poema sobre nada y con nada.
Quizá todos los poemas,
pasados, futuros o imposibles,
puedan caber en él,
por lo menos un instante cada uno
como su descansaran en su forma,
en su forma o su nada.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Juin (Laura Tirandaz)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2016



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Juin

Entendre le bruit des pages
et ma pensée qui revient sur le livre
comme un bateau
qui cogne le bord du quai

Entendre les rumeurs
des feuilles acides
des fleurs ouvertes
éclats d’oiseaux
tracé de moteur
il me semblait entendre un tambour

Lire les amours d’il y a deux siècles
et se demander si ce n’était pas moi
qui aimais déjà

(Laura Tirandaz)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Pierre-Auguste Cot

 

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