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Poésie

Archive for 16 décembre 2016

Mais avec tant d’oubli comment faire une rose (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2016



 

Mais avec tant d’oubli comment faire une rose,
Avec tant de départs comment faire un retour,
Mille oiseaux qui s’enfuient n’en font un qui se pose
Et tant d’obscurité simule mal le jour.

(Jules Supervielle)

Illustration: Alexandre de Riquer

 

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Alter Ego (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2016



Une souris s’échappe
(Ce n’en était pas une)

Une femme s’éveille
(Comment le savez-vous?)

Et la porte qui grince
(On l’huila ce matin)

Près du mur de clôture
(Le mur n’existe plus)

Ah je ne puis rien dire
(Eh bien, vous vous tairez!)

Je ne puis pas bouger
(Vous marchez sur la route)

Où allons-nous ainsi?
(C’est moi qui le demande)

Je suis seul sur la Terre
(Je suis là près de vous)

Peut-on être si seul
(Je le suis plus que vous,
Je vois votre visage
Nul ne m’a jamais vu).

(Jules Supervielle)

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Dans la forêt sans heures… (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2016



 

Dans la forêt sans heures
On abat un grand arbre.
Un vide vertical
Tremble en forme de fût
Près du tronc étendu.

Cherchez, cherchez, oiseaux,
La place de vos nids
Dans ce haut souvenir
Tant qu’il murmure encore.

(Jules Supervielle)

 

 

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Ce peu (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2016



 


Ce peu

Ce peu d’océan, arrivant de loin,
Mais c’est moi, c’est moi qui suis de ce monde,
Ce navire errant, rempli de marins,
Mais c’est moi, glissant sur la mappemonde,
Ce bleu oublié, cette ardeur connue
Et ce chuchotis au bord de la nue,
Mais c’est moi, c’est moi qui commence ici,
Ce cœur de silence étouffant ses cris,
Ces ailes d’oiseaux près d’oiseaux sans ailes,
Mais c’est moi, c’est moi dans l’humain souci.
Courage partout, il faut vivre encore
Sous le ciel qui n’a plus mémoire de l’aurore !

(Jules Supervielle)

Illustration: Evgeni Gordiets

 

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Ne tourne pas la tête (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2016




Ne tourne pas la tête, un miracle est derrière
Qui guette et te voudrait de lui-même altéré :
Cette douceur pourrait outrepasser la Terre
Mais préfère être là, comme un rêve en arrêt.

Reste immobile, et sache attendre que ton cœur
Se détache de toi comme une lourde pierre.

***

Écoute, apprendras-tu à m’écouter de loin,
Il s’agit de pencher le cœur plus que l’oreille,
Tu trouveras en toi des ponts et des chemins
Pour venir jusqu’à moi qui regarde et qui veille.

Qu’importe en sa longueur l’Océan Atlantique,
Les champs, les bois, les monts qui sont entre nous deux ?
L’un après l’autre un jour il faudra qu’ils abdiquent
Lorsque de ce côté tu tourneras les yeux.

(Jules Supervielle)

Illustration: Ikenaga Yasunari

 

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Plein ciel (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2016



 

Plein ciel

Au milieu d’un nuage,
Au-dessus de la mer,
Un visage de femme
Regarde l’étendue,
Et les oiseau-poissons
Fréquentant ces parages
Portent l’écume aux nues.

(Je connais cette femme
Où l’ai-je déjà vue ?)

Les chiens du ciel aboient
Dans un lointain sans terres,
Ce sont bêtes sans chair
Qui ne connaissent pas
Cette dame étrangère,
Et donnent de la voix
Avec leur âme austère.

(Elle a deux yeux si noirs
Que je les cherche en moi.)

Silence tout à coup.
Visages dans les mains
Vont les sphères célestes
Qui retiennent leur souffle
Pour que ce chant modeste
Se fraye comme il faut
Son chemin jusqu’en haut.

(Et voici qu’elle a pris
Sa tête entre ses mains.)

(Jules Supervielle)

Illustration: Maxfield Parrish

 

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Que voulez-vous que je fasse du monde (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2016



 

Que voulez-vous que je fasse du monde
Puisque si tôt il m’en faudra partir.
Le temps d’un peu saluer à la ronde,
De regarder ce qui reste à finir,
Le temps de voir entrer une ou deux femmes
Et leur jeunesse où nous ne serons pas
Et c’est déjà l’affaire de nos âmes.
Le corps sera mort de son embarras.

(Jules Supervielle)

Illustration: Daniel Martineau

 

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Il faut savoir être tout entier dans une feuille (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2016



 

Il faut savoir être tout entier dans une feuille
Et la voir qui s’envole.

(Jules Supervielle)

 

 

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Sous quelle fougère (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2016



 

Sous quelle fougère où dort un insecte
Votre âme cherchait sa couleur première ?

(Jules Supervielle)

 

 

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Avril (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2016



femme-endormie

Avril

J’entr’ouvre mon cœur au printemps qu’il fait.
Le soleil d’avril entre à pleine porte.
La lumière apaise, elle réconforte
Comme une musique au rythme parfait.

Tout s’endort qui souffre et se tait qui pleure.
L’espérance monte avec le soleil.
Comme du lointain d’un profond sommeil
Le rêve se lève en nous, pour une heure.

L’azur est si bleu, si doux au regard,
Si limpide l’air, si fraîche la brise…
On se croit entré soudain dans l’église,
Tant le jour est né pur de toute part.

Et l’encens des fleurs prochaines s’annonce
Par la tiédeur vague et fine du temps.
Et ma bien-aimée, ô subtil Printemps,
Est là qui sourit, tendre et sans réponse…

(Albert Lozeau)

 

 

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