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Poésie

Archive for 19 décembre 2016

Amour sylvestre (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2016



Amour sylvestre

Comme si vous aviez pris racine en mon cœur,
Je vous dirai toujours : Beaux arbres, je vous aime !
Érables, vous surtout, dont la feuille est l’emblème
Du pays où je vis ma joie et ma douleur.

Qu’un tendre amour rend l’âme encline à la douceur !
Depuis que j’ai passé sous votre ombre, un poème
Chante adorablement au-dedans de moi-même,
Comme si vous chérir faisait l’homme meilleur !

Honneur à vos rameaux, gloire à vos vertes cimes
Qui composent, le soir, sur de fluides rimes,
L’hymne le plus léger, le plus fin, le plus grand !

Lorsque je vous écoute aux clartés de la lune,
Dans le grave silence, un désir fou me prend
D’étreindre vos troncs vieux couverts d’écorce brune !

(Albert Lozeau)

 

 

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Aux fleurs (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2016



Aux fleurs

Fleurs des bois, fleurs des prés, fleurs aux formes parfaites,
Quelle peine sincère, en ce mois, vous nous faites !
Vos coupes de parfums, vos vases de couleurs,
Vos calices de miel, vos corolles de pleurs,
Vos feuillages luisants, vos tiges élancées
Harmonieusement par la brise bercées,
Rien de votre beauté frêle n’a parfumé
Ni réjoui ce triste et frileux mois de mai !
Sans doute, un peu de vous dans la grâce des femmes
A charmé nos regards et consolé nos âmes…
Vos grandes sœurs ont eu leur règne séduisant
Et c’est le tour des plus petites, à présent.
– Églantines, lilas, tulipes, violettes,
C’est le printemps ! Muguets, agitez vos clochettes !
Dans les cerisiers blancs, dans les pommiers fleuris,
Le merle vous appelle avec de petits cris ;
Et les amants qui font l’amour à lèvres closes,
Ne peuvent rien se dire en l’absence des roses…
La terre, sous son herbe avare, vous attend,
Marguerite au cœur d’or, svelte lys éclatant,
Narcisse rose et blanc, pensée au velours sombre,
Et rêve de sommeil à votre petite ombre.
Chantez-nous la chanson délicate du bleu,
Et la gamme du rose exquis au rouge feu ;
Détaillez-nous la forme ascétique ou charnue,
Épanouie en boule, étoilée ou menue,
Et la variété soyeuse du satin,
Sa nuance innombrable au soleil du matin,
Ses éblouissements de pierres précieuses,
Ses ors, ses argents mats, ses pourpres somptueuses !
Comme trempé de sang, qu’on aperçoive au loin
L’ardent coquelicot dressé dans le sainfoin,
Et que dans la forêt, dentelée et légère,
Verte au pied du tronc gris, foisonne la fougère !
Point d’abeilles sans vous et point de papillons
Qui voltigent, de miel en miel, dans les rayons.
Vous êtes la lumière éclairant toute chose,
Ou bleue ou blanche ou mauve ou violette ou rose,
Et qui s’est incarnée en votre fine chair
Et, sous le ciel de pluie ou le firmament clair,
De vos calices fait de petites veilleuses
Frissonnantes au vent, douces et merveilleuses !
Vous êtes les parfums enivrants des sentiers,
Qui s’exhalent sans s’épuiser, des jours entiers,
Et, moite, dans le bois profond au vaste dôme,
Fume et l’emplit, pareil à l’encens, votre arôme !
La jeune fille rit en s’embaumant à vous,
Et pour vous respirer baise vos cœurs si doux.
Quand elle vous caresse à sa lèvre, on peut dire
Que la lèvre a l’odeur et la fleur le sourire !
Vous embellissez tout ; l’eau devient diamant
Dès que sur vous la goutte étincelle un moment,
Et lorsqu’un papillon brun en vous s’aventure,
Vous composez un prodige de la nature !
– Fleurs des champs, fleurs des bois, riches fleurs des jardins,
Splendide floraison : velours, tulles, satins ;
Humbles fleurs qui croissez au bord des grandes routes,
Fleurs indigentes qui bientôt vous fanez toutes ;
Fleurs à qui chaque jour le jet de l’arrosoir
Prodigue la fraîcheur qu’entretiendra le soir ;
Et vous, chétives fleurs tristes et négligées,
Qui n’êtes pas souvent d’eau limpide aspergées,
Qui comptez sur le ciel seulement, et que juin
Négligemment arrose en passant – et de loin,
C’est la saison ! Ne nous laissez pas dans la peine :
Sans couleurs, sans parfums, qu’est l’existence humaine ?

(Albert Lozeau)

 

 

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Nuances (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2016



Nuances

Les nuances du vert aux branches balancées
Sont comme une fraîcheur exquise pour les yeux.
On voit les arbres fuir jusqu’au lointain des cieux,
Ayant chacun sa teinte aux feuilles déplissées.

Tout le long des maisons les cimes vont, pressées.
L’une est couleur de l’herbe au ton délicieux,
L’autre, plus sombre, est comme un velours précieux,
L’autre est pareille à l’eau des vagues apaisées.

Une immense émeraude a, cette nuit, coulé
Sur les arbres émus par l’azur étoilé,
Comme une lente pluie inégalement verte.

Et maintenant, heureux de leur neuve beauté,
Les arbres, dont la grâce au soleil est offerte,
Au moindre vent rôdeur commencent à chanter.

(Albert Lozeau)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Aux arbres morts (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2016



Aux arbres morts

Arbres qui verdoyez au soleil triomphant,
Ô fils harmonieux de la bonne nature,
Toujours debout, dressant votre fière stature,
Comment grandirez-vous si rien ne vous défend ?

La hache sur vos troncs retentit, et vous fend,
Et vous tombez au sol avec un long murmure ;
Un frisson tel agite alors votre ramure
Qu’on entend, grands vaincus, sur vous pleurer le vent.

Loin des tristes cités barbares où nous sommes,
Dans des bois inconnus, hors du regard des hommes,
Beaux arbres, puissiez-vous revivre pour jamais !

Nous n’avons pas assez l’amour des verts feuillages
Pour que, dans les vallons ou sur les clairs sommets,
Vous abritiez nos fronts de vos bras chargés d’âges…

(Albert Lozeau)

 

 

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Les feuilles (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2016



Les feuilles

Tout est vert sous nos pas, sur nos fronts tout est vert !
Aux jours du renouveau mon âme se recueille,
Et je chante, inspiré par la douceur de l’air,
La gloire des premières feuilles.

Les petites feuilles d’un jour
Tendres, à peine déplissées,
Qui semblent faites de velours
Pâle, et de lumière glacées :

Feuilles de longs saules hâtifs,
Feuilles d’érables dentelées,
Feuilles de bouleaux, feuilles d’ifs,
Feuilles des arbres des allées,

Toutes croissent pour que les nids,
Ayant leur feuillage pour voiles,
Soient peuplés d’espoirs infinis,
Cachés même aux yeux des étoiles !

Elles gardent bien leur secret
Les petites feuilles discrètes :
À peine un seul geste indiscret
Quand au vol les ailes sont prêtes…

Et qu’elles sont belles à voir
Après la pluie, au clair de lune !
Dans le calme odorant du soir,
C’est, comme enchâssé dans chacune,

Un liquide et pur diamant
Qui tremble sur la feuille sombre,
C’est comme un autre firmament
Brillant tout près de nous, dans l’ombre !

C’est aussi, le long des maisons,
La fraîcheur tendue aux persiennes,
Et les indicibles frissons
De la brise musicienne…

C’est le repos des yeux lassés,
La poésie et le mystère,
L’abri des rêves caressés,
Et c’est le salut de la terre !

Tout est vert sous nos pas, sur nos fronts tout est vert !
Aux jours du renouveau mon âme se recueille,
Et je chante, inspiré par la douceur de l’air,
La gloire des premières feuilles !

(Albert Lozeau)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Première brise (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2016



Première brise

Nous irons au soleil respirer le printemps
Qui descend du ciel pur en rayons éclatants.
L’air est déjà chargé de tiédeur vaporeuse,
Flottante et douce comme une fumée heureuse.
Tout le long des sentiers où la neige a fondu
Et par petits ruisseaux d’argent clair descendu,
Sous le rayonnement royal du jour superbe,
Nous chercherons, joyeux et penchés, les brins d’herbe
Dont l’émeraude pointe au travers du sol brun,
Et nous aurons un mot de bonheur pour chacun.

Car sur l’herbe le rêve éclot et bat des ailes,
Comme un grand papillon sur des fleurs éternelles,
Qui, du haut de son vol capricieux, croit voir
Frémir au vent d’été les œillets et les roses,
Cependant que le jour s’éteint en reflets roses
Et que tous les parfums s’exhalent vers le soir…

(Albert Lozeau)

 

 

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Le voyage (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2016



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Le voyage

Dans l’océan du ciel d’avril, gonflant leurs voiles,
Les nuages, pareils à de légers bateaux,
Naviguent, éclatants, vers des îles d’étoiles,
Avec la majesté des cygnes sur les eaux.

Ils voguent, sans troubler d’un remous l’onde bleue ;
Leur marche est paresseuse et leur but est lointain.
Depuis une heure, ils n’ont pas fait plus d’une lieue ;
Pour leur voyage, ils sont partis dès le matin.

Ce soir, pour les guider resplendira la lune,
Comme un phare dressant sa clarté sur la mer ;
Ils glisseront alors sur l’onde calme et brune,
Et dans l’ombre le port leur apparaîtra clair.

Atteindront-ils jamais les îles fortunées,
Les blancs petits bateaux de l’océan divin ?…
Hélas ! rêves déçus de toutes nos journées,
Bonheur, archipel d’or cherché toujours en vain !

(Albert Lozeau)

 

 

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Quand la fenêtre est close (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2016



 

Quand la fenêtre est close et que tout bruit s’éteint,
Écoute de ton cœur monter la voix suprême ;
Ta musique est en lui, c’est là qu’est ton poème,
Comme les fleurs et les oiseaux sont au jardin.

Écoute. Pour saisir l’écho de ton destin,
Attentif, penche-toi longuement sur toi-même ;
Le cœur que Dieu t’a fait, qu’il haïsse ou qu’il aime,
Heureux ou malheureux, contient le genre humain.

Poète, ta douleur ne t’est pas personnelle ;
Ton âme souffre : hélas, des millions comme elle
Pleurent sans révéler au monde leur tourment !

Tous les cœurs sont pareils qui palpitent, en somme ;
Dis le tien, tu diras celui des autres hommes :
Dans un morceau d’azur luit tout le firmament !

(Albert Lozeau)

 

 

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Un bateau solitaire (Yuanjian Fayuan)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2016



Un bateau solitaire dans le calme de la nuit vogue sur les vagues,
Des roseaux sur les rives font face à la pleine lune,
Un poisson aux écailles d’or s’enfonce dans l’eau,
Et le pêcheur en vain s’accroche à sa ligne.

(Yuanjian Fayuan)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

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L’arbre (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2016



L’arbre, ici, maintenant, debout,
Rien que du bois,
Comme un oiseau figé debout
La tête en bas.

L’arbre vécu
Comme du bois
Et comme oiseau
Ne bougeant pas.

(Eugène Guillevic)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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