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Poésie

Archive for 24 décembre 2016

Ô jour qui meurs à songer d’elle (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



Ô jour qui meurs à songer d’elle
Un songe sans raison,
Entre les plis du noir gazon
Et la rouge asphodèle;

N’est-ce pas, aux feux du plaisir
Inclinée et rebelle,
Elle encor, mais cent fois plus belle,
Et de flamme à saisir?

… Là-bas monte la voix dernière
D’un bouvier sous les cieux.
On n’entend plus que les essieux
Qui grincent dans l’ornière.

(Paul-Jean Toulet)

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Joie (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



Joie de je ne sais quoi,
Joie du vent, joie de la feuille,
Joie flamme d’écureuil,
Joie de myrtille au bois.

Joie d’être un peu de givre
Sur la branche au printemps,
Joie de ne jamais suivre
Que les chemins montants.

Joie d’être tout à coup,
Sans même le vouloir,
Cet appel de coucou,
Ce reflet de miroir.

Ne pouvoir que crier,
Crier, crier encor
Des mots comme un pont d’or
Sur une eau débordée.

Embrasser un bouleau
Pour tenir contre moi
Quelque chose de beau,
Quelque chose de droit.

Sans pouvoir apaiser
Ni la nuit ni le jour,
Cette envie de parler
Au ciel de mon amour.

Ce plaisir de bercer
Le monde dans mes bras,
D’entrer dans une ronde
Avec n’importe quoi

Et d’être devenu
Joie de vent, joie de feuille,
D’être myrtille au bois
Et flamme d’écureuil

Et sans jamais savoir
Ni pourquoi ni comment
Je traverse en miroir
Tous les palais du temps.

(Maurice Carême)

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Vole, ô fée (Pierre-Louis Matthey)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



Vole, ô fée, au-delà de nos chaumes!
Le Plaisir n’est jamais où nous sommes.

(Pierre-Louis Matthey)

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Ce bruit voluptueux d’un orme qui s’égoutte (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



Le parc ruisselle encore, où l’averse a passé,
Badoure. Approche-toi. Non, laisse, que je goûte
Ce bruit voluptueux d’un orme qui s’égoutte:
Tel est le pleur furtif d’un plaisir effacé.

(Paul-Jean Toulet)

Illustration: Marc-Aurèle Fortin, L’Orme à Pont-Viau

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Celui que j’aime chaque nuit (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



Celui que j’aime
chaque nuit
se mêle aux flots de mon sommeil.

Il suffit de son nom murmuré dans un rêve :
la mer se creuse et se soulève,
s’ouvre dans l’ombre, et le voilà
qui berce ma barque et me prend
dans le golfe de ses bras…

Il me prend dans ses yeux où voguent des voyages,
m’attire sur ses lèvres, à la crête des vagues :
vertige de douceur,
plaisir que je dévale…

Et la mer, d’un seul coup,
bascule dans le ciel
faisant sous son étreinte éclater les étoiles

(Christiane Barrillon)

Illustration: Adolphe La Lyre

 

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Dans les bois touffus (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



J’ai du plaisir dans les bois touffus
qu’aucun sentier ne traverse.

(Paul Fort)

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Mozart (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



Mozart

A Toi quand j’écoutais ton arc—en-ciel d’été:
Le bonheur y commence à mi-hauteur des airs
Les glaives du chagrin
Sont recouverts par mille effusions de nuages et d’oiseaux,

Une ancolie dans la prairie pour plaire au jour
A été oubliée par la faux,
Nostalgie délivrée tendresse si amère
Connaissez-vous Salzburg à six heures l’été
Frissonnement plaisir le soleil est couché est bu par un nuage.

Frissonnement — à Salzburg en été
O divine gaîté tu vas mourir captive ô jeunesse inventée
Mais un seul jour encore entoure ces vraies collines,
Il a plu, fin d’orage. O divine gaîté
Apaise ces gens aux yeux fermés dans toutes les salles de concerts du monde.

(Pierre Jean Jouve)


Illustration: Jean-Baptiste Greuze

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Bal (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



Bal

De joie de se trouver réunies après tant de vicissitudes,
les premières fleurs de retour se décident à donner un bal
avant de reprendre leur forme primitive.

Enfin l’orchestre commença,
il était entièrement composé de rossignols
membres du conservatoire de la Fée de la musique.
L’oiseau bleu le dirigeait, en marquant la mesure
avec un bâton d’or inscrusté de diamants.
Les musiciens jouèrent d’abord une contredanse,
puis une polka, puis une valse,
ainsi que cela se pratique maintenant dans les salons du grand monde.

Au bout de deux contredanses les fleurs se sentirent fatiguées.
Comment avons-nous pu voir un plaisir dans la danse,
se disaient-elles avec étonnement?
La belle-de-nuit elle-même ne comprenait pas la passion
qu’elle avait eue pour les bals masqués.
Tous ces pas, disait le lis,
ne valent pas le doux balancement que m’imprime le zéphire.

Elle a raison, répétèrent toutes ses compagnes, plus de danse,
allons supplier la Fée de mettre fin à notre métamorphose,
et de nous rendre aux doux balancements du zéphire.
En reconnaissant leur ancien asyle,
le premier sentiment qu’elles éprouvèrent fut un sentiment de joie
auquel succéda bientôt la crainte.
Quel accueil allait leur faire la Fée?
Elles étaient parties malgré elle, sans vouloir écouter ses sages avertissements.
Maintenant les trouverait-elles assez punies, consentirait-elle à les recevoir?

(J.J. Grandville)

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LA VOLIERE (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



LA VOLIERE

Ma tête est une volière
où mille et mille oiseaux sont pris…
d’une folie familière :
colombes, loris, colibris
Se battent et se débattent
paroles, plumes et pattes
et j’en suis tout assourdie
— loriquet, jacquot, mainate !
On dit que je suis étourdie,
mais c’est parce que je vous écoute
que ma tête je la perds toute,
oiseaux ! Chez lui, j’oublie mon parapluie;
chez elle, j’oublie mon ombrelle :
on me punit, on me querelle
— toucan toco, tisserin, spréo
Rien ne vient à bout du fléau…
Les tangaras multicolores
— mes rêves — ne font qu’éclore
à chaque instant au creux des nids,
se multiplient à l’infini…
Le visage sur le grillage,
oh ! quel plaisir de contempler
(on dit que je suis indolente)
leurs arabesques rutilantes
sans voir les heures s’envoler,
en oiseaux-mouches, une par une
On dit… que je suis dans la lune…

(Christiane Barrillon)

Illustration: Jean-Pierre Augier

 

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Viens légère ou légère pars (James Joyce)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



Viens légère ou légère pars:
Bien que ton cœur te fasse voir
Chagrin, vallons, soleils noyés,
Que ton rire, Oréade, danse
Jusqu’à ce que l’air des sommets
Rebrousse avec irrévérence
Ta chevelure déployée.

Sois légère et toujours ailée:
Les nues qui voilent les vallées
Quand monte l’étoile du soir
Sont les plus humbles des suivants
Rire et amour se fassent chant
Si le cœur renonce à l’espoir.

***

Lightly come or lightly go:
Though thy heart presage thee woe,
Vales and many a wasted sun,
Oread, let thy laughter run,
Till the irreverent mountain air
Ripple all thy flying hair.

Lightly, lightly — ever so:
Clouds that wrap the vales below
At the hour of evenstar
Lowliest attendants are;
Love and laughter song-confessed
When the heart is heaviest.

(James Joyce)


Illustration: Pierre-Auguste Renoir

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